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Ermonela Jaho, enthousiasmante Butterfly au Théâtre des Champs-Élysées

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 7-XI-2017. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madama Butterfly, opéra en trois actes sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa. Version de concert. Avec Ermonela Jaho (Madama Butterfly) ; Marie-Nicole Lemieux (Suzuki) ; Bryan Hymel (Pinkerton) ; Valentine Lemercier (Kate Pinkerton) ; Marc Barrard (Sharpless) ; Mikeldi Atxalandabaso (Goro) ; Wojtek Smilek (Il Bonzo) ; Christophe Gay (Yamadori). Pierre Doyen (Le commissaire/ L’officier du registre). Chœur de Radio-France ; Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction : Mikko Franck.

_L3A0971-copyDonnée en juillet 2016, aux Chorégies d’Orange dans une mise en scène de , cette Madame Butterfly de avait déjà enthousiasmé les foules, public et critique, par la seule présence d’ dans le rôle-titre. La voilà de retour à Paris, pour une version de concert au Théâtre des Champs-Élysées, le temps d’une soirée unique qui suffit à fournir une étincelante et émouvante confirmation : , en Madame Butterfly, prend légitimement place aux côtés des plus célèbres sopranos italianisants comme Callas, Victoria de Los Angeles, Renata Scotto ou encore Mirella Freni.

Opéra de la passion, où se mêlent amour, abandon, césure sociale et culturelle, et dont la concentration et la progression du drame se développent tout entiers autour du personnage de Cio-Cio-San, depuis son chant initial jusqu’au suicide final, Madame Butterfly ne souffre pas la médiocrité. Il comporte des exigences hors normes auxquelles répond par un engagement scénique et une présence vocale exceptionnelles. Beauté du timbre, puissance d’émission, souplesse de la ligne, legato sublime et aigus filés, tessiture étendue avec un contre- initial parfaitement maîtrisé, toute une vocalité qui culmine dans un mythique et déchirant « Un bel di vedremo » exhalant l’espoir du retour de l’être aimé. Sans oublier la performance d’acteur, car Ermonela Jaho joue et vit le drame, jusqu’à finir la représentation épuisée, au bord des larmes, laissant le public sous le choc.

Un triomphe mérité, qu’il serait injuste de ne pas partager avec qui, à l’égal de la chanteuse albanaise, donne corps au drame en dirigeant de main de maître un « Philhar » dont on signalera tout particulièrement la somptuosité et la réactivité des cordes. Une direction attentive, pleine de relief, délicate ou impétueuse, qui respire avec les voix : le chef finlandais n’hésite pas à quitter son pupitre pour diriger debout et encourager de la voix orchestre et chanteurs. Le Chœur de Radio-France, excellent de bout en bout, n’est pas en reste ; parfaitement en place, il impressionne par son chant à bouche fermée, superbement soutenu par les pizzicati des cordes à la fin de l’acte II.

Le reste de la distribution vocale ne dépare pas, par sa qualité, cette interprétation d’exception. Si (Pinkerton) inquiète dans son premier air par son manque de souffle, ses aigus serrés, il parvient cependant à retrouver son efficience vocale dans le sublime duo d’amour et dans son air final « Addio , fiorito asil ». (Suzuki) donne sa pleine mesure dans le célèbre duo des fleurs « Scuoti quelle fronda ». (Goro) distille le vice et la concupiscence tandis que (Sharpless) incarne la noblesse et la compassion. (Yamadori) échappe à la cocasserie et au grotesque habituels pour développer un chant plein de réserve et d’humilité, contrastant avec l’intervention furibonde de (Il Bonzo). Enfin, bien que discrète dans son intervention, parvient à convaincre en quelques phrases. Une jeune chanteuse à suivre…

Une soirée qui restera sans nul doute dans les mémoires !

 Crédit photographique : Ermonela Jaho © Fadil Berisha

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