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Wozzeck par injection létale à Düsseldorf avec l’incroyable Bo Skovhus

La Scène, Opéra, Opéras

Düsseldorf. Oper am Rhein. 26-XI-2017. Alban Berg (1885-1935) : Wozzeck, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Stefan Herheim ; décors et costumes : Christof Hetzer ; lumières : Andreas Hofer ; vidéos : fettFilm ; dramaturgie : Alexander Meier-Dörzenbach. Avec : Bo Skovhus, Wozzeck ; Camilla Nylund, Marie ; Katarzyna Kuncio, Margret ; Corby Welch, Tambourmajor ; Cornel Frey, Andrès ; Matthias Klink, Hauptmann ; Sami Luttinen, Doktor ; Thorsten Grümbel, Erster Handwerkbursch ; Dmitri Vargin, Zweiter Handwerkbursch ; Florian Simson, Der Narr ; Mark Vargin, l’enfant de Marie. Akademie für Chor und Musiktheater (chef du chœur d’enfants : Justine Wanat) ; Chor der Deutschen Oper am Rhein (chef de chœur : Gerhard Michalski) ; Düsseldorfer Symphoniker, direction : Axel Kober.

imgtoolkit.culturebase.orgPour sa nouvelle production de Wozzeck, l’Oper am Rhein de Düsseldorf a fait appel à , qui transpose l’action dans une chambre d’exécution des États-Unis. livre à nouveau une prestation scénique exceptionnelle dans le rôle-titre, le reste de la distribution étant vocalement porté par la magnifique Marie de et le Capitaine de .

En transportant l’exécution de Johann Christian Woyzeck, mort par pendaison sur la Marktplatz de Leipzig le 27 août 1824, vers une salle de pénitencier américain où la mort est encore donnée aujourd’hui par injection létale, prend le risque de devoir faire rentrer l’opéra de Berg dans son propre concept. Il débute donc par un court instant sans musique, pendant lequel les gestes des bourreaux de notre siècle sont minutieusement reproduits, avant que l’horloge au-dessus du lit d’exécution ne remonte le temps pour tenter d’expliquer le drame social qui a conduit au meurtre.

Évidemment avec un tel décor, unique qui plus est, sauf lorsque les deux parois latérales sont écartées pour aérer l’espace, certaines parties de l’action doivent être adaptées. La fin notamment, puisque chez Berg Wozzeck n’est plus Woyzeck et ne meurt donc pas exécuté, mais se noie seul en cherchant le couteau du crime dans les marais, juste à côté du corps de Marie. Pour autant, cette mise en scène possède une véritable force, renforcée par un plateau d’excellents acteurs, à commencer par l’un des chanteurs les plus charismatiques de ces vingt dernières années, le baryton .

La voix quelque peu touchée n’a plus la profondeur ni surtout la puissance de ses prestations du passé, comme celle enregistrée à Hambourg avec Metzmacher, mais Skovhus, en combinaison orange de condamné réaliste jusqu’à la couche que l’on voit dépasser légèrement, donne au drame et à la proposition scénique toute la violence et la tension que l’on doit y trouver pour être véritablement marqué. rend elle aussi grâce à Marie, car en plus d’être excellente dans le jeu, elle tient sa partie vocale complexe avec un rare lyrisme, magnifiant certaines scènes comme celle de la prière.

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Le reste de la distribution est lui aussi d’un excellent niveau, supérieure même à de nombreux Wozzeck récents sur les plus grandes scènes du monde, à commencer par dans le rôle lui aussi ô combien complexe du Capitaine. Alors que d’autres chantent trop tendu ou déraillent à l’aigu, lui tient sa partition avec une ligne droite et nette en même temps qu’il présente un personnage extrêmement nerveux, superbe de crédibilité. La basse campe un Docteur avec une vraie voix de basse, à laquelle les graves chauds et pleins donnent une belle assise, tandis que ce personnage représente ici l’un des malaises de la société d’hier (et d’aujourd’hui) dans la non-résolution, et même l’aggravation de certaines situations humaines. C’est d’ailleurs lui qui remet l’arme du meurtre à Wozzeck.

Tambourmajor voulu ici et comme souvent vulgaire, mais de qualité, tente de faire vivre un rôle traité un peu facilement par la mise en scène, à l’inverse de celui de Margret, qui dans cette proposition n’est absolument pas amicale avec Marie, mais au contraire jalouse et dure. Ce second rôle féminin parfois presque invisible est donc cette fois marquant, habillée en gardienne de prison associant sa voix au geste pour porter un personnage âcre. campe un Andrès prisonnier, lui aussi dans le couloir de la mort et ami plus ou moins concerné par les problèmes de Wozzeck, qui sont donc également les siens vu ce qui l’attend. À l’opposé les deux Compagnons jouent des matons, et Dmitri Vargin parfaitement en phase avec le reste du plateau, tout comme le Fou de , qui prend tout juste le temps de se travestir avant de chanter son court passage.

Le chœur comme le chœur d’enfants montrent le niveau de qualité de l’Oper am Rhein, ces derniers au nombre de sept étant également habillés en combinaisons orange, avec pour but de montrer comment la société condamne une certaine partie de la population à l’échec dès le plus jeune âge. En fosse, le maître des lieux dirige un orchestre résident dont les cordes denses ne peuvent occulter des timbres moins agréables chez certains vents. livre une vision globale de l’ouvrage en le traitant comme une pièce classique du répertoire allemand. Il ne cherche donc jamais à démarquer les séries ni à spécifier la modernité de l’œuvre, mais adapte le matériau aux climats demandés selon les scènes. Plus d’angle et plus de dureté sous une telle proposition scénique et vocale auraient pu être appréciés, mais on ressort tout de même extrêmement conquis par ce superbe Wozzeck.

Crédits photographiques : © Karl Forster

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