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A Aix, le violon habité de Renaud Capuçon

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Aix-en-Provence. Grand Théâtre de Provence. 6-XI-2017. Erik Satie (1866-1925) : Gnossiennes n°1 à 6 (arrangements Patricio Cuero). Wolfang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour violon n°1 en si bémol majeur K. 207 ; Concerto pour violon n°4 en ré majeur, K.218. Camerata Salzburg ; Grégory Ahss, konzertmeister. Renaud Capuçon, violon et direction.

renaud-capaucon-mat-hennek-to-virgin-classicsSoirée faste au Grand Théâtre de Provence avec la venue du et de .

Directeur Musical du Festival de Pâques, grand habitué des festivals de la région, le violoniste joue presque « à la maison » en terres aixoises. L’originalité et l’audace du programme de ce soir consiste à mettre en miroir Mozart et Satie, compositeurs phares de deux époques au langage bien distinct. Malgré le temps qui les sépare, la correspondance est évidente.

Les trois premières Gnossiennes, pièces minimalistes teintées de mystère et de poésie parfois hypnotique, sont ici jouées dans une rare adaptation pour orchestre puisque la version originale composée pour le piano lui est généralement préférée. L’ensemble de Salzbourg se fond au cœur de la matière et nous entraine avec lui, nous laissant loin de nos repères spatio-temporels. Son homogénéité fait ressortir une densité vibrante qui façonne et étoffe des atmosphères pénétrantes, parfois aux visuels puissants, dont l’inspiration, notamment orientale, nous fait voyager loin.

Changement de décor avec le Concerto n°1 de Mozart. La Camerata est réputée pour être une spécialiste du genre et nous pouvons le vérifier à nouveau. L’entente sur scène est instinctive tout comme la joie de faire de la musique ensemble est palpable. Cela rend les dialogues particulièrement vivants. Les expositions des cordes sont baignées de lumière tandis que les vifs tempi apportent fraîcheur et légèreté. De même, l’immédiateté des attaques, le travail coloré des lignes font écho au Guarneri solaire de . Le jeu délié du violoniste ainsi que sa technique sans faille – des aiguës souverains ! – sont au service constant de l’expression. Sa sensibilité fait la différence dans un Adagio touchant de sincérité avec une manière toute personnelle de mettre en relief le sentiment exprimé puis de porter un soin particulier dans son développement.

Après l’entracte, les harmonies arabisantes des Gnossiennes s’élèvent à nouveau. La variété de ton, les motifs au lyrisme serein sont d’une réelle beauté plastique. Avec un sens du détail, les différentes pièces sont comme des fenêtres ouvertes sur des instantanés cinématographiques. Le contraste est fluide et tout autant lumineux avec le Concerto n°4 de Mozart qui suit. La direction de Renaud Capuçon apparaît aussi organique que dans le premier. Si celui-ci présente un caractère opératique, notamment dans les parties libres solo du violon, le Concerto en ré majeur est marqué par une richesse thématique et un cantabile quasi permanent côté soliste qui prend le pas sur les quelques modulations plus obscures. En termes de finesse, les musiciens font dans la dentelle. L’œuvre respire à travers chaque pupitre qui déroule une variété de couleurs, un sens de la narration de premier plan. Intime et chaleureux, l’Andante atteint des sommets expressifs, porté par une interprétation véritablement habitée.

En bis, le final du très célèbre Concerto n°5 est de la même veine. Décomplexée, dépoussiérée, cette version est un modèle de construction. Ce Mozart-là résonne avec modernité. Une reprise du Rondeau précédemment joué prolonge le moment de grâce à travers une inspiration renouvelée.

Crédit photographique : © Mat Hennek © Virgin Classics

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