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Les premiers pas de Seong-Jin Cho dans Debussy

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Claude Debussy (1862-1918) : Images pour piano (Livres I et II) ; Children’s Corner ; Suite Bergamasque ; L’Isle joyeuse. Seong-Jin Cho, piano. 1 CD Deutsche Grammophon. Enregistré à la Siemens-Villa de Berlin en juin 2017. Notice trilingue : anglais, allemand, français. Durée totale : 72’47

 

SJChoAprès Chopin, qui lui fit gagner en 2015 le plus célèbre des concours de piano, ajoute un nouveau compositeur à sa discographie : Debussy.

Que l’on ne se laisse dissuader ni par le jeune âge de l’interprète, ni par l’éminence de ses prédécesseurs dans ce répertoire. Formé en France auprès de , Cho fréquente la musique de Debussy depuis sa tendre enfance. On le pressent dès les premières notes des Images, cet enregistrement nous donne à contempler la maturité précoce d’un artiste dont la personnalité s’est déployée sous ce noble patronage. Voyez la place accordée au silence : les tempi du pianiste sont modérés, mais surtout, il aime à faire durer un point d’orgue, à souligner une respiration, à écouter une résonance, comme pour présenter à l’auditeur, sous son meilleur jour, un ami de longue date.

On sait que, dans ses partitions, Debussy n’est pas avare d’indications. les suit docilement, non pas avec la naïveté ostentatoire d’un premier de classe, mais avec maîtrise et avec goût. Comment trouver en effet la juste manière d’honorer le tempo rubato qu’indique le compositeur en tête de Reflets dans l’eau, sans verser dans la caricature ou le démembrement mélodique ? Touché par la grâce, Cho a manifestement son idée, immédiatement séduisante, troublante de simplicité et de maturité. Loin du Debussy en petites miettes éparses, comme on l’entend parfois interprété, le pianiste parvient à associer cohérence et liberté ; la sensation des barres de mesure disparaît, et l’on se laisse porter par un souffle, que suggèrent des phrasés à la fois soignés et spontanés.

Si l’on se plaît parfois à opposer le sens de l’architecture au soin du détail, le toucher du pianiste, quant à lui, stupéfie tout autant que son discours, par son infinie délicatesse, sa prodigieuse versatilité, que l’impeccable prise de son rend à merveille. Chaque note semble pensée, même dans la rapidité : Mouvement, qui termine le premier livre des Images, est à ce titre l’un des sommets de l’album. Tout y est : la légèreté facétieuse, la rigueur du moteur rythmique, l’opulence de la pâte sonore, et des trouvailles, comme celle de ce son « louré » plutôt qu’accentué (sur la quatrième croche de l’ostinato), ou ce staccato inattendu, lors du retour du thème, qui ravit l’oreille. L’attention que Cho porte à l’équilibre sonore, dans une musique où rien n’est fortuit, trouve une illustration frappante dans L’Isle joyeuse, où l’on croit entendre les arabesques de la main gauche pour la première fois.

Il faut reconnaître que toute préciosité n’est pas absente du jeu de Seong-Jin Cho, si subtil et chargé d’intentions qu’il en deviendrait abstrus par endroits. Dans le langage plus simple des Children’s Corner, et Golliwogg’s Cake-walk en particulier, ou bien dans l’exubérance de L’Isle joyeuse, on ressent une pointe d’agacement, et l’omniprésence des nuances douces laisse parfois une impression d’inachèvement. Mais c’est bien peu de chose, à côté de tant d’inventivité et de génie pianistiques : sans nul doute, Debussy vient à nouveau de se trouver un grand interprète.

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