tous les dossiers(1)

Album Haendel avec Philippe Jaroussky

À emporter, CD, Musique de chambre et récital, Opéra

Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : « Se potessero i sospir’ miei » extrait de Imeneo ; « Agitato da fiere tempeste » extrait de Riccardo Primo ; « Son stanco, ingiusti Numi … Deggio morire, o stelle » extrait de Siroe ; « Sì, la voglio et l’otterò » extrait de Serse ; « Ombra Cara de mia posa », « Vieni d’empietà mostro crudele … Vile, se mi dai vita » et « Qual nave smarrita » extraits de Radamisto ; « Privarmi ancora dell’amata beltà? … Rompo I lacci » et « Son pur felice al fine … Bel contento » extraits de Flavio ; « Sussurate, onde vezzose » extrait de Amadigi di Gaula ; « Che più si tarda omai … Stile amare » extrait de Tolomeo ; « Chi mi chiama alla gloria … Se parla nel mio cor » extrait de Giustino ; « Pensa a serbarmi, o cara » extrait de Ezio. Avec : Philippe Jaroussky, contreténor. Ensemble Artaserse, direction : Philippe Jaroussky. 1 CD Erato. Enregistré en février et mars 2017. Durée : 71’58

 

JajaPour son premier album exclusivement consacré à Haendel, le contreténor français se mesure à certains des grands rôles du castrat Senesino. S’il fait merveille dans les airs lents et élégiaques, les airs de pure virtuosité laisseront l’auditeur quelque peu sur sa faim en raison surtout de leur manque de théâtralité.

Cela ne fait pas très longtemps que aborde à la scène les grands rôles haendéliens. C’est tout récemment en effet que les secondi uomini Tolomeo (Giulio Cesare), Nerone (Agrippina) et Eustazio (Rinaldo) d’il y a quelques saisons ont laissé la place aux parties de premier plan. Si le Didymus de Theodora fut créé par le grand castrat Guadagni, pour qui Gluck écrivit son Orfeo, Sesto de Giulio Cesare était l’un des derniers rôles composés par Haendel pour la soprano Margherita Durastanti, Ruggiero d’Alcina ayant quant à lui été une des grandes créations du castrat soprano Giovanni Carestini.

C’est dire que tarde encore à interpréter à la scène les grands rôles conçus par Haendel pour sa grande star Francesco Bernardi, dit Senesino, dont le présent enregistrement s’inspire en très grande partie (airs de Riccardo Primo, Radamisto, Ezio, Tolomeo, Flavio). Sans doute est-ce la tessiture relativement basse dans laquelle chantait le grand castrat qui explique les réticences du contreténor français, plus à l’aise naturellement dans les parties plus élevées composées pour la Durastani (le rôle de Radamisto par exemple, transposé plus tard pour Senesino), pour des mezzo-sopranos féminines comme pour l’Arsamene de Serse, écrit pour Maria Antonia Marchesini, ou bien encore pour des castrats mezzo-soprano comme, pour l’air sur lequel s’ouvre l’album, Giovanni Battista Andreoni. On reconnaîtra dans le superbe « Se potessero i sospir’ miei » extrait d’Imeneo l’air de David « O Lord, whose mercies numberless » au premier acte de l’oratorio Saul.

Comme souvent, Jaroussky se montre à son meilleur dans les airs lents et introspectifs, qui permettent à sa voix douce et melliflue de se déployer dans d’infinies nuances. « Quel nave smarrita » de Radamisto, « Pensa a serbarmi, o cara » d’Ezio, « Sussurrate, onde vezzose » d’Amadigi fourniront à l’auditeur autant de moments de grâce, la théâtralité de « Stille amare » de Tolomeo ou de « Deggio morire, o stelle » de Siroe semblant encore faire quelque peu défaut à un artiste davantage concertiste que bête de scène. Les airs à vocalisation rapide, s’ils mettent en avant l’exceptionnelle virtuosité du chanteur, confirment le manque d’assise théâtrale pour des pièces qui, détachées de leur contexte dramatique, perdent quelque peu de leur intérêt. Sans doute un disque d’airs d’oratorio aurait-il davantage convenu au chanteur.

L’ (en tournée actuellement avec Philippe Jaroussky), auquel il manque également, de toute évidence, l’expérience de la scène, se plie lui aussi à l’esthétique chambriste qui semble caractériser l’approche privilégiée sur ce CD.

Banniere-clefsResMu728-90

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.