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Serse à Versailles : Fagioli toutes catégories

La Scène, Opéra, Opéras

Versailles. Opéra Royal. 19-XI-2017. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Serse, tdramma per musica en trois actes. Avec : Franco Fagioli, Serse ; Vivica Genaux, Arsamene ; Inga Kalna, Romilda ; Francesca Aspromonte, Atalanta ; Andrea Mastroni, Ariodate ; Delphine Galou, Amastre ; Biagio Pizzuti, Elviro. Il Pomo d’Oro, direction et clavecin : Maxim Emelyanychev.

franco_fiagoli_1Le talent de justifie désormais que l’on monte un opéra en entier pour l’entendre : cette représentation exceptionnelle de Serse vient démontrer à nouveau qu’il dépasse les simples frontières de sa catégorie, faisant éclater les différences entre homme et femme, soprano et baryton.

Dès son entrée, comme toujours très théâtrale et grandiloquente, il annonce le ton avec une présence écrasante et un Ombra mai fù confondant de phrasé, de couleurs dans le timbre : il sait déjà qu’il est celui que tout le monde vient entendre. Le cadre intimiste de l’Opéra Royal de Versailles (à l’échelle de nos salles d’opéra actuels) lui permet de détailler des récitatifs donnant une vie relativement crédible au synopsis un peu alambiqué de l’œuvre, avec une articulation remarquable. Le son du chanteur est plein, chaque note est entièrement investie et l’étendue de voix semble infinie (ne paraît-il pas couvrir dans Crude Furie pas loin de trois octaves jusque dans le registre suraigu des soprano ?). Le plus surprenant reste le timbre qui, sans être celui d’une femme, en possède toutes les harmoniques jusqu’au vibrato naturel, habituellement exclues de la voix de tête chez les hommes. Cette « bizarrerie » confère donc au chanteur une caractéristique finalement très baroque, mettant en place une jonction entre un monarque oriental dans un pays fantasmé, et une oeuvre ancrée dans une époque de transition. Car en effet, Haendel revisite avec cet opéra l’écriture vocale en évitant le recours systématique aux da capo et en fournissant une tonalité moqueuse sur ces histoires d’amours qui ne valent pas la peine d’être expliquées en raison de leur manque de cohérence, ce qui marque une certaine rupture avec les conventions de l’opera seria. Cela n’empêche pas le reste des chanteurs de briller, chacun avec ses qualités.

, qui a déjà démontré ses capacités de virtuose auparavant dans sa carrière honorée il y a un an par le prix Haendel, incarne le rôle d’Arsamene de façon convaincante. Mais la teneur des airs qui lui sont dévolus ne lui permettent pas de s’imposer, la fibre héroïque étant absente de son rôle. Ceci ne laisse place qu’à un timbre qui n’a jamais été des plus flatteurs (en cela, il s’est un peu acidifié dans le haut médium et se « tube » beaucoup dans le grave), mais permet à l’auditeur de s’extasier devant sa grande rigueur technique néanmoins. , en Romilda, développe un timbre charnu qui bat le trille de façon filée avec un plaisir maintes fois renouvelée dans la soirée, ce qui contraste avec sa belle puissance dans les airs plus vigoureux. L’esthétique est toutefois surprenant et un peu hors-sujet (elle paraît plus dans son répertoire en chantant un lyrique verdien). La basse hérite de l’inévitable rôle pontifiant d’Elviro, plein de prestance et de vaillance dans l’émission. expose ses très belles facilités dans les vocalises même si parfois le médium manque un peu de corps mais s’étoffera nécessairement avec le temps. Enfin, l’orchestre est un accompagnateur charmant. Pas de surprise toutefois, mais finalement, on ne venait pas pour lui mais bien pour un artiste qui ne connaît pas de plafond de verre dans une fabuleuse carrière.

Crédits photographiques : Franco Fiagoli © Stephan Boehme / Deutsche Grammophon ;  © Julian Laidig

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