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West Side Story à La Seine musicale, un revival vivifiant

La Scène, Spectacles divers

Boulogne-Billancourt. La Seine musicale (Grande Seine). 13-X-2017. Leonard Bernstein (1918-1990) : West Side Story, comédie musicale en deux actes (1957), sur un livret d’Arthur Laurents et des « lyrics » de Stephen Sondheim, d’après la pièce de William Shakespeare Roméo et Juliette. Conception originale de Jerome Robbins. Mise en scène et chorégraphie : Joey McKneely. Décors : Paul Gallis. Costumes : Renate Schmitzer. Lumières : Peter Halbsgut. Son : Rick Clarke. Avec : Kevin Hack, Tony ; Nathalie Ballenger, Maria ; Keely Beirne, Anita ; Lance Hayes, Riff ; Waldemar Quinones-Villanueva, Bernardo ; Dennis Holland, Doc. Chanteurs, danseurs et orchestre BB Promotion, direction : Donald Chan.

west-side-story-vignetteL’un des chefs-d’œuvre les plus mondialement prisés du musical américain s’installe pour un mois dans l’étincelante Seine musicale, aux portes de Paris.

Faire du neuf avec de l’ancien : telle est la gageure de la troupe américaine qui, de Broadway, se lance dans une nouvelle tournée mondiale. Entre toutes les attentes contradictoires que suscitent les super-productions de ce type, la ligne de crête est mince. D’un côté, les fanatiques de l’œuvre, qui en connaissent par cœur tous les numéros dansés ou chantés, fredonnent pendant le spectacle, et crient à la trahison s’il manque la moindre note ; de l’autre, les habitués des salles parisiennes, qui veulent bien faire mine de s’encanailler pour un soir, mais non sans exiger le piment de l’inédit, comme gage de l’événement culturel véritable.

Fort heureusement, la mise en scène de , qui revendique sa filiation avec la chorégraphie originelle de , ne pourrait pas mieux réconcilier le public avec lui-même : dès le lever de rideau, la musique démarre en trombe sur les accents gouailleurs du saxophone, et l’on se replonge avec délices dans l’atmosphère des fonds de cour new-yorkais, avec leurs escaliers de façade et leur jeunesse patibulaire. Pourtant, on ne tarde pas non plus à être saisi par la nouveauté de la distribution, cet escadron de comédiens qui, du haut de leur vingtaine, apportent toute sa fraîcheur à ce qui ne serait sans eux qu’une reprise de la reprise. Grâce à leur énergie vibrante, à leurs gestes amples et parfaitement synchrones, le célèbre prologue dansé produit tout son effet, et les affrontements stylisés des « Jets » et des « Sharks » régalent les yeux.

Ainsi servie par de jeunes acteurs qui doivent faire leurs preuves, la comédie musicale trouve instantanément son rythme, avec ce délicieux foisonnement d’idées bonnes et mauvaises, si typique du genre : que l’étincelle de vérité jaillisse ou non, une force irrépressible tire l’action en avant et conjure l’ennui. Les scènes s’enchaînent alors tambour battant, ponctuées de coups de génie et d’essais ratés, sous la baguette de qui connaît la partition de Bernstein mieux que personne. Or la mécanique est si bien huilée, que certains effets théâtraux en viendraient presque à être expédiés, comme si, par endroits, tout n’était plus que référence, ou que les comédiens jouaient à jouer. À cet égard, le tube America, chanté en petit comité, paraît terne à ceux qui gardent en mémoire les allures de bacchanale que prenait la scène du film de 1961.

En revanche, grâce un couple Tony-Maria remarquable, les trois grands numéros en duo sont des sommets d’émotion et de dramaturgie. Il ne fallait pas juger sur son premier air, Something’s Coming, que l’on aurait voulu plus enlevé, dans l’esprit des paroles hachées qu’a imaginées Sondheim pour décrire son héros fantasque, plein de vie, tendu vers l’inconnu comme un adolescent ; mais dans le registre plus sérieux de Tonight, la voix solide et franche du jeune acteur répond idéalement à celle, plus lyrique, de , une Maria dont on se souviendra. Le duo One Hand, One Heart est impeccable : à l’expressivité contenue et pudique du thème en choral s’ajoute la belle idée scénique d’un mariage imaginaire, simplement suggéré par le décor du magasin où travaille Maria. Enfin, les rêveries de Somewhere, avant le malentendu et la tragédie finale, sont traitées avec le voile d’onirisme qui convient, sans rien d’exagéré : pendant que Tony et Maria chantent en hors-scène, un paradis peuplé d’anges blancs semble descendre des cieux, pour donner corps à ce lieu de pardon et de vie que les lyrics, toujours aussi inspirées, appellent de leurs vœux.

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Dans un tout autre registre, on goûte aussi sans réserve l’Anita de , un archétype de ces talents universels de Broadway qu’on aurait tant de mal à trouver chez nous : une fougue communicative, un jeu d’acteur plein de malice, un talent pour la danse, et une voix qui, amplifiée, est loin de déplaire. Le duo avec Maria, A Boy Like That, fait donc partie des heureuses surprises de la soirée, et réjouit par sa virtuosité ; n’a pas à rougir face aux aigus légers et limpides, superbes, de .

Reste l’orchestre qui, dans cet effectif encore, n’a pas absolument convaincu. Le pupitre des cordes souffrait-il d’être trop peu fourni ? Toujours est-il que dans ses rangs, la justesse des intonations a connu quelques éclipses, sur lesquelles l’amplification du son (d’ailleurs souvent excessive) a jeté une lumière cruelle. Mais la vivacité rythmique, c’est là l’essentiel, n’a jamais faibli pendant ces deux heures de musique, et toute l’équipe du spectacle a pu recevoir d’un public nombreux, lors de saluts joliment dansés, les applaudissements qui lui revenaient à bon droit.

Crédits photographiques : Nathalie Ballenger (Maria) et (Tony) © Susanne Brill ; les Jets © Nilz Boehme

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  • Ebee

    J’ai eu la chance d’assister à une représentation de ce spectacle hier soir, c’était tout simplement formidable. C’est une troupe très dynamique composée de danseurs fantastiques, dont les meilleurs chanteurs portent les rôles titres. Les mélodies puissamment jouées par l’orchestre, dirigé d’une main savante, immergent la salle dans une atmosphère tantôt électrique et dansante, tantôt douce et romantique. Très belle mise en scène, un véritable plaisir de bout en bout.

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