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Cecilia Bartoli et Sol Gabetta, duels solaires à Bruxelles

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble, Opéra

Bruxelles. Bozar. 29-XI-2017. Johann Adolf Hasse (1699-1783) : Ouverture (extr. ‘Il ciro riconosciuto’). Antonio Caldara (1670-1736) : « Fortuna e speranza » extr. ‘Nitocri’. Tomato Giovanni Albinoni (1671-1751) : « Aure! Andate e baciate » extr. ‘Il nascimento dell’Aurora’. Domenico Gabrielli (1651-1690) : « Aure voi di miei sospiri » extr. San Sigismondo, re di Borgogna. Carlo Francisco Pollarolo (v. 1653-1723) : Ouverture extr. Ariodante. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : « Lascia la spina cogli la rosa » extr. Il Trionfo del tempo e del Disinganno. « What passion cannot Music raise and quell! » extr. Ode for St Cecilia’s Day. Hermann Raupach (1728-1778) : O placido il mare » extr. Siroe, re di Persia. Luigi Boccherini (1743-1805) : concerto pour violoncelle et orchestre n°10 en ré majeur. Se d’un amor tiranno. Christophe Willibald Gluck (1714-1787) : « Dance of the Furies » extr. Orfeo ed Euridice. José De Nebra (1702-1768) : Seguedillas y Fandango. Antonio Vivaldi (1678-1741) : « Sovvente il sole » extr. Andromeda liberata. Gioachino Rossini (1792-1868) « La Danza ». Ernesto De Curtis (1875-1937) : « Non ti scordar di me » (arr. E. Seguine). Cecilia Bartoli, mezzo-soprano. Sol Gabetta, violoncelle. Cappella Gabetta, concertmeister : Andrés Gabetta.

Cecilia Bartoli et Sol GabettaUn heureux vent automnal aura placé Bozar de Bruxelles sur le trajet de la tournée de « Cecilia et Sol ». Les artistes viennent défendre le récent album « Dolce Duello » composé d’arias des XVIIe et XVIIIe siècles comprenant plusieurs airs avec violoncelle obligé. Loin de développer des propos trop « dolce », les deux solistes ont résolu ces duels sur le terrain commun d’une musique étoffée et pleine de caractère.

C’est un poncif que de souligner la proximité du violoncelle et de la voix humaine. Encore faut-il, cette constatation établie, structurer un propos intéressant. Au travers de ces airs avec violoncelle, les deux artistes peuvent rivaliser de talent. Dans cette émulation martiale, chacune des parties possède ses bottes secrètes : agilité et musicalité d’une voix exceptionnelle, étendue du registre du violoncelle et virtuosité de la violoncelliste. Le violoncelle ne se limite pas à la basse continue. Certes, intervient également en soutien de la voix avec le concours d’un clavecin, d’un théorbe ou de quelques cordes, mais surtout, elle se voit offrir régulièrement de larges mesures concertantes.

À la gémellité affichée dans la communication visuelle de promotion de la tournée, répond la manifeste complémentarité des artistes sur scène. Leur écoute mutuelle est d’une telle qualité que le sentiment chanté par l’une s’affiche parfois sur le visage de l’autre. Musicalement, l’écoute de l’une alimente manifestement la réponse de l’autre. Le combat est cependant des plus fair-play. n’hésitant pas semble-t-il, selon l’intensité du jeu du violoncelle, à brider ses énormes moyens dans un doux mezzo voce ou au contraire à faire exploser une coda dans les aigus après un incroyable développement de vocalises. termine de vertigineux démanchés par un sourire à sa partenaire, son archet rejeté comme un lasso. Sa tenue d’instrument sans pique à la manière ancienne, lui offre une mobilité telle qu’on la voit rebondir, emportée par la prestance de Cécilia Bartoli dans l’air « Aura andante e baciate » d’Albinioni.

On retrouve cet équilibre dans le programme : à l’absence de Sol Gabetta en fin de première partie répond l’éblouissant concerto de Boccherini qui ouvre la dernière partie. Sol Gabetta anime cette pièce virtuose d’un caractère poignant, avec un fin travail d’intonation. Son violoncelle produit des sons chauds et possède une belle dynamique. Elle y insuffle une pointe d’âpreté dans les passages en doubles cordes qui nous coupent le souffle, tandis que l’intervention des hautbois émaille avec délicatesse l’interprétation.

Il faut souligner la présence d’un troisième protagoniste qui introduit un autre parallélisme : le concertmeister Andrès Gabetta, frère de Sol. Le violoniste mène son ensemble de façon brillante, parfois péremptoire. L’ensemble assure un travail impeccable avec un calme souriant.

Comme le faisait remarquer dans une interview pour ResMusica, cette forme récital permet d’offrir au public des pièces aux climats très différents.
La diva Cecilia a décidé de s’amuser. Généreuse et espiègle, elle ressemble à une jeune enfant prodige qui n’a plus rien à prouver. Enjouée et pleine de fraîcheur dans « Aura andante e baciate », elle est touchante au possible sur le tempo ralenti de l’aria de , « Aure voi de’mei sospiri ». Elle se tourne brièvement vers l’orchestre puis plus tard vers le premier violon, ce qui nous fait percevoir sa voix modulée d’une façon étrange, comme réverbérée par les instruments de l’orchestre.
Dans le guerrier « O placido il mare », seule avec l’ensemble, débridée, elle prouve avec bravoure que les staccati marqués des passages aigus d’un air précédent ne servaient pas à masquer quelques difficultés dans ce registre. Quel ambitus !
On apprécie son travail de diction en anglais quand, rejointe par Sol Gabetta, elle nous fait fondre avec un extrait de Ode for St Cecilia’s Day de Haendel.

La thématique des duels (feints) est plus patente dans l’aria « Se d’un amor tiranno » qui clôt le programme officiel et mêle par des effets comiques tous les intervenants.

Les bis sont aussi contrastés, allant du tendre et baroque « Sovvente il sol » aux rythmes endiablés du fandango ou de la danza de Rossini (cette image de Cécilia Bartoli impériale, tambourin à la main !). Tout cela prend l’aspect d’une troisième partie de concert. Pas moins de cinq rappels salués avec force applaudissements et distributions de fleurs d’un public qui se plie avec ferveur aux génuflexions des standing ovations.

Crédit photographique : © Decca Records

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