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Deux sonates fin de siècle desservies par une interprétation sans finesse

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Lyrical Journey. Richard Strauss (1864-1949) : Sonate pour violon et piano op. 18 ; Lied « Epheu » ; Guillaume Lekeu (1870-1894) : Sonate pour violon et piano en sol majeur ; Mélodie « Sur une tombe ». Rachel Kolly d’Alba, violon ; Christian Chamorel, piano. 1CD Indesens INDE098. Enregistrement réalisé à Berlin du 27 au 30 juillet 2015. Notice bilingue : français et anglais. Durée : 64’.

 

Lyrical-Journey-indesensIntéressant couplage de sonates écrites par deux grands compositeurs aux destins si dissemblables : Lekeu, fauché par la mort à vingt-quatre ans, et Strauss, devenu l’une des gloires des XIXe et XXe siècles… Dommage que l’interprétation excessivement démonstrative force le trait, et ne rende pas pleinement justice à ces œuvres subtiles, surtout celle de Lekeu.

Rapprocher deux compositeurs aux destins si dissemblables est une bonne idée ; mais le jeu excessivement démonstratif et romantique, sinon échevelé, de la violoniste Rachel Kolly d’Alba ne restitue pas toute la richesse de ces deux partitions magistrales, et ne bouscule pas une discographie déjà riche en versions de grande qualité.

Chaque nouveau disque de la violoniste suisse se voit gratifié d’un titre plus ou moins évocateur : « Fin de siècle » pour la sonate de Franck et le concert de Chausson, « Voyage lyrique » pour cet assemblage des sonates de Lekeu et Strauss. Deux œuvres quasiment contemporaines (1886 pour Strauss, 1892 pour Lekeu), mais d’esthétiques bien différentes, différence que renforce le fait que celle de Strauss est l’un des premiers essais d’un compositeur dont le génie s’épanouira ensuite dans le poème symphonique et l’opéra, tandis que celle de Lekeu est le pur chef-d’œuvre d’un génie, hélas mort beaucoup trop jeune. Deux mélodies transcrites pour violon et piano complètent ce nouveau CD.

Comme précédemment, on ne peut s’empêcher de trouver excessif le caractère désordonné de l’interprétation, plus acceptable en fait pour la sonate de Strauss que pour celle de Lekeu, au lyrisme tellement intense. Malgré les belles couleurs du Stradivarius touché par la violoniste, la beauté exceptionnelle de l’œuvre n’est qu’imparfaitement révélée. Il suffit de réentendre la référence toujours inégalée de Ferras et Barbizet pour retrouver la splendeur de cette œuvre unique. Plus conventionnelle et encore marquée par les grands exemples du romantisme germanique, la sonate de Strauss résiste mieux aux assauts hyper-romantiques de la violoniste. Mais, récemment, dans un couplage non sans parenté (avec la Première sonate de Fauré), les vétérans Perlman et Ax lui conféraient une autre grandeur (DG) et un autre équilibre.

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  • André Charles

    Ferras et Barbizet : c’est probablement l’aune à partir de laquelle l’auteur organise ses critiques qui sont toujours des critiques. Certes de magnifiques références maintes fois citées à juste titre (cf. un voyage dans l’historique de Monsieur Hulot), mais existe-t-il d’autres interprétations légitimes et possibles ? En l’occurrence, il sera intéressant pour ceux qui apprécient les deux instrumentistes suisses de lire aussi Pizzicato, Diapason, ou des blogs comme celui de M. Ferrier qui a assisté à leur récent concert, avec les mêmes œuvres, au Goethe Institut à Paris. J’y étais, comme public. Mais on sait que peu de critiques se déplacent. Et parfois on peut douter qu’ils aient devant eux la partition pour analyser un CD. A. Charles

    • Nicolas Huguenin

      J’ai moi aussi assisté à ce concert, qui m’a laissé l’impression d’avoir entendu un duo d’excellents musiciens, en parfait accord l’un avec l’autre, et tout à fait à leur place dans ce répertoire. Je trouve très sévère la critique de M. Hulot (dont je ne prétends pas avoir la compétence, hein !)

  • Bettina Sadoux

    J’ai également assisté au concert à l’institut Goethe et je n’ai rarement vu un public aussi fasciné par l’interprétation de Rachel Kolly d’Alba et Christian Chamorel.
    Déplacez vous la prochaine fois !!

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