tous les dossiers(1)

Benjamin Grosvenor au TCE, de Bach à Brett Dean

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 15-X-2017. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Suite française n° 5 BWV 816 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Quatre pièces op. 119, en alternance avec Hommage à Brahms de Brett Dean (né en 1961) ; Claude Debussy (1862-1918) : Prélude à l’après-midi d’un faune, arrangement L. Borwick ; Maurice Ravel (1875-1937) : Gaspard de la nuit. Benjamin Grosvenor, piano.

GrosvenorUn programme varié et ambitieux, un pianiste inventif et séduisant – et peu importe les quelques moments moins réussis.

La musique de chambre est trop peu à l’honneur à Paris pour qu’il soit possible de se passer de la vénérable série des Concerts du Dimanche matin organisés par Jeanine Roze, et ce d’autant plus que, depuis quelques années, le respect du sacro-saint rôti dominical des beaux quartiers n’impose plus une fin à midi sonnantes : le plantureux programme offert par le jeune pianiste britannique en est un bel exemple.

Les premières danses de la Suite de Bach ne convainquent à vrai dire qu’à moitié : Bach au piano demande plus que cette neutralité ; pourquoi ne pas lui offrir un peu de l’ampleur sonore que l’anachronique instrument permet ? La gigue finale, étrangement, fait tout à coup taire ces critiques, et ce traitement en vraie danse rustique, aspérités comprises, est fort séduisant. Les pièces de Brahms qui suivent réservent elles aussi des surprises : la Rhapsodie finale, irrésistible, succède à un troisième Intermezzo heurté et surchargé d’intentions – quelle excellente idée, quoi qu’il en soit, que d’y insérer les trois pièces que a écrites à cet usage et en guise d’hommage à Brahms ! Jouée entre les n° 2 et 3, la Musique de bastringue met en scène les rythmes carrés des danses populaires chères à Brahms, mais semble les entraîner vers un trou noir dans le grave du piano ; toutes trois offrent d’incessants jeux de miroir, de contrastes et de parentés avec le souvenir brahmsien. Les oreilles les plus conservatrices n’en seront certes pas choquées, mais cette relation est assez riche et investie pour intéresser le mélomane plus exigeant.

Sans la moindre pause, continue avec deux œuvres françaises : après une transcription du Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, c’est Gaspard de la nuit qui fait tout le prix de cette matinée. Grosvenor y démontre sans esbroufe l’étendue de sa virtuosité, mais ce n’est presque rien à côté de la poésie sonore et du sens plastique de son jeu. Tout n’aura pas séduit à ce point dans les œuvres qui précèdent, mais peu importe : il faudra suivre avec soin les propositions du jeune pianiste.

Crédits photographiques : © Patrick Allen/Opera Omnia

Banniere-abecedaire728-90-resmusica-janvier16

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.