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Lucas Debargue magistral dans Schubert et Szymanowski

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Philharmonie – Grande salle Pierre Boulez. 27-XI-2017. Franz Schubert (1797-1828) : Sonate pour piano n° 13 en la majeur D 664 ; Sonate pour piano n° 14 en la mineur D 784. Karol Szymanowski (1882-1937) : Sonate pour piano n° 2 en la majeur op. 21. Lucas Debargue, piano.

lucas debargueConcert très attendu que ce récital du pianiste qui reprend le programme de son dernier opus discographique associant les Sonates n° 13 et n° 14 de Schubert et la titanesque Sonate n° 2 de Szymanowski.

a un parcours pour le moins atypique, puisqu’il commence le piano assez tardivement après un apprentissage solitaire, en bonne partie autodidacte. Des dons peu ordinaires, vite reconnus, le conduisent à l’obtention du quatrième Prix et au Prix spécial de la Critique Musicale de Moscou, lors du Concours Tchaïkovski en juin 2015. Depuis il ne cesse de confirmer, à la scène comme au disque, son statut de pianiste d’exception bénéficiant d’une aura considérable auprès du public, à l’origine d’un succès mérité dont le concert de ce soir fournit un nouvel exemple.

La Sonate n° 13 probablement composée en 1819, lors de vacances de Schubert en Haute-Autriche, ouvre le récital sur un Allegro aux sonorités délicates et élégantes qui prennent progressivement du corps et de l’ampleur, sous-tendues, alors, par un jeu qui se fait plus appuyé, contrasté et intériorisé, et trouvant son prolongement naturel dans un Andante, à la fois douloureux et méditatif. La sonate se conclut sur un Final plus extraverti, virtuose, où le piano délaisse la confidence pour des sonorités plus orchestrales.

Bien différente, car Schubert vient d’apprendre sa maladie, et plus tardive est la Sonate n° 14 dont le climat sombre s’affirme dès les premiers accords plaqués dans le grave. Le jeu est ici plus engagé, exhalant un indiscutable magnétisme qui maintient l’auditeur en haleine, comme ce fut le cas récemment à Verbier. Lucas Debargue y démontre ses talents de narrateur en nous contant une histoire empreinte d’angoisse et de drame. Ni l’Andante inquiétant, ni le Final dansant ne parviennent à nous rassurer totalement.

Après la pause, l’impressionnante Sonate n° 2 de Szymanowski, composée en 1911, donne encore un nouvel éclairage au talent indiscutable et atypique de Lucas Debargue, aussi à l’aise dans la lumière crépusculaire de Schubert que dans la pesante clarté de l’œuvre de Szymanowski. Véritable défi pianistique autant qu’épreuve physique, elle déploie une époustouflante virtuosité faite de violents déferlements et de martèlements parcourant tout le clavier. Une œuvre pesante, touffue, faite de jaillissements, où Lucas Debargue parvient à éviter facilement tout jeu caricatural, pour en extraire, là encore, un indicible charme témoignant d’une affinité profonde et d’une grande compréhension de l’œuvre et du compositeur.

En bis, une enthousiasmante improvisation sur un thème de jazz embrase définitivement la salle.

 Crédit photographique : Lucas Debargue © Felix Broede/Sony Classical

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  • flognarde

    On peut vous suivre sur son Schubert, mais l’intérêt soudain pour Szymanowski (à l’écriture toujours aussi lourde et démonstrative) me passe complètement au dessus de la tête. Le bis jazzy nous mettrait-il sur la piste ?

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