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Le bel amour de Marie-Claude Chappuis

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Marie-Claude Chappuis – Sous l’empire d’Amour. Michel Lambert (1610-1696) : Goûtons un doux repas ; Récit de la beauté ; Rochers, vous êtes sourds ; Ma bergère est tendre et fidèle ; Charmante nuit ; Ombre de mon amant. Gabriel Bataille (1575-1630) : Ma bergère non légère ; Un satyre cornu ; Qui veut chasser une migraine. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Repans charmante nuit ; Plainte italienne. Robert Ballard (1575-1650) : Entrée, Ballet, Courante. Jacques Bittner (fl. 1682) : Prélude, Courante, Gavotte, Chaconne. Étienne Moulinié (1599-1676) : Amis enivrons-nous. François Richard (1580-1650) : Ruisseau qui cours après toy-mesme. Antoine de Boësset (1585-1643) : Ils s’en vont ces roys de ma vie. Marie-Claude Chappuis, mezzo-soprano ; Luca Pianca, luth. 1 CD Deutsche Harmonia Mundi 8898 545 231-2. Enregistré à la Villa San Fermo, Lonigo (Vicenza) entre le 25 au le 28 avril 2016. Notice de présentation en français, allemand et en anglais. Durée : 63’29”.

 

Marie-Claude Chappuis.01Enfin ! Enfin son disque. Depuis de nombreuses années la mezzo-soprano suisse offre sa voix sur les plus grandes scènes européennes. Alors que ses succès sont célébrés, jamais jusqu’à ce jour, elle n’a pu enregistrer sa voix autrement qu’au milieu d’orchestres. Mystère des temps modernes !

Avec son penchant pour le chant baroque, fonde en 2001 un Festival du lied à Fribourg, sa ville natale. Aujourd’hui, elle offre un opus où elle fait la part belle à des compositeurs (peu connus) du XVIIe siècle. Et quel meilleur choix que de se faire accompagner par un luth, discret et efficace ? Ainsi, son disque nous plonge dans l’ambiance feutrée de grands salons aux fenêtres desquels pendent d’épaisses tentures. La troubadour fribourgeoise, de sa tendre voix, abreuve l’audience des gentes dames et gentilshommes des plus belles romances d’amour.

Loin des grands tapages médiatiques des producteurs discographiques qui saluent la « nouvelle Callas » avec la constante revisitation des airs d’opéras de Rossini ou de Mozart, et de ceux qui font les titres de la musique baroque avec les sempiternels airs d’opéra de Haendel et Caldara, Marie-Claude Chappuis privilégie la discrétion d’un art raffiné. Dans ce disque, elle visite une époque moins connue de la musique. Une époque où la chanson était un art plus populaire, moins sophistiqué qu’au XVIIIe siècle. L’art de la galanterie, de la romance amoureuse, belle par sa mélodie, belle par sa poésie. Et la mezzo fribourgeoise capte admirablement l’esprit de ces refrains.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’impeccable diction de son chant. Pas un mot n’échappe à la perfection de l’élocution. Et l’on sait combien la langue française est difficile à chanter. Marie-Claude Chappuis se fait un devoir de ce que le mot soit orné de l’élégance et de l’intelligence du sens. À l’exemple de ce Rochers, vous êtes sourds de où, même quand la voix est projetée, la syllabe reste intelligible. Un art du chant qu’on aime à entendre aussi profondément exploré et soigné. La voix sans sophistication, au vibrato délicat, reste pour autant d’une rare beauté.

L’aspect reposant de ces ballades envahit l’esprit comme un baume de tranquillité bienfaisant. Indispensable remède à la trépidante excitation de notre époque.

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