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L’Orchestre de Paris avec Marc-André Hamelin et Alan Gilbert

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie 1 (Grande salle). 12-X-2017. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n°4 en ré mineur op. 120. Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour la main gauche en ré majeur. Edgar Varèse (1883-1965) : Amériques, pour orchestre (version de 1929). Marc-André Hamelin, piano ; Orchestre de Paris, direction : Alan Gilbert.

c-Karen-Rubin-Alan-GilbertAlors qu’il s’apprête à prendre la direction du Hamburg, entendu il y a quelques jours à la Philharmonie de Paris, dirige ce soir l’orchestre résident.

Proposée dans la version définitive créée à Düsseldorf en 1851, la Symphonie n°4 en ré mineur de trouve en un interprète aguerri, surprenant dès l’introduction, et même dès le premier accord, dans la recherche de densité des cordes, qui emporte cette œuvre vers Brahms plutôt qu’elle ne l’inscrit dans la continuité de Schubert ou de Mendelssohn. Les violoncelles et surtout les contrebasses semblent cependant trop livrés à eux-mêmes : ces dernières sont placées en haut à droite de la scène, au moins bon endroit, à l’un des seuls trous sonores encore bien identifiables dans cette salle, même après la pose des derniers pièges à son plusieurs mois après l’inauguration.

Enchaînée comme demandé par le compositeur directement après les belles attaques de la coda du premier mouvement, la Romanze avance calmement sous forme d’une jolie balade aux champs. Elle permet de profiter de la petite harmonie de l’ et du solo de hautbois. Plus loin, le solo de violoncelle est vibrant comme pour une pièce baroque, un effet loin de prêter à contresens puisque Schumann s’est inspiré d’une danse de la Renaissance pour la composition. Par la suite, le Scherzo et surtout le Trio, bien construit dans la répétition du thème, mettent en valeur les mains expertes d’Alan Gilbert, tandis que déjà la transition vers le Finale débute dans une superbe atmosphère aux cuivres quasi parfaits.

Dutoit:Hamelin.02La symphonie est suivie du Concerto pour la main gauche de . Les contrebasses donnent à présent de la voix au Lento introductif et maintiennent un caractère de gravité dès qu’elles apparaissent, même si là encore le chef semble s’intéresser plus à ses violons, particulièrement intéressants dès leur première intervention. Une fois l’introduction passée, le piano de entre en scène pour développer sa partition. Très personnel, le jeu d’Hamelin a ses défenseurs comme ses critiques, et si le retour à la partie aiguë fascine à l’Andante, le début et les graves noyés par la pédale ne convainquent pas forcément. Le cor anglais en méforme n’aide pas non plus à exalter la partie lente avant l’accelerando, où là encore, et cette fois au milieu du clavier, les doigts du pianiste manquent de netteté. Dans la seconde moitié, ce que cherche Gilbert dans la sonorité et les références aux jazz intéresse, tout en semblant parfois plus proche d’un style américain que français, par exemple dans le beau crescendo très hollywoodien du passage Più vivo. La partie grave retrouve ensuite un appui marqué des pédales pour former un son épais, mais quelque peu nuageux, avant une coda peu explosive, même si elle conduit à une détonation de la part du public. Le pianiste offre alors deux bis : un Feux d’Artifices de Debussy, là encore joué avec la technique très spécifique d’Hamelin, puis une pièce de Chopin transcrite par Liszt et rendue avec une véritable élégance par le Canadien, Mes Joies.

Amériques de Varèse, placée en dernière partie après l’entracte, crée le risque de perdre une partie des membres de l’audience, quand sur scène l’ apparaît au grand complet. Mais il n’y a eu visiblement que très peu de défections, un point rassurant quant à l’intérêt du public pour un répertoire jugé encore difficile aujourd’hui. Ici donnée dans sa version définitive de 1929, l’œuvre est traitée selon l’habitude du chef depuis qu’il dirige le New-York Philharmonic : avec une démarche intellectuelle basée sur une lecture littérale de la partition, avec un souci du détail qui, pour autant, ne recherche pas l’effet. Le résultat est donc précis, sans être rigide ; il intéresse même particulièrement dans les citations stravinskiennes et dans les relents d’Ives dégagés des cuivres. Pourtant, nous aurions pu apprécier plus de masse et un orchestre plus compact et plus nerveux pour exalter totalement cette pièce de génie.

Crédits photographiques : © 2017 Karen Rubin/goingplacesfarandnear.com

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  • Martin Antoine

    Salle pas tout à fait remplie, bcp de jeunes et la Philharmonie est là un succès ( renouvellement fort des audiences vs à vis de la salle Pleyel ) , concert assez court mais passionnant avec finalement un programme assez aventureux digne du nouveau monde bien représenté par le félin Alan Gilbert .

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