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Fanny Ardant dans la peau de Cassandre à l’Athénée

La Scène, Spectacles divers

Paris. Théâtre de l’Athénée Louis Jouvet. 18-X-2017. Michael Jarrell (né en 1958) : Cassandre, monodrame pour comédienne et orchestre sur un texte de Christa Wolf ; mise en scène : Hervé Loichemol ; scénographie et lumières : Seth Tillett. Fanny Ardant, comédienne ; Lemanic Modern Ensemble, direction : Jean Deroyer.

11742631_959235020765859_2636343976233367200_n était déjà sur le devant de la scène en 2012 avec l’Ensemble Intercontemporain pour incarner la Cassandre de Michael Jarrell. On la retrouve avec un immense bonheur sous les traits de la grande prêtresse troyenne dans la mise en scène d’Hervé Loichemol avec le de Genève. Le spectacle, créé au Festival d’Avignon en juillet 2015, est accueilli à l’Athénée pour cinq représentations.

Dans son monodrame Cassandre, confie à une comédienne le texte adapté en français de la nouvelle de Christa Wolf (1929-2011) écrite en 1985. C’est dans la réinterprétation des mythes antiques que la romancière allemande oriente son travail dans les années 80, mythes à travers lesquels passe son message, féministe autant que politique : « Je suis la ruine de Troie [..] Avec ce récit je descends dans la mort » prévient la prophétesse au début de l’œuvre, allusion – la vidéo le confirme- à la situation politique est-allemande et à l’effondrement annoncé de la RDA.

Par flashbacks successifs, Cassandre revient sur son enfance, sa rencontre avec Enée, les prémices de la guerre et sa lutte sans merci au sein de sa famille pour s’y opposer, elle qui voit l’avenir mais que personne ne croit. L’épisode de la guerre suscite des images fortes (Achille tuant Troïlos sous les yeux de sa sœur) à travers les mots percutants de la romancière. On sait gré à Hervé Loichemol d’éviter toute surenchère au récit intense et poignant. Sa mise en scène souligne au contraire la dimension hiératique en privilégiant les lignes verticales : ce rideau rouge que fait tomber au sol ; les quatre luminaires qui descendent des cintres pour cerner l’espace du banquet royal, acmé dramatique de l’œuvre où est amenée à endosser plusieurs rôles, celui de son père Priam notamment. Riche idée également de placer l’ensemble instrumental, le Modern Lemanic, irréprochable sous la conduite enflammée de , en mezzanine. Une position qui engendre, selon nous, la meilleure adéquation entre texte et musique. Car là réside le cœur de la réussite. Rarement en effet le temps de la musique aura rejoint avec une telle acuité le temps de la parole. Cette dernière est légèrement amplifiée ce soir, dans un équilibre des forces idéal. Richesse de la palette sonore, raffinement des alliages de timbres et sens aigu de la dramaturgie s’entendent au sein d’une partition tirée au cordeau. La musique épouse la narration sans la déborder, en se retirant parfois pour laisser la voix nue. Quelques interludes flamboyants nous laissent en revanche apprécier la puissance évocatrice qui émane du travail compositionnel de .

Sculpturale dans son long manteau noir qu’elle ne quittera qu’à la toute fin du récit, Fanny Ardant nous tient en haleine durant cette heure de spectacle, réglant le débit de paroles, parfois scandées rythmiquement, selon les phases du récit. La performance est sans faille et la diction remarquable, entre violence et sensualité. Chef d’œuvre avions-nous dit en 2012. Cette superbe production ne saurait nous désavouer !

Crédit photo : © Marc Vanappelghem

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