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L’hommage à Lalo de Stéphane Denève et Gautier Capuçon

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Bruxelles. Flagey. 06-X-2017. Mark-Anthony Turnage (né en 1960) : Passchendaele. Edouard Lalo (1823-1892) : Concerto pour violoncelle et orchestre en ré mineur. Maurice Ravel (1875-1937) : Le Tombeau de Couperin ; Daphnis et Chloé, suite d’orchestre n°2. Gautier Capuçon, violoncelle ; Brussels Philharmonic, direction : Stéphane Denève.

Gautier Capuçon (c) Grégory BatardonL’ambiance chaleureuse de cette soirée est teintée de souvenirs graves. Ce concert proposé par Flagey est en effet en partie construit autour de la mémoire de la Première Guerre Mondiale.

Avec l’œuvre de Turnage, Passchendaele, œuvre symphonique en un mouvement et commande du Concertgebouw de Bruges, nous sommes plongés d’emblée en 1917, aux alentours de ce village de Flandres alors terrain d’une bataille particulièrement sanglante. Après une ouverture tragique et martiale, la tension sourd : accords dissonants qui, sans résolution, semblent suspendus ; boucles répétitives qui évoquent l’impasse du combat ou le désarroi des hommes sur le champ de bataille. est sur le pont pour proposer une vision très claire de l’œuvre. Le , connu pour sa précision, lui obéit au quart de tour.

L’orchestre accueille ensuite un grand musicien ami du chef, en la personne de Gautier Capuçon, pour le Concerto pour violoncelle en  mineur d’Édouard Lalo. Ce concerto, fleuron du répertoire de violoncelle, n’est pourtant pas le plus fréquemment joué. Dédié au violoncelliste belge Adolphe Fischer, il contient des phrases de très grande beauté, forcément mélancoliques, proposées ici par Gautier Capuçon avec l’aisance technique qu’on lui connaît. Le premier mouvement s’ouvre avec le fracas de l’orchestre, à la suite duquel le soliste amène le premier thème, exprimé au travers de longs récitatifs, romantiques, délicats et puissants. Gautier Capuçon possède une assurance tranquille en ses moyens qui lui permet d’éviter l’épreuve de force sonore face à l’orchestre, et de développer en revanche le schéma souple d’une belle collaboration.

L’intermezzo, une merveilleuse page de lyrisme, est probablement le mouvement le plus connu de ce concerto. Gautier Capuçon s’en empare avec conviction. Le son de son violoncelle est dense et chaleureux. À la virtuosité, à la beauté sonore, s’ajoutent la rigueur dans l’articulation et le travail d’archet, dans le choix et la production des couleurs. La variété de ses vibrati est remarquable. Le dernier mouvement, aux humeurs contrastées, contient une section plus manifestement hispanisante, pleine de caractère, qui permet au public de goûter le panache et la haute tenue du jeu du soliste dans de vrais morceaux de bravoure.

Ainsi se termine la première partie de soirée, de ce qui constitue, semble-t-il, un mini récital au cœur du concert. Car nous avons droit à un bis avant l’entracte, avec le choix quelque peu déconcertant du Cygne de Camille Saint-Saëns. Trop souvent galvaudée, cette gourmandise est proposée ici avec une réelle sensibilité et sans mièvrerie, aussi le public ne boude-t-il pas son plaisir. Gautier Capuçon s’éclipse sous les applaudissements, après avoir lancé à une violoncelliste souriante, courtoisie oblige, le bouquet de fleurs qui lui a été offert.

Stephane Denève conduisant le Brussels Philharmonic (c) Jessica Griffin

La seconde partie de soirée est orchestrale, et consacrée à . Nous débutons avec le Tombeau de Couperin, qu’il finit de composer en 1917, et orchestre peu après l’armistice. Chaque volet de cette œuvre aux colorations néoclassiques est dédiée à l’un de ses amis morts au front. C’est donc avec une belle émotion que nous entendons le Prélude, en mémoire de Jacques Charlot, l’espiègle Forlane dédiée au peintre Gabriel Deluc, et pastiche de Couperin (où l’on aura remarqué le travail du hautbois, par la suite vivement applaudi), le Menuet en mémoire de Jean Dreyfus, et enfin, le preste et puissant Rigaudon, dédié aux frères Pierre et Pascal Gaudin, tous deux morts au front le même jour.

Nous quittons les tumultes d’Arès et abordons des rivages plus bucoliques avec la suite d’orchestre Daphnis et Chloé, issue du dernier acte de la « symphonie chorégraphique » du même nom, et jouée ici sans chœur (mais non sans cœur) par l’orchestre en grand effectif. Après un Lever du Jour impressionniste, où le travail rythmique des cordes et des flûtes sur une gamme pentatonique rappelle les chants d’oiseaux, la Pantomime revêt des couleurs féeriques grâce au célesta et au harpes. La soirée s’achève avec la Danse générale en une bacchanale scénique, annoncée avec malice par qui aime à pousser les feux de son bolide-orchestre dans de magistraux fortissimo conclusifs.

Crédits photographiques : Gautier Capuçon © Grégory Batardon ; Stephane Denève dirigeant le © Jessica Griffin

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