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Reigen de Philippe Boesmans par l’Académie de l’Opéra de Paris

C’est la première fois, à notre connaissance, que les jeunes talents de l’Académie de l’Opéra National de Paris se frottent au répertoire contemporain, du moins si l’on estime qu’Owen Wingrave de Britten est déjà un classique.

Les promotions précédentes nous avaient proposé de larges pans du répertoire, passant du traditionnel au baroque ou à la comédie musicale, mais cette soirée est une véritable gageure ! Ils sont aidés en cela par l’orchestration de chambre de , qui, allégée, permet aux jeunes chanteurs de ne pas lutter contre une barrière sonore. Mais tous, vraiment, se tirent fort bien des pièges harmoniques d’une partition qui n’est pas si évidente, avec un degré de préparation qui pourrait faire rougir bien d’autres musiciens plus aguerris.

Le livret, basé sur une pièce de théâtre d’Arthur Schnitzler, qui a été popularisé par le film de Max Ophüls, raconte la ronde infernale du sexe et du désenchantement dans la Vienne de la fin du XIXe siècle. Tout au long de dix scènes, possédant chacune leur ambiance propre, les couples se rencontrent et se séparent, se font et se défont, sans qu’une moindre once d’amour ou même de tendresse, ne vienne illuminer les rapports de ces êtres à la fois cyniques et paumés.

C’est là que la pertinente mise en scène de manque plus ou moins son but. On a aimé l’astucieux décor unique en mur modulable qui permet de passer d’un endroit à un autre en un clin d’œil. Les projections vidéos de la place de la Bastille, juste devant l’Opéra, nous ont arraché des sourires de connivence. Les moments de sexe sont habilement simulés, explicites sans jamais rien de graveleux. La direction d’acteur est judicieuse, et pour tout jeunes qu’ils soient, les dix interprètes s’en sortent plus que bien. Et pourtant, malgré tout, il manque à l’ensemble cette cruauté sous-jacente, ce je-ne-sais-quoi qui exprime les enjeux et les intimités des protagonistes, ce qui transforme certaines des scènes en longs tunnels.

Sur le plan musical, on n’a vraiment rien à redire, si ce n’est notre satisfaction profonde. L’orchestre, composé de musiciens en résidence à l’Académie de l’Opéra national de Paris et de l’, sous la baguette enthousiaste de , font montre d’une précision à toute épreuve. Les chanteurs sont irréprochables. Parmi eux, on retiendra particulièrement Sofija Petrović, diva plus vrai que nature, dotée d’une puissance vocale à faire trembler les murs, , mezzo-soprano au timbre soyeux, , prostituée voluptueuse, , baryton doté d’un intriguant falsetto et , récente finaliste du Concours Nadia et Lili Boulanger, lascive jeune femme.

Crédits photographiques : Jean-François Marras (Le Poète) et (La Grisette) ; (Le Comte) et Sofija Petrovic (La Cantatrice) © Studio J’Adore Ce Que Vous Faites !