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Harding à la Radio Bavaroise pour un Bruckner trop sage

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Munich. Philharmonie. 27-X-2017. Alban Berg (1885-1935) : Trois fragments de Wozzeck ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 4 « Romantique ». Dorothea Röschmann, soprano. Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, direction : Daniel Harding.

Harding BRSO 2017L’Orchestre de la Radio Bavaroise a beau être au sommet de ses séductions sonores, le parcours symphonique de cette soirée reste trop prosaïque.

À la Philharmonie de Munich plane le souvenir de Sergiu Celibidache et de ses interprétations des symphonies de Bruckner. Avec l’autre grand orchestre munichois, dirige ce soir la quatrième symphonie, mais son approche de Bruckner n’a pas grand chose à voir avec les sculpturales lenteurs de Celibidache.

Avant Bruckner, cependant, Harding donne les Trois fragments de Wozzeck, avec le concours de : elle est ici à la fois poétique et précise, du moins jusqu’aux dernières phrases de sa partie où, soudain, les décibels incontrôlés viennent remplacer l’intensité dramatique. Dans ce répertoire, on est en droit d’attendre le meilleur de Harding : ici, même s’il mène l’orchestre avec sûreté, et même si celui-ci, comme à son habitude, est riche de couleurs et admirable de précision, l’approche manque étrangement d’ampleur et de drame. Il y a dans Wozzeck cette alliance unique entre un langage musical visionnaire et une expressivité immédiate : lorsque l’on se contente de servir le premier, on oublie la seconde.

Il en va un peu de même pour la Quatrième symphonie de Bruckner. Nous avions apprécié sa Cinquième avec le Gustav Mahler Jugendorchester, et on retrouve sans nul doute ce soir une même austérité, une même approche plus intime que grandiose ; mais la tension manque tout autant que dans les pièces de Berg. Il n’est pas interdit de remettre en question l’imagerie pieuse du romantisme germanique que Bruckner a au moins en partie mobilisée dans cette œuvre, mais il faudrait au moins en conserver l’émotion primaire en son cœur : alors que l’orchestre de Bavière est à son meilleur niveau, l’univers sonore proposé par Harding a ses séductions, mais le chemin est somme toute monotone, une simple promenade du dimanche plutôt qu’un parcours à la découverte de nouveaux mondes. Harding est pourtant un interprète qui ne se contente pas des sentiers battus : le prix à payer pour sa démarche est un concert comme celui-ci, un peu terne. L’exploration ne porte pas toujours de fruits.

Crédit photographique : © Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks

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