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Jean-Yves Thibaudet avec le National d’Emmanuel Krivine

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Auditorium de Radio-France. 16-XI-2017. Franz Liszt (1811-1886) : Nuage gris ; Unstern ! Sinistre, Disastro dans une orchestration de Heinz Holliger (né en 1939) ; Concerto pour piano et orchestre n° 2 en la majeur. Richard Strauss (1864-1949) : Ainsi parlait Zarathoustra op. 30. Jean-Yves Thibaudet, piano. Orchestre National de France, direction : Emmanuel Krivine

640_meaemmanuel-krivine-philippe-hurlinL’embellie se poursuit entre le National et son nouveau directeur musical, . Pour preuve, le nombre de regards bienveillants, de sourires entendus et d’encouragements véhéments, en permanence distillés par le chef à l’intention de ses musiciens. Une complicité qui devient véritablement palpable dans la très belle interprétation que donne du Concerto pour piano n° 2 de Liszt.

Riche idée que de débuter le programme par ces deux pièces peu connues, et assez déconcertantes, de . Deux œuvres de la dernière période du pianiste hongrois, composées en 1881, chargées d’un statisme lugubre et d’une modernité prémonitoire. Elles furent totalement réécrites en 1986 par qui a su, par son orchestration, en densifier la matière et en exacerber le message où se mêlent inquiétude et étrangeté. Nuages gris débutent dans le grave des vents, sollicitent des associations timbriques originales (harpe et violon solo) sur une rythmique lancinante, soutenant une orchestration transparente et méditative. Unstern ! à l’inverse s’ouvre sur un appel des cuivres et des cloches, puis s’amplifie jusqu’au climax dans un crescendo trompeur sombrant bientôt dans une ambiance funèbre et recueillie scandée par le glas…

Le Concerto pour piano et orchestre n° 2 de Liszt est, ensuite, une belle occasion d’écouter le pianiste , hélas, bien trop rare sur les scènes françaises (malgré une Carte blanche à Radio-France en mai dernier). Un concerto où la ligne mélodique le dispute à la virtuosité, que le pianiste interprète avec son brio habituel, en totale symbiose, avec et l’orchestre, avec notamment un sublime dialogue entre le pianiste et le violoncelle de Jean-Luc Bourré. Une œuvre riche en couleurs évoquant par instants Chopin, avant de s’achever sur une cavalcade virtuose. Une magnifique interprétation, bien équilibrée, soutenue par un National conquérant et motivé, parfaitement en place. En bis la troisième Consolations pour parachever un triomphe mérité.

Après la pause, Ainsi parlait Zarathoustra de . Un poème symphonique ambitieux dont l’interprétation risque de tomber rapidement dans une grandiloquence mal venue. Piège facile qu’Emmanuel Krivine, contre toute attente, sut éviter de belle manière. On lui saura gré de ne pas s’attacher aux sous-titres assez nébuleux des différentes sections de l’œuvre pour, à contrario, y développer tous les fastes de l’orchestration straussienne dans un climat, paradoxalement, plutôt chambriste évoquant par moments les tardives Métamorphoses ! Une lecture convaincante faisant preuve d’une belle retenue, laissant respirer l’orchestre, développant, avec à propos, les différentes ambiances. Une direction engagée, à la battue précise et péremptoire, permettant l’expression claire des contrechants et s’appuyant sur une dynamique alternant avec pertinence tension et détente. Bref, une très belle interprétation où on soulignera, une fois encore, la qualité orchestrale, tous pupitres confondus (avec une mention particulière pour le violon solo de Luc Héry), et la rigueur de la mise en place, témoignant d’un important travail d’amont.

Crédit photographique : Emmanuel Krivine © Philippe Hurlin

 

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