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Pelléas et Mélisande, la musique de scène de Gabriel Fauré

Aller + loin, Dossiers, Musique symphonique

Le drame intemporel de Maurice Maeterlinck, Pelléas et Mélisande, fut la source de nombreuses grandes œuvres dans l’Histoire de la musique. De l’opéra de Claude Debussy à la musique de scène de Jean Sibelius, du poème symphonique d’Arnold Schoenberg à la musique de scène de Gabriel Fauré, de la suite d’orchestre de William Wallace à la pièce pour piano de Mel Bonis, ResMusica explore cette pièce de théâtre sous toutes les coutures. Pour accéder au dossier complet : Pelléas et Mélisande

 

Fauré1Né en 1845, dix-sept ans avant Claude Debussy et ,   composa une suite d’orchestre tirée de la musique de scène inspirée de la pièce de l’écrivain belge. Sa première exécution publique s’est déroulée à Paris le 3 février 1901.

« Pelléas et Mélisande est le chef-d’œuvre symphonique de Fauré. » 

Jean-Michel Nectoux (« Fauré », Seuil, 1995)

Deux ans après la création parisienne de mai 1893, la pièce de Maeterlinck fut donnée à Londres. La célèbre actrice Beatrice Stella Campbell fut à tel point enthousiasmée par le personnage féminin de la pièce qu’elle envisagea d’inclure l’œuvre à son répertoire dans une traduction anglaise. Elle proposa alors à Claude Debussy de composer à son intention une musique de scène. Le maître français n’ayant pas accédé à sa requête – il travaillait alors sur son opéra éponyme – elle se tourna vers qui donna son accord et élabora sa musique durant le mois de mai 1898. Toutefois, l’auteur du Requiem qui manquait de temps en raison de nombreuses obligations artistiques et administratives, se vit contraint de demander à son élève, , de réaliser l’orchestration tout en contrôlant régulièrement l’avancement du travail. Le résultat de cette collaboration fut présenté en création anglaise au Théâtre du Prince of Wales le 21 juin 1898 et a remporté un franc succès.

Gabriel Fauré en réalisa dans un deuxième temps une suite symphonique. Le compositeur augmenta l’effectif orchestral en doublant les pupitres des bois, et en faisant intervenir quatre cors, deux trompettes, des timbales, deux harpes et un grand quintette à cordes. Il  donna à sa suite quatre mouvements.

Les quatre mouvements de la Suite symphonique op. 80

Le Prélude, pièce lyrique et morose, notée Quasi adagio, commence par un thème profondément sentimental et caressant, un rien mystérieux, exprimé par les cordes. Cette section est associée à Mélisande. La musique en forme d’arche gagne raisonnablement en tension avant de retrouver son état pacifique. Un autre thème où la flûte et le basson délivrent un climat tragique, fait place au hautbois et à la clarinette qui s’imposent en même temps que l’orchestre avance vers une intense culmination notée fortissimo e allargando. Cet épisode fortement dramatique aboutit à la Coda qui fait sonner le cor, évocation de Golaud, mari de Mélisande.

Brève section notée Adagio quasi allegretto, La Fileuse déploie un premier thème de toute beauté décliné au hautbois, puis un second thème, plus ambitieux, porteur d’un sentiment tragique accompagné par l’imitation du ronronnement du rouet. Plus tôt, un passage confié aux violons s’exprimait vivement, évoquant immanquablement la fameuse Fileuse de Mendelssohn.

La Sicilienne, aux accents très prégnants, provient d’une musique de scène inachevée que Fauré commença pour Le Bourgeois gentilhomme, sur laquelle il travailla quelques années auparavant en 1893. Ayant bénéficié d’un beau succès à Londres, Fauré décida de réutiliser cette page dans sa suite orchestrale. Cette Sicilienne (Allegro molto moderato) est l’une des partitions les plus connues du catalogue du compositeur grâce à sa radieuse mélodie introspective. Une page délicate à la flûte, soutenue par les harpes, évoque « une fille aux cheveux de lin descendant jusqu’au pied  de la tour. » On l’a jouée en dehors de ce contexte dramatique avec diverses instrumentations. Cet air ensoleillé, à l’instrumentation parfaite, montre combien Fauré excellait dans l’élaboration des splendides sonorités de la flûte, de la harpe et des cordes, un apaisement semblable à une interruption de temps. Dans la Suite,  Fauré placera la Sicilienne entre la Fileuse et la Mort de Mélisande.

La Suite se termine par un mouvement Molto adagio, sorte de marche funèbre inspirée, reliée à la prochaine disparition de Mélisande. Elle avance vers un sommet d’intensité dramatique conduisant progressivement au silence. On y entend un motif qui réapparaîtra dans la Chanson de Mélisande. Fauré l’utilisera également dans Crépuscule, une chanson de son cycle la Chanson d’Ève et dans le second thème de la Fileuse. Lui fait suite une marche lugubre et tragique d’intensité croissante en mineur menant à une Coda assurée par les cordes et la flûte.

La première exécution de la suite en 1901 se déroula sans la Sicilienne. On l’entendit aux Concerts Lamoureux sous la baguette de . La version complète fut proposée en 1912 seulement sous la direction d’André Messager. Rappelons que la musique de scène initiale comprenait  une Chanson de Mélisande qui sera publié indépendamment. L’œuvre dure environ 16 minutes et trois minutes de plus avec la Chanson de Mélisande. Certains enregistrements de la Suite insèrent la Chanson de Mélisande entre la Sicilienne et la Mort de Mélisande. Cette Chanson de Mélisande repose sur les paroles The King Daughters (Les Trois sœurs aveugles) que Debussy ne retint pas et que Sibelius mettra aussi en musique dans son opus 46.

La musique composée par Fauré pour Pelléas et Mélisande domine nettement sa production orchestrale, cependant elle ne bénéficie pas d’une immense réputation, peut-être en raison d’une orchestration moins éclatante si  l’on pense à Berlioz, Dukas ou Ravel par exemple. La partition, splendide et délicate traduction du climat de la pièce, n’a que peu à voir avec la musique conçue par Debussy pour son opéra, cependant elle mérite de figurer comme illustration très pertinente de la pièce de Maeterlinck.

Illustration : peinture de Carlos Schwabe pour Maeterlinck (1892)

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