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Yves Rechsteiner et Les Surprises réinventent Rameau

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Concerto « Les sauvages », Concerto « Les enfers », Concerto « Les amours »; François Rebel (1701-1775) et François Francoeur (1698-1787) : Deux suites de symphonie. Ensemble Les surprises, direction : Louis-Noël Bestion de Camboulas. Yves Rechsteiner à l’orgue historique François-Henri Clicquot (1782) de l’église prieurale de Souvigny (Allier). 1 CD Ambronay. Livret français/anglais. Durée totale : 54’54

 

CDL’organiste s’est déjà illustré dans la musique de avec un premier CD de transcriptions, suivi d’une édition musicale en trois volumes de transcriptions diverses pour l’orgue (Chant du monde). Pour l’heure, il présente en interprète éclairé d’autres œuvres où se mêlent l’orgue et l’orchestre.

En écho aux musiques qui furent présentées au cours du XVIIIe siècle au Concert Spirituel, organisation de concerts située dans l’ancien palais des Tuileries à Paris, et l’ ont reconstitué des concertos à partir de thèmes puisés dans les opéras de Rameau. Claude Balbastre, autre compositeur célèbre en son temps, avait sans doute déjà conçu en 1768 quelques adaptations du genre. L’histoire nous dit aussi que la salle du palais des Tuileries était dotée d’un grand orgue vraisemblablement construit par Jean-Baptiste Micot.

Ces Symphonies retrouvées font mouche avec un orgue historique, contemporain de Rameau, l’un des plus beaux conservés en France: le fameux François-Henri Clicquot de Souvigny, riche de ses couleurs authentiques et néanmoins indispensables à un discours volubile et charmeur, est l’instrument de la situation. Cromorne et cornet s’en donnent à cœur-joie, soutenus par la verve d’un orchestre illuminé de toutes parts. L’orgue, à l’écart de l’église et de la liturgie, entre enfin, grâce à ces concertos profanes, au concert par la grande porte.

Le disque propose trois concertos inventés aux noms évocateurs : Les sauvages, Les enfers et Les amours. Les thèmes sont tirés d’opéras ou de pièces pour le clavecin. On retrouve avec bonheur des mélodies qui nous enchantent : Les niais de Sologne, des Musettes et tambourins et Les Sauvages issus des Indes galantes. On est ravi d’entendre l’orgue de Souvigny dialoguant avec l’orchestre en parfait équilibre, du plus doux avec les flûtes, au plus vif avec les trompettes. Plusieurs partitions de l’époque, notamment les concertos de Michel Corrette, préconisent dans les tutti le grand-jeu d’anches, ce qui pouvait paraître excessif pour se mêler aux douces sonorités des cordes, mais que valide pourtant ici une interprétation gorgée de couleurs, d’équilibres et de contrastes. Pour replacer encore davantage ces œuvres dans leur contexte historique, deux Suites de symphonies de et alternent avec celles de Rameau. La démarche reste la même, reprenant des airs d’œuvres ayant eu leur succès. Depuis son clavecin, la direction orchestrale de emporte ses musiciens talentueux dans des grâces exquises et des éblouissements charmeurs. L’acoustique du grand prieuré de Souvigny, sépulture des Bourbons, préserve par son côté sombre une grande lisibilité nécessaire à la compréhension de ce répertoire baroque.

Rameau n’en finit pas de nous charmer, quelle que soit l’utilisation faite de sa musique, lui qui fut organiste et dont on ne conserve hélas aucune œuvre pour son instrument. Sa musique est universelle, ce qui fut compris déjà de ses contemporains qui firent un grand travail de transcriptions diverses où l’orgue trouve naturellement sa place. Le miracle de cette musique est qu’elle sait encore nous émouvoir et nous toucher comme à son origine, malgré le passage des siècles.

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