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Bryn Terfel reprend avec brio les habits de Falstaff à l’Opéra Bastille

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra Bastille. 26-X-2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Falstaff, commedia lirica en trois actes sur un livret d’Arrigo Boïto d’après les Joyeuses Commères de Windsor et King Henry IV de Shakespeare. Mise en scène : Dominique Pitoiset. Décors : Alexandre Beliaev. Costumes : Elena Rivkina. Lumières : Philippe Albaric. Avec : Bryn Terfel, Sir John Falstaff ; Franco Vassallo, Ford ; Francesco Demuro, Fenton ; Graham Clark, Dottore Cajus ; Rodolphe Briand, Bardolfo ; Thomas Dear, Pistola ; Aleksandra Kurzak, Mrs Alice Ford ; Julie Fuchs, Nannetta ; Varduhi Abrahamyan, Mrs Quickly ; Julie Pasturaud, Mrs Meg Page. Chœurs de l’Opéra national de Paris (chef de chœur : José Luis Basso). Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Fabio Luisi.

Quelques semaines après Don Carlos, le dernier opéra de Verdi retrouve les planches de l’Opéra Bastille avec la production de et en têtes d’affiche le trublion et la belle . Le reste de la distribution mêle bonnes et moins bonnes surprises quand, en fosse, le chef italien démontre qu’il connaît son Verdi.

La production de a bientôt vingt ans et, si ses décors transposés dans le Windsor de la période de Verdi plutôt qu’à celle de Shakespeare, n’accusent pas les flétrissures du passé, son suivi rigoureux des didascalies n’apporte plus aucun nouvel éclairage à la tragi-comédie de Falstaff. La mise en scène ne sert alors qu’à mettre en avant les parties comiques, en plus de réussir comme elle le peut à faire rentrer un ouvrage intimiste dans le grand cadre de l’Opéra Bastille. Les hueurs de Krzysztof Warlikowski lors du récent Don Carlos seront ravis, car bien qu’inadaptée à l’époque inscrite dans le livret, la proposition parait classique, notamment ses costumes avec robes colorées et bouffantes à souhait. Le paravent est présent lorsqu’il faut se cacher derrière, tout comme le panier dans lequel on enferme Falstaff avant de le jeter à l’eau. Puisque les gens rient et applaudissent, on parlera d’efficacité, mais Carsen, par exemple, a su être bien plus fin, et d’autres ont nettement mieux développé cet ouvrage de génie, tout particulièrement ses parties sombres.

Dans la fosse également, le rendu est à l’opposé de celui de Don Carlos, avec cette fois un chef qui connaît Verdi. sait en effet parler cette langue et lui donner couleurs et intonations, à défaut d’y trouver une quelconque poésie et malheureusement encore moins d’y insérer les notions de nostalgie ou de poids de la vieillesse sur l’homme. S’il sait mettre en avant les superbes sonorités de l’Orchestre de l’Opéra de Paris, notamment la première flûte, les bassons et le cor solo, il n’utilise que peu les leitmotivs et ne cherche pas à renforcer les accents dramatiques de la partition. Au moins s’occupe-t-il du plateau en jouant sur la sourdine dès qu’il faut l’aider et en accompagnant un Chœur de l’Opéra de Paris parfaitement préparé, même si l’on est surpris que ce groupe ait besoin à deux passages d’une des choristes pour gérer sur scène la battue, alors qu’en vrai chef d’opéra, Luisi semble déjà faire les bons mouvements.

Sur scène, reprend les habits du vieux dragueur et fait ce qu’il sait faire de mieux : du Terfel himself. Nous avouons lui préférer Ambrogio Maestri, dans les mêmes habits lors de la dernière reprise sur cette scène, et il y a moins d’un mois à la Philharmonie de Paris. Mais Terfel est assurément l’autre grand Falstaff de ce début de siècle. Le charisme du personnage exalte les parties comiques et le baryton n’a jamais peur du ridicule, même lorsqu’il faut tomber le pantalon ou tenter de ressortir comme on le peut d’un panier, surveillé par l’excellente Meg Page de . Cette dernière réussit à faire vivre un rôle parfois presque invisible et présente une voix agréable autant que colorée. Le personnage de sa concurrente et amie Alice Ford revient à , qui semble de plus en plus quitter le répertoire léger pour des rôles plus lyriques. Bien que parfaitement placée, sa voix semble parfois manquer de puissance et d’assise dans les ensembles, notamment dans les médiums de sa partition, mais elle donne à sa courte aria du I une saveur et une poésie singulière autant que délectable.

ne trouve pas non plus assez d’assise en Ford, et s’il se démarque de certains ensembles, son air È sogno ? manque de résonance, surtout en comparaison de la prestation de Christopher Maltman un mois plus tôt à Paris. n’est pas plus adapté à Fenton et nasalise fortement, en plus de présenter des problèmes de justesse dans son grand air, tandis que semble elle aussi ne pas tout à fait correspondre à la tessiture attendue ; elle n’a clairement pas encore l’âge pour affirmer avec Mrs Quickly toute l’autorité due à ce personnage. Reste alors à profiter du génial en Doctor Cajus, lui non plus pas toujours juste, mais franchement en voix ce soir et largement approprié à ce protagoniste ingrat dans lequel il faut dresser les amusants en Bardolfo et en Pistola. Nannetta de choix, reste toutefois pour cette représentation l’artiste la plus intéressante du plateau : d’une jolie couleur autant que d’une belle présence scénique, elle n’est jamais avare d’aigus filés et présente un superbe Sul fil d’un soffio estesio.

Pour cette reprise, il y avait bien des noms dignes des attentes pour un opéra comme celui de Paris, mais finalement peu de magie.

Crédits photographiques : © Sebastien Mathe

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