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À Toulouse, les Arts Renaissants invitent Stile Antico

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse. Église-musée des Augustins. 13-XII-2017. Thomas Tallis (1505-1585) : messe Puer natus est, Videte miraculum ; William Byrd (1538-1623) : Tollite portas, Ave Maria, Rorate coeli, Ecce Virgo concipiet ; Robert White (1538-1574) : Magnificat ; John Sheppard (1515-1558) : Verbum caro. Ensemble Stile Antico.

Les Arts Renaissants.Stile Antico.13.12.17-7Dans la nef à l’acoustique généreuse de l’église-musée des Augustins de Toulouse, les chanteurs de l’ensemble anglais ont offert au public des Arts Renaissants un voyage dans la polyphonie anglaise du XVIe siècle, autour de la très belle messe Puer natus est de .

L’endroit est magique. Au cœur du Toulouse historique, l’ancien couvent des Augustins accueille depuis 1795 le musée des Beaux-Arts. La nef de son immense église du gothique méridional est l’écrin habituel de grandes émotions musicales. Tous les mercredis soirs, c’est l’orgue somptueux de Jürgen Ahrendt que l’on entend sous les doigts de son titulaire , de ses amis ou de ses élèves. Ce mercredi, l’orgue a cédé la place aux douze chanteurs de , invités par les Arts Renaissants dont est le directeur artistique ; et l’édifice sonore construit par ces voix parfaitement accordées répond à merveille à l’architecture du lieu.

Autour du propre de la Messe de Tallis, l’ensemble a choisi des anthems, cantiques, psaumes et hymnes du temps liturgique de l’Avent et de Noël, reconstituant ainsi un office religieux idéalisé. Alternant avec l’unisson parfait du plain-chant grégorien, la polyphonie à cinq, six ou sept voix atteint, chez les compositeurs anglais de la Renaissance, un apogée formel où se mêlent la tradition contrapuntique franco-flamande et l’influence nouvelle du madrigal italien.

Comment les mots peuvent-ils rendre le sentiment de perfection qu’offrent ces polyphonies ? Deux particularités de Stile Antico sont remarquables : l’absence de direction qui fait de chaque chanteur le responsable d’un tout, et le mélange spatial des voix (les chanteurs changent de place entre eux à chaque pièce) qui rend plus exigeante l’écoute réciproque. Le résultat sonore prend alors la richesse harmonique d’un orgue mésotonique. À noter, la grande lisibilité de la polyphonie malgré l’acoustique très réverbérante du lieu (plus de cinq secondes de résonance).

Un seul exemple pour illustrer le grand art des polyphonistes anglais : l’extraordinaire Magnificat de où chaque verset pair apporte une surprise d’écriture différente (les versets impairs faisant entendre le plain-chant). Dans l’un, le cantus firmus est chanté en valeurs longues à l’alto, pendant que les voix graves tressent des guirlandes mélodiques tout autour. Dans un autre, les chanteurs dialoguent en deux chœurs et tous se rejoignent pour la doxologie, en une écriture qui témoigne d’une science aboutie des couleurs vocales. Deux carols d’inspiration plus populaire viennent ponctuer ces chefs-d’œuvre savants et permettent d’apprécier les pianissimi des chanteurs.

L’ensemble Stile Antico porte haut les couleurs de la polyphonie vocale a cappella, comme nous l’avions déjà remarqué leur disque Divine theatre qui a obtenu une Clef ResMusica.

Crédits photographiques : Stile Antico © Catherine Ulmet

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