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Avec Rustioni, Attila terrasse le public du TCE

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. 15-XI-2017. Théâtre des Champs-Élysées. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Attila, opéra en un prologue et 3 actes sur un livret de Temistocle Solera. Avec : Erwin Schrott, Attila ; Tatiana Serjan, Odabella ; Alexey Markov, Ezio ; Massimo Giordano, Foresto ; Grégoire Mour, Uldiro ; Paolo Stupenengo, Leone. Chœur et orchestre de l’opéra de Lyon, direction : Daniele Rustioni.

Après Lyon, Attila déferle au Théâtre des Champs-Élysées. Les représentations de cet opéra se comptent sur les doigts d’une main sur les scènes françaises, et à Paris, c’est à peine si l’on se souvient de la production de l’Opéra Bastille en 2001. À la tête d’un Orchestre de l’Opéra de Lyon superlatif, , aidé par une distribution passionnante, nous fait regretter ce soir cette injustice.

Lors de sa création au Théâtre de la Fenice à Venise en 1846, Attila souleva l’enthousiasme du public, principalement grâce à son livret exaltant les valeurs patriotiques auxquelles les Vénitiens, soumis à l’occupation autrichienne, ne pouvaient être insensibles. Si aujourd’hui l’académisme de l’écriture musicale et la faiblesse du livret ont eu raison de cet enthousiasme, force est de constater que la partition regorge de pages orchestrales sublimes (le prélude) et de cabalettes héroïques et airs élégiaques qui constituent pour la plupart des morceaux de bravoure redoutables pour les chanteurs. Attila apparaît comme une œuvre charnière et un condensé de tout ce que Verdi a déjà pu faire (Nabucco) et de tout ce qui s’annonce (la scène du songe d’Attila n’est pas sans rappeler Macbeth).

Après un superbe Rigoletto de l’Opéra Bastille au mois de mai, et même si le chef ne souhaite pas être cataloguer comme « un simple chef de répertoire italien », prouve une fois de plus qu’il est un grand chef verdien et défend cette partition avec son énergie et son panache habituels. Sa direction souple, élégante et ample, galvanise de nouveau le chœur et l’Orchestre de Lyon précis et chauffé à blanc. Rustioni est un chef très directif qui nuance et contraste à l’extrême, pour maintenir une tension et une fougue qui électrise autant le public que les interprètes qui sont loin d’être ménagés dans la gageure que représentent les acrobaties vocales prévues par Verdi.

Après un démarrage un peu fruste et quelques problèmes de justesse, subjugue par la splendeur virile de son timbre et la puissance de son émission. Très attentive à ses partenaires, son incarnation du rôle-titre est en outre plus subtile que la caricature que l’on pouvait attendre, laissant entrevoir les faiblesses du chef. Son assurance lui permet de briller dans son grand air « Mentre gonfiarsi l’anima » et chacune de ses interventions témoigne d’une belle technique mettant en valeur des graves denses et des aigus clairs qui procurent à l’assistance un grand plaisir, non dissimulé !

Face à lui, impressionne également dans le rôle écrasant d’Odabella. Si, dès le début du prologue, les vocalises meurtrières du « Da te questo or m’e concesso » montrent une instabilité de la voix dans les passages de registres, on reste effaré par la projection insolente de la soprano et par ses aigus dardés qui ne sont pas sans rappeler Ghena Dimitrova. Avec la sublime romance du premier acte, « Oh ! nel fuggente nuvolo », la voix gagne en homogénéité et les pianissimi suspendus distillent une grande émotion qui se répand dans une salle particulièrement silencieuse. Si ce chant n’est pas d’une suprême élégance, il électrise et offre un frisson permanent, et l’on ne peut qu’être admiratif devant cette prestation singulière et d’une grande sensibilité.

Le Foresto du ténor évolue tout au long de la soirée. La première partie le montre en difficulté avec un medium souvent étranglé et de nombreux forçages dans l’aigu. Son chant scolaire et prudent détone face à la puissance expressive et au « lâché prise » de Serjan et Schrott. Toutefois, son excellente diction surpasse celle de ses partenaires et l’on admire la maîtrise de son souffle dans un chant au style toujours impeccable qui lui permet d’aborder la deuxième partie avec plus d’assurance et de conviction.

L’Ezio du baryton russe est une belle surprise. La technique est sûre et son timbre velouté et rond a le mérite de parfaitement se marier avec celui de Schrott tout en installant un contraste de chant, plus distancié et racé, avec une plus grande stabilité vocale par rapport à celle de ses partenaires. Enfin, (Uldino), membre du studio de l’Opéra de Lyon, et (membre du chœur) complètent avantageusement une distribution qui sait souvent dépasser ses faiblesses au service d’un Verdi qui en aura terrassé plus d’un ce soir.

Crédit photographique : © Jason Bell

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