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John Dowland et George Benjamin, une périlleuse mise en miroir

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Seven Tears Upon Silence. John Dowland (1563-1626) : Lachrimæ, or Seaven Teares. George Benjamin (né en 1960) : Upon silence, pour mezzo-soprano et cinq violes. Sarah Breton, mezzo-soprano. Karl Nyhlin, luth. Ensemble Sit Fast, consort de violes. 1 CD Evidence Classics. Durée : 52’48

 

Dowland. BenjaminUn disque original et un peu iconoclaste où l’ensemble Sit Fast, constitué de cinq violes de gambe, emmené par , nous propose un programme étonnant : une mise en miroir des sept pavanes du célèbre Lachrimæ (1604) de et d’une pièce de (né en 1960) intitulée Upon silence (1990) pour mezzo-soprano et cinq violes de gambe ! Un rapprochement qui ne va pas de soi et dont l’intérêt, avouons-le, ne saute ni aux yeux, ni aux oreilles.

Mis à part le fait qu’il s’agit de deux compositeurs britanniques, distants de 400 ans, que l’instrumentarium est grossièrement identique, et que ces deux compositions s’organisent autour du thème de la melancoly, élément culte de la période élisabéthaine, il faut bien avouer que la mélancolie très intériorisée de Dowland semble aux antipodes de l’atonalité tapageuse de Benjamin. Si les deux œuvres présentent assurément un intérêt en elles-mêmes, on est toutefois en droit de se demander le pourquoi de cette association surprenante. Elle s’explique sans doute en partie par les activités multiples d’, qui aborde avec la même aisance les différents répertoires, classique, jazz ou encore contemporain.

Au plan de l’interprétation, force est de reconnaître que la qualité musicale est au rendez-vous. L’ensemble Sit Fast nous convie, dans un premier temps, à une quête introspective se déclinant en sept « larmes » anciennes, nouvelles, gémissantes, tristes, feintes, larmes de l’amant et larmes véritables. Un itinéraire curieusement envoûtant, plein de charme, de sérénité et de poésie, une manière de lâcher prise, qu’interrompt brutalement le triptyque de Benjamin, sur un poème de Yeats (1865-1939), où se lance dans un dialogue avec les cinq violes tournant vite au combat. On notera toutefois l’importance de la technique d’archet, la richesse des timbres et la vocalité impressionnante de la mezzo française.

Malgré un effort de syncrétisme méritoire énoncé dans le titre de l’album, Seven Tears Upon Silence, il faut bien avouer que cette association pas très heureuse se rapproche du mariage de la carpe et du lapin ! À vous de juger….

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