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Soirée Forsythe, Kylián, Scholz à l’Opéra national du Rhin

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Strasbourg. Opéra National du Rhin. 19-XI-2017. Forsythe-Kylián-Scholz. Grands chorégraphes européens. Jeunehomme. Entrée au répertoire en 2000. Chorégraphie, décors et costumes : Uwe Scholz. Musique : Wolfang Amadeus Mozart (Concerto n° 9 en mi bémol majeur). 27’52’’. Entrée au répertoire. Chorégraphie et décors : Jiří Kylián. Musique : Dirk Haubrich. Costumes : Joke Visser. Lumières : Kees Tjebbes. Quintett. Entrée au répertoire. Chorégraphie : William Forsythe. Musique : Gavin Bryars. Décors et lumières : William Forsythe. Costumes : Stephen Galloway. Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra national du Rhin.

Kylian-27-52-Marin Delavaud et Anna-Maria Maas (c) Agathe PoupeneyNouveau directeur artistique du (lire notre entretien), Bruno Bouché signe ici son premier programme. Il y confronte trois chorégraphes, Uwe Scholz, et que rapprochent la filiation avec et le renouvellement du langage académique. Un triptyque percutant, servi par une troupe aux qualités remarquables.

C’est autour de la figure de que se construit ce programme en trois temps. Uwe Scholz, Jiří Kylian et sont tous trois passés par le Ballet de Stuttgart où ils ont suivi l’enseignement de John Cranko, trop tôt disparu en 1973.
Contrairement à ses deux confrères, l’Allemand Uwe Scholz est rarement programmé en France. Deux de ses pièces sont néanmoins inscrites au répertoire du , La Création et Jeunehomme. C’est la seconde que Bruno Bouché a choisi de présenter ici.
Jeunehomme est une pièce virtuose, dont le point de départ est le concerto pour piano n° 9 de Mozart, auquel le chorégraphe a emprunté le titre. La musicalité de cette pièce est criante. Sur un fond de scène où est projetée une partition musicale, la chorégraphie est la mise en mouvement exacte et précise de chaque note du concerto. La cohérence est telle que le chorégraphe parvient à donner l’impression qu’aucune autre combinaison de pas ne pourrait être dansée à chaque phrase musicale. Le brio du premier mouvement d’ensemble évoque le ballet de cour. Très harmonieux, le corps de ballet présente une synchronisation parfaite et une capacité à exprimer aussi bien les jaillissements de la musique que ses langueurs.

La pièce maîtresse du ballet est sans conteste le duo central qui évoque la passion de Mozart pour Madame Jeunehomme, qui aurait inspiré au compositeur l’écriture du concerto. A la fois subtil, délicat et d’une difficulté technique redoutable, ce pas de deux est un moment d’extase où la fusion entre danse et musique est complète. Il faut saluer la prestation de Dongting Xing, danseuse musicale dont le corps, façonné par les notes du concerto de Mozart, en devient l’expression visuelle. Avec son partenaire, Alain Trividic, un peu en retrait, elle dompte la technique néoclassique sans concession de Scholz, virevolte avec aisance et s’abandonne avec grâce dans les bras de son partenaire.
Cette pièce, qui mériterait d’être qualifiée de musique visuelle, est un petit bijou qui met en valeur les qualités d’expression, de musicalité et la virtuosité technique des danseurs.

Scholz-Jeunehomme (c) Agathe Poupeney

S’ensuit une pièce déconcertante de Jirí Kylián, qui fait son entrée au répertoire de la compagnie. Intitulée 27’52’’, soit la durée exacte de la pièce, ce ballet se caractérise par une écriture beaucoup plus contemporaine, sur une musique de Dirk Haubrich. Des phrases, prononcées en français et en allemand, émergent soudain les vers du poème l’Albatros de Baudelaire. La pièce, qui fait intervenir trois couples, joue sur le relâché et les ondulations du corps. Elle se clôt par un duo, où les torses nus de la danseuse et du danseur s’entremêlent. Le couple enlacé finit par disparaître enroulé dans le tapis qui recouvre le sol. Du plafond tombent des lamelles de tapis, noir et blanc, dans le silence revenu.
Cette pièce reste énigmatique mais le langage chorégraphique est bien assimilé par les danseurs.

Seconde entrée au répertoire de la soirée, Quintett de William Forsythe est une pièce que le chorégraphe a composée au moment où se jouait le drame personnel de la mort de sa femme. Au son aigrelet du refrain répétitif de la musique de , « Jesus’ Blood Never Failed me Yet », les cinq danseurs se jettent dans une phrase chorégraphique qui semble ne devoir s’achever qu’avec l’extinction de la bande sonore, fil ténu qui retient la vie. Les couples virevoltent dans un mouvement permanent, constitué de lâcher-prise, de chutes et d’abandon. Pas un à-coup, pas un heurt dans cette chorégraphie enlevée, où les mouvements s’enchainent à un rythme effréné, portés par la rengaine à la fois fatigante et émouvante de cette voix fêlée. La prestation des danseurs est sans faute. Les danseuses, Ana-Karina Enrique Gonzalez et Susie Buisson, déploient une énergie à la fois intense et tempérée de douceur. Elles apportent du modelé et de la souplesse dans les mouvements de tête qui entrainent l’épaule et se prolongent dans un port de bras. Chez les garçons, Marwik Schmitt se détache par la précision de ses tours et une technique pleine de nuances. Les cinq danseurs forment un très bel ensemble, et l’on se laisse emporter avec délice dans cette enivrante et poignante cascade de mouvements.

Cette première soirée de la saison programmée par Bruno Bouché est une réussite ; elle marque d’emblée des choix chorégraphiques exigeants, à la mesure d’une compagnie aux grandes qualités, aussi à l’aise dans le registre classique que contemporain.

Crédits photographiques : © Agathe Poupeney

 

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