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Jukka-Pekka Saraste décevant dans la 9e de Bruckner

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Auditorium de Radio-France. 20-X-2017. Edvard Grieg (1843-1907) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 16. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 9 en ré mineur. Lars Vogt, piano. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Jukka-Pekka Saraste

 MG_5884-sw-1Malgré un « Philhar » resplendissant, ne parvient à convaincre ni dans le Concerto pour piano de Grieg, avec en soliste, où chef et soliste s’enferment dans une lecture par trop théâtrale, ni dans la Symphonie n° 9 de Bruckner entachée d’une pompeuse grandiloquence.

Nonobstant ce faux pas d’un soir, le chef finlandais essaie à chacune de ses interprétations de proposer une vision originale sortant des sentiers battus, lecture souvent pertinente, aboutissement d’une étude approfondie des partitions… Hélas, qui trop embrasse mal étreint et, à force de chercher l’originalité dans des œuvres majeures du répertoire, le risque est grand de tomber dans le contre sens…Un contresens dont pâtira surtout ce soir l’ultime symphonie de Bruckner.

Œuvre de jeunesse, empreinte de danse et de folklore, le Concerto pour piano de Grieg (1869) est l’occasion de retrouver le pianiste . L’Allegro initial plein de fougue, débute par une attaque sauvage suivie d’un chant passionné au lyrisme douloureux. Contrastes, toucher percussif, nuances appuyées, rubato marqué, virtuosité exubérante se succèdent dans cette lecture théâtralisée à l’extrême, exacerbée par la direction de Saraste et les éclats de fanfares mal contrôlés. L’Adagio central nous permet de retrouver un piano, cette fois élégiaque et moins conquérant, soutenu par de somptueuses cordes et par le cor irréprochable de . L’Allegro final, très dansant et rythmé laisse s’exprimer le jeu de Lars Vogt, tour à tour orchestral ou confident, s’épanchant, avec une virtuosité qui fit l’admiration de Liszt, sur une dynamique tendue où brille, une fois de plus, la flûte de . Une interprétation, tonique, qu’on aurait préféré peut-être plus nuancée, plus sensuelle et moins tapageuse.

A l’instar d’autres compositeurs comme Schubert, Beethoven ou encore Mahler, connut la « malédiction des neuvièmes symphonies » puisqu’il laissa sa dernière symphonie, la neuvième, inachevée réduite à trois mouvements, ouvrant ainsi la voie à de nombreuses spéculations musicologiques visant à compléter ce testament musical…. Une œuvre monumentale, sorte de legs musical dédié à Dieu (excusez du peu !) composée entre 1891 et 1896, véritable opéra sans paroles, tour à tour exaltée ou sereine, épique et lyrique, portée par la ferveur de la foi du compositeur. Une œuvre difficile à diriger qui s’inscrit dans un climat ambigu, oscillant entre démesure et intimité, lumière et univers cauchemardesque, sérénité et visions fantastiques, grand crescendo orchestral puis retombée dans le silence, dont le danger, compte tenu de l’enjeu, est de se laisser tenter par une grandiloquence pompeuse. Piège facile auquel n’échappa pas le chef finlandais !

Le premier mouvement solennel et mystérieux parait, ici, bien décousu et maniéré, sans continuité dans le phrasé, et outré dans les nuances, condamné à une immanence un peu grandiloquente qui se réduit à une succession de numéros de solistes dont se dégage, une fois encore, le cor de . Le Scherzo cauchemardesque et grinçant, parfaitement maîtrisé par des cordes somptueuses et une petite harmonie au sommet de son art, est entaché d’une lourdeur due au manque d’équilibre entre les différents pupitres, avec des cuivres cantonnés au fortissimo. L’Adagio final est le moment le plus réussi, laissant entrevoir, au son des tubas wagnériens, un soupçon de ferveur dans la lente progression vers la lumière conduisant au climax avant un retour au silence, terme ultime de ce voyage initiatique et spirituel.

Une interprétation qui se réduit finalement à une magnifique démonstration orchestrale, là où l’on espérait une fervente prière… Dommage de la part du successeur de Günter Wand!

Crédit photographique : © Site officiel Jukka-Pekka Saraste

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  • draffin

    De toute façon, jouer la 9ème de Bruckner sans le dernier mouvement, c’est discutable de nos jours (voir un de vos précédents articles sur le sujet).

  • Michel LONCIN

    Tout à fait d’accord avec draffin : il est PLUS QUE TEMPS que l’intimidation devant ce Finale (dont on possède 85 % de la musique de la main de Bruckner) et/ou « l’usage » de terminer par la fin céleste de l’Adagio soient dépassé !!!
    Quant à parler d’outrance dans les nuances … Ouvrons la partition … nous découvrons dans l’exposition du premier groupe, le climax de la Durchführung et l’extraordinaire Coda du premier mouvement des nuances FFF !!!

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