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Embarquement immédiat avec Félicien David

À emporter, CD, Musique de chambre et récital, Musique symphonique

Félicien David (1810-1876) : Christophe Colomb. Avec : Chantal Santon-Jeffery, soprano ; Julien Behr, ténor ; Josef Wagner, baryton. Flemish Radio Choir (chef de choeur : Hervé Niquet), Les Siècles, direction : François-Xavier Roth.
La Perle du Brésil, ouverture. Le Jugement dernier. Symphonie n°3. Six Motets. François Saint-Yves, orgue ; Flemish Radio Choir (chef de choeur : Hervé Niquet), Brussels Philharmonic, direction : Hervé Niquet.
Mélodies (Le Ramier, Eolin, Cri de charité, Tristesse de l’Odalisque, L’Egyptienne, Le Jour des morts, Le Rhin allemand). Avec le Duo Contraste : Cyrille Dubois, ténor ; Tristan Raës, piano. Trio n°1. Avec : Pascal Monlong, violon ; Pauline Buet, violoncelle ; David Violi, piano. Musique pour piano (Le Soir ; Les Brises d’Orient : Fantasia Harabi, Prière, Vieux Caire ; Doux Souvenir ; Allegretto agitato). Avec : Jonas Vitaud, piano.

 

FDTrès attendu, depuis sa résurrection en 2014 au Festival Berlioz et à Versailles, le Christophe Colomb de sort enfin en CD. L’impatience du mélomane se voit récompensée par une copieuse livraison du accompagnant l’ode-symphonie de deux autres disques consacrés à un compositeur extrêmement attachant. Vivement la suite.

En fera-t-il deux ? », écrivit Paul Scudo, « la bête noire » de Berlioz comme de David, qui ne pouvait, à l’instar d’un public enthousiaste, que rendre les armes devant le charme infini du Désert, créé en 1844. La réponse est clairement oui. En 1847, avec Christophe Colomb (ou La Découverte du Nouveau Monde), David réutilise son invention à lui : l’ode-symphonie. On connaît bien maintenant son orchestration, simple, délicate, sincère, jamais désuète, avec de vrais trouvailles mélodiques (on se repassera en boucle la magnifique Symphonie « du nouveau Monde » de la Quatrième Partie, entre Hébrides et Pastorale). David ne se prive pas d’un discret prosélytisme en imaginant son Colomb en double du fameux Père Enfantin, « Père suprême » des Saints-Simoniens, qui lui aussi embarqua ses disciples, dont le compositeur, vers les utopies orientales (écoles en Égypte, idée originelle du futur Canal de Suez) comme aux frontières de la moralité de l’époque (partisan du divorce, voire de l’amour libre…).

La belle aventure musicale est magnifiquement défendue avec l’ardeur berliozienne qu’on lui connaît, par le capitaine à la tête de ses Siècles, par un idiomatique Chœur de la Radio Flamande, et par un vaillant équipage de solistes : noble en Colomb, ardent en Fernand, Chantal Santon-Jeffery assurant en tragédienne l’en-deçà et l’au-delà des mers, entre l’affliction d’une Elvire à quai et la mélancolie d’une mère indienne colonisée. Le récitant bourlingueur (« Historien », spécifie la partition) de cadre avec autorité un voyage en cinémascope dont les quatre escales (Le DépartUne Nuit sous les Tropiques La RévolteLe Nouveau Monde) ont également embarqué, pour un aller sans retour, un passager clandestin : l’auditeur.

Le joyau du deuxième CD, aux mains, cette fois, du tout aussi passionné , est certainement Le Jugement dernier. Il s’agit là du Finale, biffé juste avant la première, de l’opéra-péplum de David, Herculanum, dont l’on déplorait justement lors de sa récente résurrection discographique, que celui enregistré, bien trop abrupt, ne soit pas à la hauteur du cataclysme espéré. C’est chose faite avec ces 14 minutes splendides, aussi belles que du Berlioz, en lieu et place de l’expéditive minute de la version officielle. L’ouverture de La Perle du Brésil nous permet de patienter en attendant l’intégrale. La bouillonnante Troisième Symphonie a la sagesse lumineuse d’un Mendelssohn, les Six Motets la piété fade d’un Gounod.

Du troisième disque, outre d’agréables pièces pour piano par (pourquoi ne pas avoir révélé l’intégralité des Brises d’Orient?), on retiendra surtout de splendides mélodies (intimistes, humanistes, héroïques) attentivement contées par le gracieux et le piano de , ainsi que le charme infini du Trio n°1 (sous les doigts bondissants de Pascal Monlong, Pauline Buet et ) dont l’irrésistible allegro initial est lui aussi promesse d’embarquement immédiat.

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