banclefsdor2017

Duos pour ténor et basse par Abdrazakov et Villazón

À emporter, CD, Opéra

Georges Bizet (1838-1875) : « C’était le soir … Au fond du temple saint » extrait des Pêcheurs de perles, « Je suis Escamillo, torero de Grenade… » extrait de Carmen ; Arrigo Boito (1842-1918) : « Son lo spirito che nega … Strano figlio del Caos » extraits de Mefistofele ; Gaetano Donizetti (1797-1848) : « La vostra ostinazione … Prender moglie … Sogno soave e casto me fa il destin mendico » extraits de Don Pasquale, « Ardir! Ha forse il cielo … Voglio dire » extraits de L’elisir d’amore ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : « Propizio a giunge … Vieni a me, ti benedico » extraits de Simone Boccanegra ; Charles Gounod (1818-1893) : « Mais ce dieu … Me Voici, d’où vient ta surprise » extraits de Faust ; Agustín Lara (1897-1970) : « Granada » ; Florian Hermann : « Otchi tchornye ». Rolando Villazón, ténor. Ildar Abdrazakov, basse. Orchestre Métropolitain de Montréal, direction : Yannick Nézet-Séguin. 1 CD Deutsche Grammophon. Durée : 61’22’’.

 

Villazon AbdraProgramme un peu hétérogène pour l’inhabituelle rencontre entre un ténor et une basse. et , soutenus par un chef qui visiblement a son mot à dire, défendent avec conviction un défi qui n’était pas gagné d’avance.

Si l’on ne compte pas les grands duos pour ténor et baryton, ou bien pour baryton et basse, il faut bien reconnaître que les duos pour ténor et basse ne sont pas légion dans le grand répertoire lyrique. On saluera donc l’originalité, voire l’audace, du projet mis en œuvre, tout en constatant qu’il a fallu faire preuve d’un peu d’imagination pour composer un programme susceptible de remplir le CD. De fait, Zurga et Escamillo seraient plutôt des rôles de baryton, même s’il est vrai que le toréro de Grenade a souvent tenté certaines de nos plus grandes basses. Peut-être également aurait-on pu se passer des adaptations pour deux voix des célébrissimes « Granada » et « Otchi tchornye ». Gageons cependant que ces deux tubes mondiaux auront leur place lorsqu’ils seront donnés en bis au cours de la tournée promotionnelle qui s’annonce. On ne s’étonnera pas, en revanche, de retrouver ensemble Faust et Méphistophélès, à la fois dans la mise en musique de Charles Gounod et celle d’Arrigo Boito. Dommage que l’agencement pour le moins aléatoire des plages du CD n’ait pas cherché à trouver davantage de logique dans l’enchaînement des morceaux. Autres pièces de choix, les délicieux duos des opéras comiques de Donizetti, Don Pasquale et L’elisir d’amore, dans lesquels nos deux compères laissent libre cours à leur veine comique. Un duo du Simone Boccanegra de Verdi, intercalé dans tout cela, permettra d’entendre pour quelques minutes les beaux et nobles échanges entre Fiesco et Adorno.

Si l’on peut regretter le manque de cohérence du programme, on louera en revanche la beauté vocale des deux interprètes et surtout la qualité de la direction d’orchestre. Abdrazakov est royal de bout en bout, sombre et menaçant dans le Mefistofele de Boito, digne et émouvant en Fiesco, touchant en Pasquale, roublard à souhait en Dulcamara. Il est moins à son affaire dans le Méphisto de Gounod, dont le curieux caractère à la fois comique et terrifiant échappe à la plupart des interprètes étrangers. Zurga permet à l’airain de cette noble voix de basse de se couvrir de velours en abordant la tessiture plus élevée de baryton. La belle prestation de Villazón laisse peu paraître des difficultés vocales souvent rencontrées par ce chanteur lors de ses apparitions en direct. C’est à peine si l’on perçoit un léger étranglement dans les longues phrases tenues dans l’aigu. On retiendra surtout l’ineffable beauté du timbre et la rare élégance des phrasés, qui font merveille dans Les Pêcheurs de perles tout comme dans les ouvrages bouffes de Donizetti. Les rôles plus lourds comme Don José ou le Faust de Boito suscitent quant à eux une certaine tension vocale qui en dit long sur les choix de répertoire que devrait, ou qu’aurait dû faire le grand ténor franco-mexicain.

La direction vive, énergique et toujours inspirée de est un des grands bonheurs de cet enregistrement. L’, tout à fait à la hauteur de la tâche, semble parfaitement à l’aise dans le répertoire lyrique et donne toutes leurs lettres de noblesse à des pages mille fois entendues que l’on redécouvre pour la beauté et la subtilité de leur orchestration.

tous les dossiers(1)

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.