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Elektra de grand répertoire au Deutsche Oper Berlin

La Scène, Opéra, Opéras

Berlin. Deutsche Oper Berlin. 30-X-2017. Richard Strauss (1864-1949) : Elektra, tragédie en un acte sur un livret d’Hugo von Hofmannstahl. Mise en scène : Kirsten Harms. Décors et costumes : Bernd Damovsky. Chorégraphie : Silvana Schröder. Avec : Doris Soffel, Klytämnestra ; Catherine Foster, Elektra ; Allison Oakes, Chrysothemis ; Clemens Bieber, Aegisth ; Tobias Kehrer, Orest ; Seth Carico, Der Pfleger des Orest ; Sandra Hamaoui, Die Vertraute ; Nicole Haslett, Die Schleppträgerin ; Paul Kaufmann, Ein Junge Diener ; Stephen Bronk, Ein alte Diener ; Nadine Secunde, Aufseherin ; Annika Schlicht, Rebeccas Jo Loeb, Jana Kurucovà, Fionnula McCarthy, Alexandra Hutton, Fünf Mägden. Opernballett der Deutschen Oper Berlin. Chor der Deutschen Oper Berlin (chef de chœur : Jeremy Bines). Orchester der Deutschen Oper Berlin, direction musicale : Donald Runnicles.

Les soirées de répertoire du Deutsche Oper Berlin sont toujours d’une grande qualité, même lorsqu’il s’agit d’une simple reprise d’Elektra, avec cette saison dans le rôle-titre, l’impressionnante Chrysothemis d’ et les graves toujours aussi marqués de .

Les dernières reprises de la production d’Elektra au Deutsche Oper faisaient alterner Evelyn Herlitzius et Nina Stemme dans le rôle-titre. Cette saison, pour seulement trois représentations, se prête au jeu et fait preuve d’une puissance vocale exceptionnelle, même si le charisme scénique n’atteint pas celui des deux sopranos dramatiques précitées.

La mise en scène de créée en 2009 en même temps qu’une rareté (Cassandra de Vittorio Gnecchi), dans les décors et costumes de a beaucoup été critiquée. Pourtant elle soutient correctement l’action, avec comme souvent un visuel unique, ici sorte de caveau d’or dans lequel vivent les Atrides, dont un sol de terre meuble rend les situations instables à mesure que les protagonistes s’enfoncent. Les matériaux de bonne facture permettent un rendu efficace, à défaut de renouveler notre point de vue sur l’œuvre. Les entrées et sorties s’effectuent par deux portes latérales et une ouverture à quatre mètres de hauteur au centre laisse apparaître certains personnages, notamment Klytämnestra pour son premier monologue, ou Orest après les meurtres.

Sur scène, Catherine Foster impressionne par le chant, intelligent dans le médium et explosif autant que droit à l’aigu. Aucun problème de passage de notes ni défaillance tout au long de la soirée, même quand l’orchestre, comme le voulait Strauss, ne fait pas attention à protéger les chanteurs, ou tente même de les assourdir. Tout aussi impressionnante, même si parfois moins juste dans le haut de la tessiture, propose une Chrysothemis au coffre incroyable, parfois supérieure en volume à Foster. Elle reprendra cette saison le rôle à Lisbonne puis dans la production Chéreau sous la direction de Yannick Nézet-Séguin au Met. Assurément, et même si elle se cantonne au rôle-titre de Salomé pour le moment, elle sera sûrement un jour une Elektra avec laquelle compter.

a déjà tout prouvé, mais à l’aube de ses soixante-dix ans et malgré une voix parfois instable dans le haut du spectre lors de la première intervention, elle est aujourd’hui plus que jamais Klytämnestra. Son retour sur la terre pour la scène de la confrontation, puis ses interventions dans le plein grave avant les violents cris de mort aigus en fin d’opéra glacent toujours autant. Hormis ces trois invitées, tous les autres rôles sont tenus par la troupe, l’une des meilleures au monde dans le répertoire allemand, comme le prouve l’Orest de grande qualité, nettement plus précis et profond que nombre de basses plus célèbres, de . tient un Aegisth nerveux et parfaitement juste, fait assez rare dans cette courte partie, quand est remarquable pour son intervention en Ombre d’Orest. Au même niveau se placent les servantes, à commencer par la Vieille de et les éclatantes Première et Cinquième d’ et .

Comme nous ne sommes pas à Paris, le corps de ballet a le droit de danser aussi dans les opéras ; il livre une chorégraphie bien adaptée à l’ambiance en fin de drame, sorte de Danse Sacrale façon Pina Bausch, chorégraphiée sur la scène berlinoise par . En fosse, le directeur musical livre une prestation elle aussi autant qualitative qu’efficace. Comme toujours avec le chef écossais, on ne peut y définir un style très personnel, mais la partition dès le premier accord trouve violence et énergie, puis se délite au fur et à mesure que le drame se prépare, comme lors des superbes soli du premier violon. Les trompettes spatialisées en hauteur à droite pour la dernière scène offrent un bel effet pour conclure cette très bonne soirée de répertoire.

Crédit photographique : © Barbara Aumueller

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