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Théâtre de tréteaux pour le Così fan tutte à l’Opéra Royal

La Scène, Opéra, Opéras

Versailles. Opéra Royal. 11-XI-2017. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Così fan tutte ossia La scuola degli amanti, opéra buffa en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Ivan Alexandre. Scénographie et costumes : Antoine Fontaine. Lumières : Tobias Hagström Ståhl. Avec : Ana Maria Labin, Fiordiligi ; Serena Malfi, Dorabella ; Robert Gleadow, Guglielmo ; Anicio Zorzi Giustiniani, Ferrando ; Maria Savastano, Despina ; Jean-Sébastien Bou, Don Alfonso. Les Musiciens du Louvre, direction : Marc Minkowski.

Cosi3Pour ce troisième et dernier volet du triptyque Mozart-Da Ponte/Minkowski-Alexandre, le Così fan tutte présenté à l’Opéra Royal de Versailles se révèle bien proche de la perfection : la redécouverte de ce classique de l’opéra fait rire aux éclats comme au premier jour autant qu’elle enchante par son efficace simplicité qui ne corrompt à aucun instant toutes les nuances et les ambiguïtés de l’œuvre.

Afin de faire accepter les liens imaginés par le metteur en scène entre les protagonistes des Noces de Figaro, Don Giovanni et Così fan tutte, quoi de mieux qu’un projet cohérent de bout en bout ? Revoilà donc au milieu des dorures de l’Opéra Royal le fameux théâtre de tréteaux déjà présent dans les deux premiers volets, typique des représentations populaires à succès des foires du XVIIe siècle. Et ce que l’on peut dire, c’est que la trame espiègle de est en parfaite cohérence avec cet univers où saltimbanques et charlatans débitaient leurs boniments et déclamaient des fantaisies pleines de verve et d’érudition. Ces rideaux structurants l’espace, faisant apparaître ou disparaître l’un ou l’autre des personnages, se révèlent bien symptomatiques du jeu continuel perpétré par les protagonistes de cette farce : jeu des sens et du plaisir, jeu d’amour libertin, jeu de cartes et de hasard… Les voiles de bateau suggérées par Guglielmo et Ferrando, qui disposent avec une douce malice et une fraîche innocence ces draperies peintes comme des accessoires d’un jeu pour enfants, en sont un parfait exemple.

L’éclairage « à la bougie » et les costumes bien à propos d’Antoine Fontaine soulignent encore cet esprit de troupe que le traitement musical sans hiérarchie affirmée de Mozart pour ses six héros intensifie de plus belle. C’est donc mal rendre compte de l’osmose de cette distribution vocale parfaitement homogène dans son engagement vocal tout autant que scénique, que de recenser les qualités de chacun une par une, alors que la force de tous se révèle dans les échanges, dans les regards, dans les ensembles particulièrement importants tant sur le fond qu’en nombre puisque l’opéra de Mozart en compte 19 contre seulement 12 airs solistes. Et pourtant, le Come scoglio d’, bien connu pour les sauts abrupts de sa ligne vocale, son ton déclamatoire et sa virtuosité ébouriffante, est l’occasion pour la soprano de montrer de formidables qualités interprétatives dans cette parodie de l’aria di furore des opéras seria du XVIIIe siècle. Frivole et insouciante, la Dorabella de contraste admirablement avec sa romanesque sœur Fiordiligi, alors que la fraîcheur de la piquante (Despina) est à l’origine de nombreux éclats de rire d’une salle rapidement conquise, fraîcheur qui répond à l’autorité naturelle d’un  (Don Alfonso) dont la voix ample installe dès les premières notes une présence incontestable toute en finesse. Proche dans ses apparats du Jiminy Cricket de Walt Disney (ombrelle incluse), il s’éloigne largement, par son amère sournoiserie, de la bonne conscience que le grillon représente auprès de Pinocchio. Mais quelle allure que le Guglielmo de qui délivre avec constance et une intensité parfaitement calibrée une prestation sans défaut tout au long de la soirée, alors que son compère (Ferrando) est capable de demi-teintes élégiaques dans un remarquable Un’aura amorosa, comme d’une élégante agilité.

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Dans la fosse, la précision orchestrale des répond à la souplesse de la direction de qui véhicule un sens du récit sans pareil où couleurs et dynamiques trouvent en tout point un équilibre parfait. Grâce notamment à des apartés judicieux et bien amenés qui agrémentent plusieurs fois la représentation de délicieux moments d’hilarité partagés par tous, le piano-forte de Luca Oberti fait office de septième personnage tant par son habileté de jeu que par sa promptitude à ponctuer les effets.

La simplicité fait souvent défaut dans les nouvelles productions d’opéras. Ici, elle rayonne, elle exulte, elle virevolte, pour retrouver comme si c’était la première fois le Così fan tutte de Mozart et Da Ponte.

Crédits photographiques : © Mats Bäcker

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