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Pollini tel qu’en lui-même à la Philharmonie

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Philharmonie 1 (Grande salle). 09-X-2017. Robert Schumann (1810-1856) : Arabesque op.18 ; Kreisleriana op.16. Frédéric Chopin (1810-1849) : Deux Nocturnes op.55 ; Sonate n°3 en si mineur op.58. Maurizio Pollini, piano.

pollini_maurizio_face_mathias_bothorAssister à un récital de est toujours un événement, tant cet interprète légendaire continue de fasciner. Le public de la Philharmonie ne s’y trompe pas en lui réservant un triomphe à l’issue d’une soirée émouvante.

Dans un répertoire familier qu’il ne se lasse pas d’explorer, Pollini déploie son style très personnel, où l’ardeur ne le cède en rien à la subtilité et à la nuance. Après une Arabesque délicatement exécutée, presque du bout des doigts, Pollini prolonge l’hommage à Schumann par ses Kreisleriana. Son jeu d’une densité extraordinaire donne à cette œuvre déjà foisonnante un relief supplémentaire. Sans se précipiter, Pollini compose une explosion de couleurs et d’atmosphères où les lignes mélodiques ne cessent jamais de raconter quelque chose : un chant intérieur (Sehr innig und nicht zu rasch), une évocation rêveuse (Sehr langsam), une révolte (Sehr rash) ou une ironie mordante (Schnell und spielend). Le poème est complet et le poète, plus qu’inspiré. Si l’ensemble n’est pas d’une précision absolue, le message artistique, lui, est d’une force incontestable.

Dans les deux Nocturnes opus 55 de Chopin, auxquels le bel canto n’est pas étranger, Pollini fait surtout ressortir la ligne de chant, avec un rubato à peine perceptible. Dans l’opus 55 n°1, la brisure centrale en triolets, plus qu’attendue, est néanmoins saisissante, et c’est bien à un faux retour au thème que Pollini parvient ensuite. Dans l’opus 55 n°2, la main gauche chaloupée donne son équilibre à une interprétation très lyrique, qu’on dirait faussement improvisée.

L’enchaînement des quatre mouvements de la Sonate n°3 se révèle d’une grande cohérence. L’Allegro maestoso donne lieu à quelques passages remarquables : les montées chromatiques de la main gauche, la rêverie précédant la cadence centrale, les accords graves implacables. Superposant les textures sans les confondre, c’est un piano polyphonique que Pollini nous fait entendre ici. Le Scherzo file en un éclair. Pollini propose une vision quasi impressionniste de cette comète, qui ne s’interrompt que pour quelques accords avant de reprendre sa course. L’effet de contraste avec le Largo n’en est que plus réussi. L’œuvre prend ici un tournant profondément mélancolique, avec cette cantilène dont Pollini semble questionner inlassablement le mystère. Malgré son refrain triomphant, le Finale ne dissipe pas cette impression méditative. L’interprétation de Pollini est d’ailleurs loin d’être univoque : ce dernier mouvement conserve une part d’obscurité, jusqu’à une enthousiasmante coda, qui apporte enfin une forme de résolution.

En bis, le Scherzo n°3 et la première Ballade de Chopin sont tout aussi « polliniens » : peu ou pas d’emphase, un phrasé toujours narratif et une absence de compromis face à la dimension monumentale de ces œuvres, traitées en monuments. Et par un monument.

Crédits photographiques : © Mathias Bothor

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