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Semiramide des grands soirs avec Joyce DiDonato au Royal Opera House

La Scène, Opéra, Opéras

London. Royal Opera House. 19-XI-2017. Gioachino Rossini (1792-1868) : Sémiramide, opera seria en deux actes sur un livret de Gaetano Rossi, inspiré de la pièce Sémiramis de Voltaire. Mise en scène : David Alden. Décors : Paul Steinberg. Costumes : Buki Shiff. Lumières : Michael Bauer. Chorégraphie : Beate Vollack. Avec : Joyce DiDonato, Semiramide ; Michele Pertusi (acte I) Mirco Palazzi (acte II), Assur ; Daniela Barcellona, Arsace ; Lawrence Brownlee, Idreno ; Jacquelyn Stucker, Azema ; Bálint Szabó, Oroe ; Konu Kim, Mitrane ; Simon Shibambu, Fantôme de Nino. Royal Opera Chorus (chef de chœur : Peter Manning), Orchestra of the Royal Opera House, direction musicale : Antonio Pappano

Neuf mois après la Bayerische Staatsoper, le Royal Opera House accueille la production de Semiramide de : discutable par sa modernisation de l’action mais avec une distribution portée par et , et une direction musicale exceptionnelle d’.

Semiramide aura mis moins de temps que d’autres ouvrages de Rossini pour renaître au siècle dernier, le premier retour en grâce étant dû à Joan Sutherland dans les années 1960, avant une version intégrale présentée à Pesaro en 1992 par Alberto Zedda. Maintenant qu’il est acquis que l’ouvrage est un chef-d’œuvre, les productions s’enchaînent et trouvent les plus grandes chanteuses actuelles, avec d’un côté de vraies sopranos lyriques telles Jessica Pratt et de l’autre la plus belle mezzo-soprano possible aujourd’hui en la personne de .

Chant des grands soirs

Après Munich en février, la chanteuse américaine revient au rôle dans la même mise en scène de , et dès son entrée puis l’air Bel raggio lusinghier, le timbre sublime assis sur le bas-médium assure une prestation de grande classe. Évidemment, avec ce type de voix, elle ne va pas chercher les notes « contre » de la dernière octave, fait sans importance en regard de la droiture et de l’intelligence du chant, tout comme du charisme scénique. Face à elle, Arsace est encore campé par et là aussi dès le premier air, Eccomi alfine in Babilonia…, on sait que l’on se prépare à une grande soirée lyrique. Le volume sonore se montre plus contrôlé et la ligne de chant subit quelques vibrations moins discrètes que chez DiDonato, mais Barcellona présente une superbe agilité, même dans le haut de la tessiture. Elle magnifie également ses duos en restant toujours légèrement en retrait, avec Assur déjà et plus encore avec celle qu’elle finira par égorger sur scène.

Troisième et dernier chanteur importé de Munich, le ténor tient avec passion Idreno, en véritable costume d’Inde comme demandé dans le livret, quitte à en jouer pour s’affaler sur les canapés dès qu’il le peut à la façon d’un maharaja. De sa détermination à vouloir chanter toutes les variations résulte une voix tremblante, non pas tant à cause d’un vibrato incontrôlé, mais avant tout pour respecter l’écriture rossinienne. Le rendu peut sembler trop marqué, bien qu’il s’atténue dans les arias, la première malheureusement chantée sans la cabalette, pourtant enregistrée récemment par le ténor.

Assur était prévu pour Ildebrando d’Arcangelo, mais son annulation a conduit à programmer l’expérimenté , déjà présent à Pesaro avec Zedda. Il entre en scène légèrement engorgé avant de rapidement chauffer, surtout dans le grave qu’il déploie lors du duo avec Arsace. Annoncé souffrant à l’entracte, il est remplacé par un jeune baryton en alternance sur la même scène dans le rôle de Raimondo de Lucia di Lammermoor. Les plus grandes salles se remarquent aussi par la qualité des remplaçants et si n’était prévu que pour la dernière de cette session, sa première intervention légèrement voilée est vite éclipsée par la souplesse et la qualité du timbre dans les scènes suivantes. À lui revient donc de porter avec brio l’air d’Assur placé à l’acte II.

tient une Azema magnifique de clarté et de légèreté, quelque peu ridicule comme le veut le rôle, ici bloquée dans une robe d’or à longue traine empêchant d’utiliser les bras. développe un Oroe chaud et profond dans le grave dès la première note, et l’on retient également le jeune en Mitrane, ténor encore en formation dont la ligne de chant et la netteté de la diction affichent de belles promesses. chante de la coulisse le fantôme de Nino avec une voix amplifiée par haut-parleur, pendant qu’un acteur sur scène sort d’un cercueil posé là quelques minutes plus tôt.

Direction d’exception

En fosse, Michele Mariotti dirigeait l’œuvre en Bavière, et s’il se trouve bien au même moment à Londres pour Lucia, Semiramide revient logiquement au directeur musical du Royal Opera House, . Oublions immédiatement les réserves que nous avons pu avoir sur ce chef par le passé, car si Otello en juillet nous avait déjà intéressé, dans Rossini, Pappano atteint un niveau d’exception extrêmement rare. Dès l’Ouverture, la dynamique impressionne en même temps qu’un jeu ni trop léger ni jamais trop lourd, bien que particulièrement accentué. La battue ne souffre jamais d’aucun défaut et permet tout au long de la soirée de protéger tant le plateau que le chœur, exceptionnel lui aussi de chaleur et de dynamique, et surtout l’orchestre. La tenue des cors impressionne tout comme la netteté et la fluidité des cordes, et même après quinze comparaisons des meilleures références de l’ouverture, on ne trouve pas un piccolo aussi bien intégré à l’ensemble et aussi impactant.

Mise en scène bien faite

Reste la mise en scène de David Alden, décriée même si finalement plutôt bien travaillée et plus adaptée à une vision anglo-saxonne qu’allemande, donc assez peu dynamique et trop axée sur un chant systématiquement face au public, au risque d’annihiler l’effet de quelques ensembles et duos. L’Assyrie d’alors est devenue l’une des dictatures du même espace géographique aujourd’hui, puisque la grande statue entre celles de Staline et Saddam Hussein s’accorde à des tableaux d’un homme avec sa compagne faisant plus facilement penser à Bachar el-Assad. L’armée de la dernière scène devient la Légion Étrangère et Alden se permet de faire se suicider Oroe, ce qui n’a pas grand intérêt.

On vient à Londres pour les voix plutôt que pour les mises en scène ; cette production nous aura aussi fait profiter d’une très grande direction musicale !

Crédits photos : © ROH – Bill Cooper

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