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Philippe Jaroussky et Artaserse : récital Haendel à Bruxelles

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Bruxelles. Bozar. 18-X-2017. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Extraits de : Flavio, re de Longobardi : « Son pur felice », « Bel contento », « Privarmi ancora », « Rompo I lacci » ; Siroe, re di Persa « Son stanco, inguisti Numi », « Deggio morire o stelle » ; Imeneo : « Se potessero i sospir’mei » ; Radamisto : « Vieni d’empietà mostro crudele », « Vile, se mi dai vita », « Ombra Cara de mia posa », « Qual nage smarrita » ; Serse : « Sì, la voglia » ; Giustino : « Chi mi chiama alla gloria », « Se parla nel mio cor » ; Tolomeo, re d’Egitto : « Che più si tarda omai »,  » Stile amare » ; Solomon ; Concerto grosso en sol majeur op. 6 n° 1 ; Concerto grosso en do mineur op. 6 n° 8 ; Concerto grosso en la mineur op. 6 n° 4 ; Concerto grosso en fa majeur op. 6 n° 2 ; Concerto grosso en si bémol majeur op. 3 n° 2. Philippe Jaroussky, contre-ténor ; Ensemble Artaserse, direction : Raul Orellana.

Philippes Jaroussky (c) Erato-Mark RibesIl est de ces soirées rares où les planètes s’alignent : soliste, ensemble orchestral, répertoire et salle réceptive. entame la tournée liée à son dernier album en date, enregistré avec l’, et ce soir, Bozar a l’honneur d’accueillir le second concert de cette tournée.

Comme souvent, chez , on remarque un travail de fond axé sur la recherche et la constitution d’un répertoire. Le conte-ténor aime à déterrer des pépites et à mettre en lumière des œuvres moins jouées. Cela passe parfois par des transpositions pour sa voix de contre-ténor soprano. C’est le cas ici encore, avec ce concert entièrement consacré à , figure importante de son parcours artistique, et plus particulièrement, à des arias et récitatifs moins célèbres de ce roi parmi les compositeurs baroques.

La soirée est organisée en quatre grandes séries de récitatifs et arias précédés de magnifiques pièces instrumentales dont s’empare avec gourmandise l’. L’ensemble baroque, co-fondé par Philippe Jaroussky en 2002, se produit sous plusieurs configurations. S’il a changé depuis sa création, et s’il y a de petits changements de distribution par rapport à l’enregistrement du disque, on reconnaîtra nombre de musiciens confirmés de la scène baroque. Le travail de ces derniers avec le contre-ténor est extrêmement fructueux. Tel une vague, avec cette liberté propre au baroque, Artaserse ondule, les fières ouvertures comme les mouvements instrumentaux plus lents, s’enchâssent et glissent avec subtilité vers les récitatifs et les arie. Ce dispositif scénique permet d’articuler avec fluidité ces nombreuses pièces courtes mais également d’honorer le travail de l’orchestre. Philippe Jaroussky se place discrètement à l’arrière de la scène, au côté du clavecin de Yoko Nakamura tandis que les rênes semblent alors confiés au remarquable premier violon de . Le contre-ténor entre ensuite à pas de loup sur les premières notes chantées.

Nous passons ce soir par toutes les émotions. En guise de captatio benevolentiae : le récitatif suivi de l’air de Guido dans Flavio, « Son pur felice… Bel contento », avec des passages constants des notes les plus aiguës aux plus graves du registre, parfois des sauts d’octaves, soutenus par des cordes alertes. Lorsque surgissent le récitatif « Vieni, d’empietà mostro crudele » et l’aria « Vile, se mi d’aide vita », à l’issue d’un allegro en la mineur très rythmé, les phrases sont courtes, emportées, et s’envolent scandées en staccato sur des aigus des plus brillants.

La marque propre du chanteur, un génie qui n’est pas rationnellement explicable, s’exprime typiquement à l’audition des dernières notes de l’aria « Stile amare, già vi sento » dont la force, la beauté poignante est concentrée dans trois seules notes articulées sobrement, lorsque l’ensemble s’est tu. On retiendra aussi cette surprise : une unique note des plus graves, dans une voix de basse, qui clôt l’aria vindicative « Rompo i lacci ». L’aria « Ombra cara di mia sposa » du fertile opéra Radamisto se passe de commentaires (elle tutoie pourtant à plusieurs reprises les cimes du registre soprano), tant elle eu aurait raison ce soir des cœurs les plus durs. L’Allegro ma non troppo du Concerto grosso en sol mineur (suivi du Largo) est d’une beauté sans nom, avec un remarquable solo de hautbois et la répétition variée du même schéma : un instrument soliste rejoint graduellement par les autres instruments.

Avec sa générosité habituelle, Philippe Jaroussky gratifie la salle Henry Le Bœuf, debout, survoltée, de trois rappels. Le premier est un air très tendre dans lequel il excelle, « Qual nave smarrita » (à nouveau de Radamisto) ; le second, « Sì, la voglio e l’otterò ! », est un morceau de bravoure à l’issue duquel, en vrai tragédien, Philippe Jaroussky quitte la scène brusquement en feignant l’emportement. Il fallait bien ce trait d’humour, très opératique, après être monté si haut, pour revenir sur terre. Décidément, ce chanteur est troublant dans sa façon de faire cohabiter l’absolu musical et une mise à distance malicieuse et joyeuse.

Crédits photographiques : Philippe Jaroussky © Erato – Mark Ribes

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