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L’émouvante sobriété de Stéphane Degout dans les Kindertotenlieder

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 12-X-2017. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Musique funèbre maçonnique K. 477 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Kindertotenlieder, sur des textes de Friedrich Rückert ; Johannes Brahms (1833-1897) : Le Chant des Parques, pour chœur mixte et orchestre op. 89 ; Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 8 dite « Inachevée » D. 759. Stéphane Degout, baryton ; Chœur de Radio-France (chef de chœur : Sofi Jeannin), Orchestre National de France, direction : Emmanuel Krivine.

degout_stephane_0576a_pc_julien_benhamouLes esprits chagrins en seront pour leurs frais : l’embellie notée depuis le début de leur collaboration se poursuit entre le National et son nouveau directeur musical, . Le moment fort du concert de ce soir reste assurément la sobre et émouvante interprétation des Kindertotenlieder de par le baryton-basse français .

La Marche funèbre maçonnique de Mozart ouvre la soirée sous le signe de la solennité et de la méditation, teintées toutefois d’un certain lyrisme, car pour l’initié, la mort profane conduit inévitablement à la renaissance initiatique. Une profondeur et une gravité en parfaite adéquation avec cette œuvre que Mozart composa en 1785, un an après son initiation. Dans cette œuvre mêlée, sombre et lumineuse, à la fois rituelle (Tenue funèbre) et symbolique (Mort d’Hiram lors de l’accession à la Maîtrise), le National, en formation limitée où prédominent les vents, comme dans les colonnes d’harmonie des Loges maçonniques, fait valoir toutes les nuances d’ombre et de lumière, sous la direction claire d’.

Recueillement toujours avec les Kindertotenlieder qui resteront sans doute le grand moment de cette soirée. Œuvre maléfique, angoissante, et pour certains, prémonitoire (Mahler perdra sa fille aînée quelques années plus tard), dont parvient à faire ressortir toute la douleur et le dépouillement. Le timbre profond et sombre, une sobriété et une retenue sans aucun pathos dans la ligne de chant, la diction parfaite, la puissance, les graves abyssaux, les aigus pathétiques : tout, ici, concourt à donner à ce chant de souffrance ses couleurs de lamentation désespérée, magnifiée par la richesse des timbres de l’orchestre, avec une mention particulière pour le hautbois de , le cor anglais de Laurent Decker, la harpe d’Emilie Gastaud et le cor d’Hervé Joulain.

Le Chant des Parques de Brahms poursuit, après la pause, sur le même thème. Dans cette œuvre chorale, les Parques nous font entendre le chant des Anciens que Goethe avait composé pour l’Iphigénie en Tauride de Gluck. Brahms exprime toutes les craintes des hommes face aux dieux dans une pièce solennelle, puissante, où le Chœur de Radio-France peut faire montre de son ampleur vocale, dans un dialogue clair et équilibré entre les différents pupitres, avec malgré tout quelques réserves concernant les ténors. Emmanuel Krivine conduit chœur et orchestre d’une main assurée, en faisant ressortir les contrastes, en amplifiant les nuances de la partition pour donner plus de relief à la narration, et en prenant soin d’éviter toute grandiloquence excessive.

C’est malheureusement pour la Symphonie n° 8 de Schubert que les choses se gâtent. Une œuvre dont on se demande ce qu’elle peut bien faire dans un tel programme, et qu’Emmanuel Krivine aborde avec une théâtralité déconcertante, constamment à la recherche de l’effet, une interprétation maniérée et bassement accrocheuse, oscillant entre dramatisation outrée et lyrisme pompeux. Une lecture frôlant le contresens, fort heureusement servie par un National au mieux de sa forme, avec des belles cordes graves et la sublime clarinette de . Quel dommage de finir sur une réserve…

Crédit photographique : Stéphane Degout © Julien Benhamou

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