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AU TCE, Juan Diego Flórez vers de nouveaux horizons

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital, Opéra

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 12-XI-2017. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Ouverture des Nozze di Figaro, Ich baue ganz auf deine Stärke (Die Entführung aus dem Serail), Ouverture de Don Giovanni, Il moi tesoro (Don Giovanni), Si spande al sole in faccia (Il re pastore), Ouverture de Così fan tutte, Dies Bildnis ist bezaubernd schön (Die Zuberflöte), Fuor del mar (Idomeneo) ; Gioacchino Rossini (1792-1868) : Che ascolto ? Ahimè… Ah, come mai non senti ? (Otello) ; Jules Massenet (1842-1912) : Méditation (Thaïs) ; Jacques Offenbach (1819-1880) : O Dieu, de quelle ivresse, Va pour Kleinzach (Les Contes d’Hoffmann) ; Pietro Mascagni (1863-1945) : Intermezzo de Cavalleria rusticana ; Giacomo Puccini (1858-1924) : Che gelida manina (La Bohème) ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : prélude de l’acte III de La Traviata, Questa o quella (Rigoletto), La mia letizia infondere (I Lombardi). Juan Diego Flórez, ténor. Orchestre de Chambre de Lausanne, direction : Joschua Weilerstein.

Florez1Après plus de 20 ans de carrière , rayonne tout autant qu’il se renouvelle. Lors de ce récital au Théâtre des Champs-Élysées, le ténor belcantiste démontre avec un naturel certain qu’il est prêt à s’aventurer vers d’autres horizons que le répertoire italien qui a fait sa notoriété.

C’est avec un costume dépareillé dont est affublé lors du premier air Ich baue ganz auf deine Stärke (Die Entführung aus dem Serail) que l’artiste faire naître dès sa première apparition une complicité sincère et chaleureuse entre lui et la salle. Avant cette entrée, l’ a affirmé dès les premières mesures de l’ouverture des Nozze di Figaro une vitalité convaincante, mais surtout une clarté exaltante des effets, des intentions et des équilibres des pupitres. Sous la direction de , les différentes séquences instrumentales qui composent cette programmation (ouverture de Don Giovanni, de Così fan tutte, la Méditation de Thaïs de Massenet, l’intermezzo de Cavalleria rusticana et le prélude de l’acte III de La Traviata), confirment une direction énergique tout autant que précise. La phalange se révèle exemplaire tout au long de la soirée, le chef démontrant une écoute édifiante pour le ténor, comme un engagement plein et entier avec ses musiciens. De son côté, Juan Diego Flórez assure également dans son chant comme dans ses apartés, une réelle connivence joyeuse et authentique avec le chef. La vitalité de l’ouverture de Così répond au raffinement du prélude de La Traviata avec une évidence indéniable.

La première partie consacrée à cinq airs de Mozart fait évidemment écho à son dernier album sorti en octobre dernier chez Sony Classical. Sans emphase, avec un charme fou et une élégance qui lui est propre, le moins que l’on puisse dire est que le rossinien qui règne aujourd’hui sur la scène lyrique internationale sans rivalité, devient un divin mozartien. On retrouve cette technique foudroyante (toutes les notes sont là sans exception !), cette puissance vocale, ce legato majestueux, ce chant solaire qui font la force de l’interprète. Mais c’est dans un allemand parfaitement respectable que le ténor démontre une intelligence du chant incroyable et singulière : l’ardeur de son Tamino (Dies Bildnis ist bezzaubernd schön) génère une vérité pure et authentique qui bénéficie d’une belle intensité de la ligne et d’une clarté de chant sans pareille ; la virilité de son Ottavio (Il moi tesoro) illustre un chant d’une noble simplicité ; la sincérité de son Belmonte qui bénéficie de vocalises d’une belle précision (Ich baue ganz auf deine Stärke) répond à un héroïque Idomeno. Chanté en intégralité, Fuor de mar s’imprègne d’une profondeur sensiblement dramatique solidement ancrée par une précision technique des vocalises où le ténor n’hésite pas à les agrémenter d’ornementations bien choisies pour une sublime prestation de haute voltige. Mozart est d’un tout autre relief et révèle par la voix d’or du ténor un tout autre visage.

Rossini fait évidemment partie de la programmation de la seconde partie du récital, la souplesse de la voix dans son incarnation de Rodrigo (Che ascolto ? Ahimè… Ah, come mai non senti ?) lui assurant une autorité encore bien présente pour ce répertoire. Mais le chanteur s’aventure dans d’autres contrées avec notamment un clin d’œil à sa prise de rôle prochaine à Monte-Carlo dans Les Contes d’Hoffmann. C’est avec une aisance confondante qu’il aborde les deux airs d’Offenbach (O Dieu, de quelle ivresse et Va pour Kleinzach), fort d’un phrasé mordant et d’une excellente clarté d’émission. Après un impertinent contre-ut dans Che gelida manina de Puccini, c’est avec Verdi que Juan Diego Flórez choisit de terminer cette soirée.

Mais c’était sans compter l’enthousiasme du public qui lui offre une standing ovation ponctuée de chaleureux « mercis ». Le chanteur entame ainsi l’air de Ronio de La fille du Régiment qui a fait sa popularité dès 2007 en chantant à La Scala cet air en bis, tour de force qu’il reproduira au Met un an après. Le ténor péruvien prend le partie de revenir à ses origines en s’accompagnant à la guitare pour interpréter deux chansons d’Amérique du Sud dont Cucurrucucù paloma où les aigus filés en voix de tête suspendent le temps et les sens (malgré la sonnerie honteuse d’un téléphone portable !). C’est avec l’orchestre et Granada que la soirée s’achève dans une ambiance délicieusement euphorique.

Crédits photographiques : Juan Diego Flórez © Kristin Hoebermann

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