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Figaro à Munich, mariage de routine

La Scène, Opéra, Opéras

Munich. Nationaltheater. 28-X-2017. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le Nozze di Figaro, opéra en quatre actes sur un livret de Lorenzo da Ponte. Mise en scène : Christoph Loy ; décor : Johannes Leiacker ; costumes : Klaus Bruns. Avec : Christian Gerhaher (Conte Almaviva) ; Federica Lombardi (Contessa Almaviva) ; Olga Kulchynska (Susanna) ; Alex Esposito (Figaro) ; Solenn’ Lavanant-Linke (Cherubino) ; Anne Sofie von Otter (Marcellina) ; Paolo Bordogna (Bartolo) ; Manuel Günther (Basilio) ; Dean Power (Don Curzio) ; Anna El-Khashem (Barbarina) ; Milan Siljanov (Antonio). Chœur de l’Opéra national de Bavière ; Orchestre national de Bavière ; direction : Constantinos Carydis.

LM0A5696La direction prétentieuse et maniérée de pèse sur une soirée d’honorable routine.

Vingt ans ! Créée en 1996, la mise en scène des Noces de Figaro par le pape du théâtre munichois Dieter Dorn a occupé le plateau du Nationaltheater jusqu’en novembre 2016 : un spectacle sobre, sans grandes ambitions mais efficacement divertissant. Moins d’un an après la dernière, c’est à que l’Opéra de Bavière a confié le soin de renouveler notre vision des Noces.

Renouveler ? Le spectacle qu’il propose est tout sauf un nouveau regard. Si le but était de proposer un spectacle tout public, sans aspérités, qui pourra être repris comme celui de Dorn pendant des années, le contrat est rempli. Il y a, certes, une sorte de concept en ce qui concerne le décor : des portes et une scène de théâtre dans le théâtre qui grandissent au fil des actes (heureusement d’ailleurs, car le décor des deux premiers actes a des propriétés acoustiques fort malencontreuses). Mais on n’en voit pas grand-chose dans sa vision des personnages. Par endroits, Loy tend à la suractivité, avec quelques gags pas toujours ratés ; pendant de longs moments, au contraire, les chanteurs ne sont pas dirigés ; est vocalement un très beau Figaro, mais ses deux airs du premier acte paraissent interminables tant il semble ne pas savoir quoi faire de son corps.

La fosse au détriment des voix

La distribution féminine est dominée par une vraie star, qui s’impose sans coup férir malgré des costumes impossibles : le plus beau moment de la soirée est pour elle – il s’agit du lied Abendempfindung (de Mozart, tout de même !) –, et il échoit à Marcellina, alias , à la place de son air du dernier acte. Le reste de la distribution féminine est composé de jeunes chanteuses : le résultat est très honorable pour une soirée de routine, un peu juste pour ce qui devait être un événement dans la riche vie musicale de Munich.

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C’est que la primauté du chant est niée ici par la concurrence que lui fait , qui semble avoir beaucoup à nous dire : visiblement, il a écouté les baroqueux, ce qui est une bonne chose ; il n’en a retenu qu’une injonction à choisir des tempos extrêmes et à frapper fort dès que c’est possible, ce qui n’en est pas une. Les intentions sont lisibles à chaque instant, et si cette interprétation est moins audacieuse que la Clémence de Titus proposée cet été à Salzbourg (puis en tournée) par Teodor Currentzis, elle est aussi beaucoup moins convaincante : là où Currentzis, par des moyens certes peu orthodoxes, sculptait avec amour d’incroyables parcours émotionnels, Carydis se contente de coups de boutoir et d’effets faciles. Il avait déjà dirigé les Noces à Munich, dans la production précédente : il y avait fait preuve d’une mollesse rhédibitoire à cent lieues de ce qu’il a proposé cette fois, et qui est, malgré tout, somme toute préférable.

En 2010 déjà, c’était qui chantait le Comte : habitué à travailler avec Loy, il parvient certes à construire un personnage de colérique sur le retour, qui va jusqu’à battre son épouse ; même lui, cependant, pâtit du contexte général, et son timbre n’a pas les splendeurs accoutumées. Il faudra attendre un chef un peu plus humble et un peu plus inspiré avant de retourner voir cette mise en scène rendue à son environnement naturel, le train-train quotidien d’une maison de répertoire.

Crédits photographiques : © Wilfried Hösl

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