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Des Contes d’Hoffmann bien musicaux à Saint-Étienne

La Scène, Opéra, Opéras

Saint-Étienne. Opéra. 12-XI-2017. Jacques Offenbach (1819-1880) Les Contes d’Hoffmann, opéra fantastique en trois actes, un prologue et un épilogue sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Mise en scène : Nicola Berloffa. Décors : Fabio Cherstich. Costumes : Valeria Donata Bettella, repris par Andrea Grazia. Lumières : Marco Giusti. Avec : Florian Laconi, Hoffmann ; Fabienne Conrad, Olympia / Antonia / Giulietta / Stella ; Laurent Alvaro, Lindorf / Dapertutto / Coppélius / Docteur Miracle ; Lucie Roche, La Muse / Nicklausse ; Carl Ghazarossian, Andrès / Cochenille / Frantz / Pitichinaccio ; Aline Martin, la mère ; Luc Bertin-Hugault, Crespel / Maître Luther ; Raphaël Brémard, Spalanzani / Nathanaël ; Gilen Goicoechea, Hermann / Peter Schlémil. Chœur Lyrique Saint-Étienne Loire. Chef des chœurs Laurent Touche. Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire. Direction David Reiland.

354575DSC3629Comme à son habitude, l’Opéra de Saint-Étienne montre son amour et son respect absolu de la musique française, en proposant une version des Contes d’Hoffmann dans une version indiquée dans le programme de salle comme étant de Michaël Kaye / , et dans une distribution entièrement française, d’une grande qualité.

Le prologue et les deux premiers actes diffèrent peu de ce qu’on l’on connaît bien maintenant depuis les travaux de Fritz Oeser. Reste l’épineux problème de l’acte de Venise, jamais le même selon les musicologues, mais toujours imparfait. Dans cette version, les dernières trouvailles sont mélangées avec la tradition de l’édition Choudens. C’est ainsi que nous entendons l’air de Giulietta « L’amour lui dit la belle « , rétabli par Michaël Kaye, mais également le grand sextuor avec chœur, qui est apocryphe, et l’air de Dapertutto  » scintille diamant  » qui date du début du XXe siècle. Il est vrai dans ces deux cas qu’il serait dommage de se priver d’aussi belles pages de musique, d’autant plus que le public les attend. Ce qui est surprenant, en revanche, et qui tombe plutôt à plat, est la toute fin de l’acte, où Hoffmann dit simplement en voix parlée :  « j’ai perdu mon reflet » et… rideau ! C’est peu !

Qu’il est agréable d’entendre les mots de Barbier et Carré dans une langue vernaculaire. On n’en perd pas une miette ! En très grande forme, aigus en poupe, dessine un Hoffmann vaillant, brillant. Tout au plus aurait-on aimé un peu plus d’introspection, de tourment, dans la construction de son personnage, mais qui, à part lui (et Roberto Alagna, bien sûr) dans l’Hexagone, peut venir à bout d’un rôle si long et difficile avec une telle santé ?

était annoncée souffrante avant le lever de rideau. Cela ne s’entend pas, si ce n’est une Olympia un peu précautionneuse, avec quelques suraigus à peine esquissés. Mais elle se sort également avec les honneurs de sa quadruple héroïne à la vocalité multiple.

est un formidable méchant, qui attire immédiatement l’attention par la noirceur de son timbre, la qualité de sa diction, sa caractérisation subtile des différents visages du diable. Il a, hélas, une petite baisse de régime au troisième acte, et les dernières notes en falsetto de « scintille diamant » ne sont pas ce qu’il a fait de plus heureux.

est une charmante Muse / Nicklausse, malgré quelques aigus légèrement tirés. Elle ne fait pas montre de l’insolence et de l’humour inhérents à l’étudiant complice du héros, mais c’est probablement un choix de mise en scène, car le bien-chantant dans les quatre valets ne fait jamais rire non plus, y compris dans les couplets de Frantz, qui sont en principe conçus pour cela, et la présence de Pitichinaccio est réduite à la portion congrue.

Les seconds rôles, , , , , sont tous extrêmement bien choisis, ce dernier toutefois devant s’employer à déraidir sa longue silhouette dans le jeu scénique.

La mise en scène de quant à elle provient d’Italie, coproduction avec le Teatro municipale di Piacenza, le Teatro comunale Luciano Pavarotti di Modena et le Teatro Valli di Reggio Emila, reprise également à Toulon en 2015. Elle se situe dans un décor unique, sorte de grand salon bourgeois, qui, en fonction des éléments de décors, se transforme aisément pour les différents lieux de l’action. En fond de scène, un rideau s’ouvre ou se ferme sur un plateau d’opéra, ce qui rappelle peu ou prou la célèbre mise en scène de Robert Carsen pour l’Opéra de Paris. Coté jardin, une gigantesque cheminée sert de porte d’entrée ou de sortie aux protagonistes. Il en sort une fumée maléfique durant les épisodes fantastiques, et tout le monde a l’air plus ou moins pressé de s’y jucher sous le moindre prétexte. C’est agréable à suivre, sans être inoubliable.

Le chœur, qu’on a connu plus homogène, et l’, sous la baguette compétente de , ne déméritent pas.

Crédit photographique : © Cyrille Cauvet

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