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A Metz, Don Pasquale chez Arlequin, Pierrot et Colombine

La Scène, Opéra, Opéras

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 17-XI-2017. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Don Pasquale, opera buffa en trois actes sur un livret de Giovanni Ruffini et du compositeur. Mise en scène, décors, costumes et lumières : Pierre-Emmanuel Rousseau. Avec : Michele Govi, Don Pasquale ; Rocío Pérez, Norina ; Patrick Kabongo, Ernesto ; Alex Martini, Docteur Malatesta ; Julien Belle, Arlequin / Le Notaire. Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Nathalie Marmeuse). Orchestre national de Lorraine, direction : Cyril Englebert.

JZ7A5860Esthétique résolument XVIIIe siècle pour un ouvrage vu au travers de ses liens avec la commedia dell’arte. Plateau homogène pour une œuvre qu’on a toujours plaisir à revoir, et qui se prête ici à une étonnante relecture.

Le parti pris peut surprendre. Convaincu que Don Pasquale est une œuvre dure, amorale et grinçante, le metteur en scène fait du couple Norina-Malatesta les deux grands manipulateurs de l’intrigue. Tels Merteuil et Valmont ou Bonnie et Clyde, les deux complices orchestrent, afin de rouler tout le monde, les multiples rebondissements d’une action volontairement située dans l’univers cruel et libertin de la commedia dell’arte. Malatesta est donc une espèce d’éminence grise, une sorte de Tartufe qui tire les ficelles de l’intrigue pour servir ses intérêts propres. Norina-Colombine, qui se donne à tous les hommes, feint d’aimer Ernesto-Pierrot. Elle finira par tromper Malatesta en s’enfuyant avec son comparse Arlequin, personnage omniprésent qui traverse le plateau sous ses diverses fonctions : serviteur, notaire, spectateur, conseiller, voyeur, teneur de chandelle, amant… Première victime de cet odieux complot, rejeté de tous y compris de celle qui dans le livret est censée l’aimer, Ernesto-Pierrot se contente de rêver à un monde meilleur et de se complaire dans sa solitude et son inefficacité. Pasquale, l’autre victime de ce couple infernal, finirait presque, par émouvoir sous ses costumes d’un autre âge, sa perruque poudrée et le poids des illusions perdues. L’extrême stylisation des décors, des costumes et de la gestuelle, inattendue dans un ouvrage relevant de cette période du romantisme, rappelle à point nommé les origines de l’opera buffa italien, et inscrit l’ouvrage de Donizetti dans la continuité de l’esthétique XVIIIe siècle qui a vu le développement du genre. Le graphisme de décor, fait d’une étrange imbrication de damiers, souligne l’impression d’étouffement et d’enfermement visiblement souhaitée par la mise en scène.

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Le plateau est dans l’ensemble homogène et ne souffre pas de point faible, même si aucune voix exceptionnelle ne se détache véritablement. Plus baryton que basse, est un barbon humain et encore vert, touchant dans sa déconfiture et son isolement. Le Malatesta d’ est sans doute mieux chantant, et son jeu reste particulièrement convaincant. On aura aimé le timbre du ténor congolais , même si son chant pourrait gagner en variété et en colorations. Dotée elle aussi d’un timbre agréable, est une piquante et légère Norina à l’agréable physique et au jeu très investi. Bonne mention pour les chœurs et orchestre de la maison, même si ce genre d’ouvrage ne les met pas particulièrement en valeur. La direction de se sera en tout cas montrée efficace pour un ouvrage du grand répertoire qu’on aura eu plaisir à découvrir sous de nouvelles facettes.

Crédit photographique : , , , et (photo n°1) ; Patrick Kabongo et (photo n°2) © Arnaud Hussenot – Opéra-Théâtre de Metz Métropole

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