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Fritz Busch, musicien intègre

À emporter, Biographies, Livre

Une vie de musicien. Fritz Busch. Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni. Notes de Nuit. Collection La beauté du geste. 222 pages. 20 €. Juin 2017.

 

notes_nuit_fritz_busch_vie_musicienAprès deux livres exemplaires consacrés respectivement à Arturo Toscanini et Otto Klemperer, les éditions Notes de Nuit honorent le chef d’orchestre allemand  de deux ouvrages exceptionnels, le tout dans la très belle collection La beauté du geste, dirigée par Georges Zeisel. Le premier de ces ouvrages présente la toute première traduction en français de l’autobiographie de Aus dem Leben eines Musikers (Zurich, 1949), traduite par l’excellent Olivier Mannoni, sous le titre Une vie de musicien.

Surtout célébré pour ses enregistrements mozartiens exceptionnels au festival de Glyndebourne et réédités tout récemment chez Warner Classics car toujours de références, Fritz Busch (1890-1951) eut une vie passionnante mais loin d’être toujours aisée. La diffusion de ce témoignage paraît alors bien nécessaire, le musicien risquant en effet un oubli relatif par rapport à d’autres chefs légendaires que sont Wilhelm Furtwängler, Otto Klemperer, Arturo Toscanini ou Bruno Walter. Il est vrai que l’ensemble de ses gravures, modeste en quantité, mais certainement pas en qualité, attend toujours une réédition digne de ce nom…

Issu d’une famille de huit enfants dont le père, plutôt aventurier, était musicien itinérant puis fabricant d’instruments, et la mère pianiste amateur, Fritz Busch avait comme frères musiciens Adolf, violoniste et Hermann, violoncelliste. Le chapitre 1 Ma famille et mon enfance, nous plonge dans cette famille modeste aux conditions de vie difficiles où père, mère et les espiègles Fritz et Adolf se produisaient comme musiciens d’orphéon et de bal dans des kermesses : Fritz, pianiste et trompettiste, fut musicien de bal rétribué de 7 à 17 ans les dimanches, souvent avec Adolf au violon. Ce fut une époque difficile, « bien que les années où nous avons mené cette vie, loin de nous nuire, soient restées dans ma mémoire comme une période de joie et de lumière. » Mais Adolf devait entrer au Conservatoire de Cologne dès ses 11 ans et comme second violon au Gürzenich de Cologne à 14 ans… Fritz allait bientôt le suivre au Conservatoire de Cologne.

Chapitre 2 Les années d’apprentissage. « Les années passées à Cologne entre 1906 et 1909 ont été une belle période. » À 17 ans, Fritz suit les cours de direction d’orchestre donnés par Fritz Steinbach, l’excellent directeur du Conservatoire de Cologne. C’est dans cette ville qu’il assiste aux concerts de Mottl, Nikisch, Richard Strauss, Weingartner, et que naît son admiration pour  qui se transformera vite en amitié. À peine après avoir signé le contrat de Kapellmeister au Théâtre allemand de Riga où il sera en conflit avec le directeur psychopathe finalement interné (chapitre 3 Riga), il obtient le poste de Kapellmeister aux thermes de Bad Pyrmont (chapitre 4 Bad Pyrmont) où il invite  à diriger ses propres œuvres et impose Dvořák et Schumann afin de relever le niveau primitivement dévolu à des opérettes de Paul Lincke.

Chapitre 5 Aix-la-Chapelle. En 1912, Fritz Busch devient directeur musical de la ville d’Aix-la-Chapelle où il a la révélation d’un chœur mixte exceptionnel de quelque 250 chanteurs amateurs, lui permettant d’aborder les grandes œuvres de Bach, Haendel, Beethoven, Brahms, Reger. Mais à la deuxième saison, la Grande Guerre éclate (chapitre 6 La Guerre) et réduit ses projets à néant : il est forcé à servir dans l’armée et subit la perte de son ami Max Reger le 11 mai 1916. Toutefois, fin 1917, il put entreprendre une tournée avec le chœur d’Aix-la-Chapelle pour donner Les Saisons de Haydn.

Chapitre 7 Stuttgart. Au printemps 1918, le poste de Hofkapellmeister du Hofoper de Stuttgart, laissé vacant par Max von Schillings, fut attribué à Fritz Busch qui y dirigea des opéras de Wagner, Hindemith, Verdi, ainsi que Palestrina du caustique et toujours mécontent , avec lequel il eut des rapports d’une drôlerie irrésistible, témoignant une fois de plus de l’humour fin et aiguisé qui transparaît constamment tout au long de son autobiographie. Une invitation à diriger la Staatskapelle de Dresde l’hiver 1920 l’amena à faire ses adieux à Stuttgart fin de la saison 1922 (chapitres 8 et 10) pour y diriger également le Semperoper de Dresde, joyau d’une beauté incomparable. Busch y dirigea entre autres à nouveau Palestrina du toujours grincheux Pfitzner. Il reste à Dresde pour douze années de concerts symphoniques alternant avec des opéras de Moussorgski, Busoni, Hindemith, Krenek, Weill, Richard Strauss, le tout entrecoupé d’un intermède à Bayreuth (chapitre 9) pour y diriger Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, tout en se plaignant que « Tout comme à Dresde, le point faible de Bayreuth, c’étaient les chanteurs ! » Mais l’horreur arrive rapidement : d’un caractère entier et intransigeant, le mépris déclaré de Busch pour le gouvernement nazi arrivé au pouvoir en Allemagne en 1933, le fait renvoyer de son poste à Dresde (chapitres 11 Confrontation avec le national-socialisme et 12 Coda) le forçant à l’exil en Argentine, le 15 juin 1933, pour le Teatro Colón de Buenos Aires.

Ici s’achève l’autobiographie passionnante de Fritz Busch, musicien d’une droiture exceptionnelle qui a fasciné Fabian Gastellier, fondatrice des éditions Notes de Nuit, au point de lui consacrer un second ouvrage, Fritz Busch – L’Exil 1933-1951, complétant idéalement le premier.

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