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Concert inaugural du Festival Manca de Nice sur la scène de l’Opéra

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Nice. Théâtre de l’Opéra de Nice. 3-XII-2017. Allain Gaussin (né en 1943) : Années-Lumière pour grand orchestre ; Philippe Leroux (né en 1959) : Envers IV pour grand orchestre ; Alban Berg (1885-1935) : Concerto pour violon « à la mémoire d’un ange ». Ema Alexeeva, violon. Orchestre Philharmonique de Nice, direction : Fabián Panisello.

Web Fabiàn Paniselo et Ema Alexeeva Manca 2017 (c) Philippe DéjardinAvec cinq concerts et trois créations mondiales, commandes du Centre national de création musicale (CIRM), l’édition 2017 du Festival Manca de Nice s’affiche sous le titre d’Empreintes. D’une haute tenue, le concert inaugural, en partenariat avec l’Opéra et l’, met en perspective deux générations de compositeurs d’aujourd’hui, et , coudoyés par et son concerto pour violon « à la mémoire d’un ange », invitant sur scène la violoniste bulgare .

L’astronomie passionne depuis toujours , comme en témoigne le titre Années-Lumière, l’une de ses partitions d’orchestre les plus foisonnantes achevée en 1993. Un pupitre important de percussions s’ajoute à l’orchestre mettant les vents pas quatre. Il s’agit pour le compositeur d’élaborer d’un seul tenant une trajectoire du Temps et des Couleurs conduite par de longs processus qui vont densifier progressivement la matière ou la réduire à quelques timbres purs. La qualité des textures des premières pages (Danse de l’univers), superbement rendues par l’orchestre, renvoie l’écoute à un « au-delà électrique » très troublant. Entre tension exacerbée, éclatement de l’espace et brusque déchirure (cuivres graves contre piccolos), le traitement des masses sonores dans cette grande vibration du cosmos n’est pas sans rappeler celui de Xenakis. Spectaculaires également sont les « figures rubans », sorte de lignes-fusées qui s’échappent du magma sonore de la cinquième et dernière partie (L’univers en expansion). L’embrasement de l’espace sous la résonance des tam, gong et autres percussions résonnantes confèrent aux dernières pages une dimension verticale et visionnaire qui rejoint ici le geste du maître Messiaen. À la tête d’un orchestre très coopérant, le chef argentin Fabián Panisello parvient à créer une synergie au sein de pupitres très sollicités qu’il galvanise de sa direction aussi efficace que puissante.

Le chef et les musiciens servent avec un égal bonheur la deuxième œuvre au programme, Envers IV de . Les considérations sont plus terrestres et explicites dans cette pièce d’orchestre toute récente (2016), commande de la Fondation Simone et Cino del Duca de l’Académie des Beaux-Arts. Elle est composée « en mémoire de toutes les victimes d’attentats et de tous ceux qui sont la proie de la violence humaine » écrit Leroux. Un geste récurent, les coups réguliers de la percussion, balise la trajectoire de cette œuvre courte autant que saisissante. Ce sont « les impacts sur les victimes », précise le compositeur, que l’auditeur reçoit de plein fouet, sous des revêtements instrumentaux toujours différents. Les carillons, grelots et autres percussions scintillantes autant qu’obsédantes vrillent l’espace de manière quasi tragique. Avec sa virtuosité d’écriture et l’acuité de ses figures sonores, Leroux crée un espace de tension très expressif où les cuivres conquérants vont gagner du terrain. Les déflagrations de la grosse caisse et du tam, et la brusque déperdition d’énergie in fine creusent l’émotion.

Aborder le chef d’œuvre d’ et les exigences de son écriture sont toujours un défi pour le soliste comme pour l’orchestre. Le concerto pour violon « à la mémoire d’un ange » est composé en 1935, quelques mois avant la mort du compositeur, victime d’une septicémie due à une piqûre d’insecte. Il s’impose à Berg sous l’émotion de la mort de Manon, fille d’Alma Mahler et Walter Gropius, survenue en avril 1935. Aussi diffère-t-il l’orchestration du troisième acte de son second opéra Lulu qui restera inachevé. Dans son concerto, Berg remanie totalement la forme du genre traditionnel, élaborant une structure en deux parties (elles-mêmes subdivisées en deux) où l’Adagio final répond à l’Andante du début. La jeune violoniste l’aborde avec une sonorité bien projetée et une belle autorité de l’archet, menant un dialogue serré avec l’orchestre au sein d’une écriture parfois presque chambriste. L’Allegretto qui suit exige davantage de puissance et d’ampleur du geste, lesquels manquent parfois à la violoniste pour conduire jusqu’au bout la trajectoire bergienne. Si l’Allegro de la deuxième partie est bien mené par le chef, avec la fulgurance conférée par l’écriture, l’Adagio construit sur le choral de Bach Es ist genug (C’en est assez) convainc moins, là où l’on attendait plus de définition dans le son de l’orchestre et une polyphonie plus claire. L’émotion passe néanmoins sous l’archet de la violoniste dans l’extraordinaire Coda, espressivo e amoroso, puis religioso, marchant vers l’apaisement final.

Crédits photographiques : © Ema Alexeeva et l’ © Philippe Déjardin

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