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Quand les sœurs Bizjak donnent le pouls de la modernité

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre de la Ville. Espace Pierre Cardin. 25-XI-2017. Claude Debussy (1862-1918) : En blanc et noir, pour deux pianos. Béla Bartók (1881-1945) : Sonate pour deux pianos et percussion. Leonard Bernstein (1918-1990) : Danses symphoniques de West Side Story, arrangement pour deux pianos et percussion. Maurice Ravel (1875-1937) : la Valse. Lidija et Sanja Bizjak, piano. Sylvain Bertrand et Eriko Minami, percussions.

capture_decran_2015-03-16_a_14.50.32_copieresizeLe premier concert du week-end piano du Théâtre de la Ville associait le célèbre duo pianistique des sœurs Bizjak avec deux percussionnistes, pour une confrontation instrumentale euphorisante. Au programme : Debussy, Bartók, Bernstein et Ravel, comme quatre faces de la modernité musicale.

Composées à l’été 1915, les trois pièces d’En blanc et noir de Debussy sont plus qu’une évocation de la guerre : un exemple de ce que l’on peut appeler musique pure, dans laquelle l’auteur libère toutes ses audaces formelles. La partition, faite de discontinuités, laisse à la fois une impression d’indécision (comme ce va et vient, dans le deuxième mouvement, entre les motifs de choral lugubre, du thème claironnant, jusqu’à l’agitation finale) et d’une cohésion, d’une tension globale. Paradoxe que Lidija et , familières de cette pièce, transmettent très bien. Alliant rythme et souplesse de jeu, les pianistes donnent, pour ainsi dire, un mouvement, une pulsation à l’œuvre, et ce dès les premiers triolets descendants (Avec emportement).

Émergeant des premières mesures pianissimo comme des abysses, la Sonate pour deux pianos et percussions de Bartók éclate en un big bang musical : c’est le choc de la modernité par la percussion. Les deux pianos, face à face, sont rejoints à l’arrière par deux percussionnistes (xylophone, timbales, cymbales, tambour, caisse claire, tam-tam, et triangle). Cette disposition éloignant un peu les percussions des pianistes et du public, s’explique par l’installation d’autres percussions nécessaires pour la pièce de Bernstein, mais ne gène finalement pas. La musique se fait transe angoissée (deuxième mouvement) ou danse de village (troisième mouvement), et ce mouvement se prolonge jusque dans le corps légèrement balancé des pianistes. Les percussionnistes et (tous deux membres des Siècles par ailleurs), jouent tout en précision rythmique et en justesse (l’apport harmonique est important ici), et en plein accord avec les pianistes, ainsi dans les unissons comme dans les contrepoints du premier mouvement.

Troisième face de la modernité, l’univers de Broadway apparaît avec les Danses symphoniques de West Side Story, dans une transcription qui fait pourtant ressortir tout ce que Bernstein hérite et reprend du classique, et de Bartók en particulier. C’est un moment enthousiasmant (Mambo, Cha-cha, Rumble…) où la percussion est à l’honneur, sur un travail d’adaptation des interprètes eux-mêmes (la partition originale nécessitant cinq percussionnistes).

Enfin la Valse de Ravel offre une fin sidérante de virtuosité et d’ivresse musicale. Donnée dans sa version initiale pour deux pianos (et non un seul), elle garde ainsi toute sa dimension symphonique et « spatialise » l’écoute. Les sœurs Bizjak déploient à nouveau toutes leurs qualités de phrasé et leur capacité à donner du relief à ce texte foisonnant, faisant émerger ce thème si simple de valse, de manière tantôt parodique, sincère ou grinçante, jusqu’au fameux crescendo final.

En bis, les musiciens nous proposent la Sonatina qui ouvre la cantate BWV 106 de Bach, adaptée d’après Kurtág pour deux pianos et vibraphone, que le public écoute un sourire aux lèvres après ces moments intenses.

Crédits photographiques : Lidija et © Marco Borggreve

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