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Pelléas et Mélisande, musique de scène et suite orchestrale de Jean Sibelius

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Le drame intemporel de Maurice Maeterlinck, Pelléas et Mélisande, fut la source de nombreuses grandes œuvres dans l’Histoire de la musique. De l’opéra de Claude Debussy à la musique de scène de Jean Sibelius, du poème symphonique d’Arnold Schoenberg à la musique de scène de Gabriel Fauré, de la suite d’orchestre de William Wallace à la pièce pour piano de Mel Bonis, ResMusica explore cette pièce de théâtre sous toutes les coutures. Pour accéder au dossier complet : Pelléas et Mélisande

 

PelléasLa musique de scène composée par pour illustrer la pièce de Maeterlinck de 1893, traduite en suédois par l’écrivain Bertel Gripenberg, fut entendue pour la première fois en Finlande au Théâtre suédois d’Helsinki le 17 mars 1905.

Sous la direction du compositeur, des membres de l’orchestre de la Société philharmonique avec la cantatrice Gabrielle Tavastsjerna, veuve du fameux poète et ami de Sibelius, assurèrent l’événement. La réception publique fut positive et la musique devint populaire au cours de cette saison. La partition se composait de 10 parties, sept intermèdes, deux mélodrames et une chanson. On exécuta cette musique de scène une quinzaine de fois au printemps 1905.

La suite d’orchestre de Pelléas et Mélisande op. 46 qu’il en tira la même année, se compose de huit numéros extraits de la musique de scène, disposés différemment. Toujours en 1905, Sibelius réalisa un arrangement pour piano en huit sections également. La même année Les trois sœurs aveugles furent arrangées pour voix et piano.

Une Suite en 9 tableaux

La Suite dure environ 29 minutes et se compose de 9 tableaux en respectant sinon l’ordre chronologique de la pièce (pour cela on doit se référer à la musique de scène), du moins l’atmosphère et la caractérisation des épisodes invoqués.

Aux portes du château. Grave e largamente. Ce Prélude solennel et grave commence par un trémolo et des appels de cors sur un roulement de timbales. La musique correspond avec habileté au lever de soleil sur la mer. Le thème principal aux cordes (violoncelles, pizzicati des violons) avec intervention de la flûte, du hautbois et des clarinettes, s’avère magnifique et impressionnant.

Mélisande. Cet Andante con moto, avec sa belle partie de cor anglais, délivre une valse mélancolique et lente. Flûte et clarinettes dialoguent, les cordes en pizzicato s’expriment en contrepoint. Une impression mystérieuse et subreptice, énigmatique aussi, liée à Mélisande, se dessine avec la clarinette, jouant un motif descendant en tierces parallèles.

2a. Au bord de la mer. Adagio. Les cordes monotones évoquent la houle et les bois imitent des cris d’oiseaux dans un geste qui rappelle sans doute Debussy. Ce climat répétitif se voit bousculé par une irruption violente fortissimo, un trémolo des cordes aiguës. Musique sombre et crépusculaire que cette première composition clairement impressionniste chez Sibelius.

Près de la fontaine dans le parc. Comodo. Valse lyrique aux cordes sur un motif confié aux bois figurant la seconde rencontre ensoleillée de Mélisande et Pelléas.

Les Trois sœurs aveugles. Tranquillo. Sorte de ballade médiévale parfaitement rendue par le compositeur finlandais. Dans la suite de concert, la voix est omise et remplacée par deux clarinettes (encadrées par le hautbois).

Pastorale. Andantino pastorale.  Avec sa mélodie en tierces parallèles aux clarinettes sur une figure répétée des violoncelles jouant pizzicato, et une pédale de cor. L’atmosphère détendue et naïve devient discrètement orageuse.

Mélisande au rouet. Con moto. La musique délivre un sentiment de malheur avec son air angoissé provenant des cordes (des altos) qui jouent des trilles et qui sera repris par les clarinettes. L’orchestre se lance dans des phrases fortissimos.

Entracte. Allegro. Ouverture du quatrième acte, alla gavotta. Golaud s’adresse à Mélisande avec virulence et vivacité. Mouvement fait de croches aux cordes et de notes gaies très brèves aux bois avant que l’atmosphère ne prenne un tour plus sinistre.

La Mort de Mélisande. Andante. Véritable chant funèbre avec des premiers violons délivrant une mélodie avec des intervalles de quinte. Les violons jouent un nouveau thème s’amplifiant dramatiquement.

Les Trois sœurs aveugles, chanson de la musique de scène, est reprise dans la suite d’orchestre mais sans la voix, remplacée par les clarinettes. Cette chanson simple mais marquante est redevable d’une sorte de ballade médiévale.

Pour l’occasion, le compositeur finlandais élabora une musique d’une grande beauté thématique, d’une sensibilité délicate, d’une recherche timbrique sensuelle, de tempi contrôlés avec intelligence et soucieuse de ne pas ressembler de principe à l’œuvre impressionniste qu’avait créée à Paris Claude Debussy en 1902. Néanmoins, la musique porte, sans excès, des stigmates impressionnistes et symbolistes pour illustrer cette légende, n’évitant pas totalement certaines descriptions musicales, mais insistant sur la mise en place d’un climat intimiste. L’orchestre réduit fait appel à une flûte (et un piccolo), un hautbois (alternant avec un cor anglais), deux clarinettes, deux bassons, deux cors, timbales, triangle, grosse caisse et cordes.

Conseils d’écoute

Il existe  une gravure incontournable de la musique de scène éditée par le label BIS (BIS-918) grâce à l’excellent Osmo Vänskä et à l’Orchestre symphonique de Lahti. L’enregistrement date de 1998. Les autres musiques proposées sont la Suite du Roi Christian II et la Suite Karelia. Mais de nombreux enregistrements de qualité de la suite sont aisément disponibles dans le commerce. Citons, en 1992, sous la direction de Petri Sakari, l’Orchestre symphonique d’Islande chez Chandos CHAN 9158 avec les suites de Christian II et de Svenavit (Cygne blanc). Il existe également une remarquable et très dynamique lecture de Neeme Järvi avec l’Orchestre symphonique de Göteborg. Un CD BIS-237 enregistré en 1983, avec en complément de programme la Symphonie n° 6. Naxos 8.557985F  en a édité une lecture de 2005 avec le Sinfonia Finlandia Jyväskylä placé sous la baguette de Patrick Gallois. Une Sinfonia de Jacques Desbrière complète le disque.

Illustration : peinture de Carlos Schwabe pour Maeterlinck (1892)

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