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Concerts des lauréats du Concours de Genève

Concerts, Concours, La Scène, Opéra

Genève. Victoria Hall. 23-XI-2017. Concert des Lauréats. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Cosi fan Tutte : Ouverture, La mia Dorabella capace non è…, E la fédé delle femine…, Una bella serenata, Ah guarda sorella. Gioacchino Rossini (1792-1868) : Il Barbiere di Siviglia : Dunque io son. Jacques Offenbach (1819-1880) : Les Contes d’Hoffmann : Barcarolle. Maurice Ravel (1875.1937 : L’Heure Espagnole : Scènes VII à XII. Richard Wagner (1813-1883) : Lohengrin : Prélude de l’acte 3, Das süsse Lied verhalt. Ruggero Leoncavallo (1857-1919) : I Pagliacci : Nedda ! Silvio ! Giacomo Puccini (1858-1924) La Bohème : Addio. Richard Strauss (1864-1949) : Der Rosenkavalier : Marie Theres’ ! Avec Roberto Saccà, Jane Irwin, Jacques-Greg Belobo, Oliver Yoonjong Kook, Anna Kasyan, Polina Pasztircsák, Anne Sophie Petit, Marina Viotti, Andrew Garland, Marion Levègue, Matija Meić. Orchestre de la Suisse Romande, direction musicale : Jesús López Cobos.

Genève. Théâtre des Nations. 25-XI-2017. Airs de concert & flûte solo. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie en ré majeur KV 81, Air de concert KV 490 : Non più ! Tutto ascolta ! – Non temer, amati. Air de concert KV 217 : Voi avete un cor fedele. Air de concert KV 272 : Ah ! Lo prevedi – Ah! T’invola – Deh, non varcar. Air de concert KV 505 : Ch’io mi scordi di te ? Non temer, amato bene. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Concerto pour flûte en sol majeur H445. Bénedicte Tauran, Anna Kasyan, Polina Pasztircsák (sopranos), Marina Viotti (mezzo-soprano), Yubeen Kim (flûte), Lorenzo Soulès (pianoforte). Ensemble Gli Angeli Genève. Direction musicale : Stephan MacLeod.

LaureatsConcoursGenève.03Résultat contrasté pour ces évènements qu’imagine le Concours de Genève afin de présenter quelques-uns de ses lauréats passés. Si les talents d’alors se sont parfois affirmés, certains n’ont pas confirmé l’espoir qu’ils avaient suscité lors de leurs succès au concours.

Victoria Hall, le 23 novembre 2017

Un public qui applaudit en rythme au moment des saluts. Peut-être n’a-t-on pas entendu de la même manière cet bruyant, sans âme, en fréquents décalages dans l’ouverture de Cosi fan Tutte, avec ses trombones tonitruants à l’excès dans l’ouverture du troisième acte de Lohengrin, sous la direction impersonnelle de . Peut-être tout le monde n’a-t-il pas partagé l’impression que l’orchestre déchiffrait à vue. Peut-être n’a-t-on pas remarqué combien la plupart des dix anciens lauréats, sur la scène, souffraient de ce manque de soutien orchestral.

On retiendra pourtant quelques moments où le talent personnel se joue de l’environnement défavorable. Ainsi, l’aisance extraordinaire de la mezzo-soprano (3e prix en 2016), dans un Dunque io son du Barbiere di Siviglia de Gioachino Rossini, prouve qu’elle est prête à aborder un grand rôle qui tarde à lui être offert. On apprécie aussi le ténor , qui en 1989 déjà obtenait le « Prix spécial d’opéra » du Concours de Genève et qui, depuis, poursuit une grande carrière internationale. Étant passé des rôles de bel canto à un répertoire moins léger, on retrouve toutefois ses aigus et le legato qu’on lui a toujours connus dans le duo Das süsse Lied verhalt de Lohengrin de Richard Wagner avec une (trop rare sur les scènes) (Elsa) à la voix puissante et magnifiquement conduite.

Théâtre des Nations, le 25 novembre 2017

Deux jours plus tard, c’est le théâtre lyrique (provisoire) genevois qui ouvre ses portes à une autre prestation des Lauréats du Concours de Genève. Changement de décor musical avec la présence de Gli Angeli Genève, un ensemble baroque né il y a une douzaine d’années. Sous l’impulsion de son chef , les premières mesures de la Symphonie en ré majeur KV 81 de Mozart donnent le ton de l’énergie, de la musicalité et de la maîtrise de ce répertoire.

LauréatsConcoursGenève.02En inaugurant les feux de cette soirée, la soprano (3e prix en 2003) démontre qu’elle possède tous les ingrédients de la parfaite interprète mozartienne. Sans jamais forcer la voix en d’inutiles effets, la soprano française offre un chant d’une grande simplicité. Toute à la musique, tout semble simple avec elle, et pourtant le contrôle vocal qu’elle s’impose laisse entrevoir l’exceptionnelle maîtrise de son instrument. Avec son Mozart, c’est l’humilité de l’artiste servant l’œuvre qu’on ressent au plus profond de soi.

Toute autre est l’attitude de la mezzo-soprano (3e prix en 2007) qui, dans l’air de concert Voi avete un cor fedele, impose une approche théâtrale à son intervention. Avec cette comédie, si le personnage est sympathique, le style du chant apparaît plus rossinien que mozartien. Dans Ah, lo prevedi, la soprano (1er prix en 2009), qui nous avait un peu laissé sur notre faim lors du concert précédent, empoigne ici ce long air avec une intensité vocale extraordinaire. Cette aria, véritable scène dramatique, permet à la soprano hongroise d’exprimer son art dans un chant bouleversant. S’emparant du personnage d’Andromède, elle projette sa complainte avec une passion intense occupant tout l’espace du théâtre. Étrange sensation d’appartenir à cette voix superbe, sans stridence aucune. La soprano hongroise captive son auditoire avec un chant suspendu, offrant dans les derniers instants de son interprétation des moments de grâce absolus. Une qualité de son, d’interprétation, de chant mozartien qui replonge le mélomane dans la tradition de Gundula Janowitz ou d’Elizabeth Schwarzkopf. Instants magiques sublimés par un accompagnement orchestral engagé.

En seconde partie, après un Concerto pour flûte en sol majeur de Carl Philippe Emanuel Bach interprété un peu scolairement par le flûtiste coréen (2e prix ex-aequo en 2014) peu inspiré, (1er prix de piano en 2012) se joint (au pianoforte) à l’ pour le fameux air de concert Ch’io mi scordi di te chanté par la mezzo-soprano . Autant elle nous avait conquis deux jours plus tôt, autant sa (peut-être trop) grande voix ne parvient pas à se mettre au niveau sonore de l’ensemble orchestral, lui-même forcé de se restreindre en face du volume limité du pianoforte. Même avec le souffle court du pianoforte, la belle technique et la musicalité du pianiste français font merveille.

Crédits photographiques : © Anne-Laure Lechat

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