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Création d’un oratorio d’Edith Canat de Chizy au Festival de Laon

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Laon. Cathédrale. 13-X-2017. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 6 en ut majeur D. 589 ; Samuel Barber (1910-1981) : Adagio pour cordes ; Edith Canat de Chizy (née en 1950) : Le Front de l’aube, pour orchestre, chœur d’enfants et baryton solo (Création mondiale). Vincent Bouchot, baryton ; Ensemble orchestral de la Cité, Chœur Spirito ; Adrien Perruchon, direction.

Laon 4-2L’oratorio d’Édith Canat de Chizy, Le Front de l’aube, d’après le texte original éponyme de , relate l’offensive du Chemin des Dames en 1917. Écrite pour voix de baryton incarnant les soldats, le chœur d’enfants (remplacé ici par un chœur d’adultes) et un orchestre comportant une grande variété de percussions et accordéon, l’œuvre est poignante, ravivant une mémoire collective de la Grande Guerre.

La première partie du concert est dédiée à deux œuvres largement connues, la Sixième Symphonie de Schubert et l’Adagio pour cordes de Barber, par l’Orchestre de la Cité, formation créée en 2015 avec des musiciens de l’orchestre Les Siècles et des enseignants dans les conservatoires et écoles de musique de l’Aisne. Si l’acoustique de la Cathédrale ne permet pas une audition précise de la symphonie de Schubert, notamment pour le Scherzo qui a été joué, à notre sens, trop rapidement par rapport à la résonance, elle donne à l’Adagio de Barber une belle ampleur.

À ces deux pièces succède sans entracte la création mondiale du Front de l’aube, œuvre commandée dans le cadre de l’action Nouveaux Commanditaires soutenue par la Fondation de France. L’oratorio est composé de sept parties qui dessinent un itinéraire dans un champ de bataille de la Première Guerre mondiale : Prologue, Chemin d’en bas (le carnage), Chemin englouti (les tranchées), Chemin d’en haut (promenade des filles du Roi Louis XV sur la ligne de crête), De l’autre côté (l’arrière du front), Clameur (les blessés) et Chemin blanc (les morts) ; le point culminant étant placé dans la cinquième partie. L’œuvre est traversée par des longues tenues de notes, confiées à chaque fois à un groupe d’instruments différent. Ces « bruits de fond » (même si ce ne sont pas des bruits) sonnent comme un grondement de la terre, comme des bruits d’avions de guerre ou autres engins menaçants, ou encore comme des sons imaginaires paisibles.

La partie pour baryton a été écrite, nous dit Édith Canat de Chizy, en pensant à la voix de , qui possède une tessiture très large, avec une grande facilité dans les aigus. La partition reflète cette spécificité, contenant aussi des déclamations incantatoires syllabiques, continues ou saccadées, des parlés, des chuchotés, du sprechgesang et autres techniques de chant. Toujours selon la compositrice, peu d’indications sont notées, laissant une certaine liberté d’interprétation au chanteur. insuffle l’âme à cette partition exigeante, avec des changements de registre et de technique parfois flagrants ; il excelle aussi bien dans le chanté que dans le parlé, grâce à une intonation tonique et claire, conférant à son exécution une théâtralité vive et bouleversante.

La partition du chœur d’enfants, malgré des comptines (dédramatisant le côté tragique du sujet, selon le programme) est de manière générale aussi difficile à interpréter que celle de baryton. Ce soir-là nous avons entendu le , un chœur de chambre basé à Lyon (direction Nicole Corti), qui a une maîtrise vocale plus performante que les petits chanteurs, mais nous espérons un jour écouter l’oratorio tel qu’il est écrit avec des voix juvéniles, qui rendraient sûrement les couleurs plus variées.

Le chef , consciencieux, mène bien l’ensemble en tirant précisément les différentes couleurs instrumentales et vocales de la partition, sur le fond sombre de la tragédie humaine.

Crédit photographique : © Michel Debeusscher

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