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Barbara Hannigan au Grand Théâtre de Provence

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Aix-en-Provence. Grand Théâtre de Provence. 13-XII-2017. Claude Debussy (1862-1918) : Syrinx pour flûte seule. Arnold Schoenberg (1874-1954) : La Nuit transfigurée op. 4. Alban Berg (1885-1935) : Lulu-suite. George Gershwin (1898-1937) : Girl Crazy Suite (arrangements de Bill Elliott et Barbara Hannigan, orchestration de Bill Elliott). Barbara Hannigan, soprano. Ludwig Orchestra, direction : Barbara Hannigan.

1056677-rm__8476-copyrightmusacchio-ianniello-accademia-nazionale-di-santa-ceciliajpgDans la lancée de son album Crazy Girl Crazy, la soprano – chef d’orchestre fait escale à Aix-en-Provence accompagnée de son ensemble Ludwig. Un parfum de modernité et de fraîcheur a embaumé la scène du Grand Théâtre de Provence. 

La salle est plongée dans une obscurité quasi totale quand les premières mesures de Syrinx, courte pièce pour flûte solo, s’élèvent. L’instrumentiste a pris place non pas sur scène mais quelque part derrière le public. Ce changement spatial judicieux permet une meilleure acoustique et cette mise en scène inhabituelle a pour effet de nous plonger dans une écoute toute particulière. Le charme propre au langage de Debussy opère avec sensualité et poésie. La mélodie éthérée capte nos sens, l’invitation au voyage se profile.

La Nuit Transfigurée est enchaînée sans pause. Sa profondeur expressive est lumineuse dès l’introduction jouée pianissimo avec mystère et intensité. Cette interprétation dévoile une lecture portée par la passion de son chef charismatique. Aussi fluide que sensuelle, sa gestuelle suit les ondulations du phrasé et fait un avec l’ensemble Ludwig. Les tempi rapides conservent clarté et équilibre de part et d’autre : cette homogénéité est frappante surtout côté violon où une seule voix semble s’élever. Ce ne sont pas plusieurs lignes mélodiques que nous entendons mais bien des fragments musicaux subtilement nuancés qui se croisent, prennent vie individuellement, et en même temps suivent une complexité dramaturgique captivante. Sonorités crépusculaires, pages amoureuses tourmentées… les accents wagnériens mais aussi brahmsiens sont présents tout comme les images enivrantes de la nature. On est en présence d’un Schoenberg coloré dont le langage prend parfois des teintes de mysticisme.

Après l’entracte, la soprano canadienne retrouve le personnage de Lulu qu’elle affectionne tout particulièrement depuis plusieurs saisons, et qui est au cœur de son disque. L’enchaînement avec ce qui a précédé semble très naturel. La suite d’orchestre Lulu est tirée de l’opéra emblématique de l’expressionnisme de Berg dans lequel évoluent des personnages corrompus sur fond de critique d’un monde en décomposition. Elle offre un portrait complexe de femme fatale, emportée par le tourbillon des convoitises masculines. La variété thématique des différents volets, son intensité luxuriante, notamment côté cuivres, font mouche dans un chaos tantôt décapant tantôt lumineux, séduisant dans sa construction rigoureuse et son approche lyrique (Ostinato, Adagio). Sur le podium, la soprano fait corps avec son héroïne et laisse éclater son sens aigu de la performance théâtrale. Son timbre, d’une réelle beauté, résonne avec conviction.

Son jeu scénique prend une autre dimension dans Crazy Girl Suite qui regroupe les meilleurs extraits de la comédie musicale de Gershwin. Sans perdre de vue la direction de ses musiciens, dévoile la flexibilité de ses qualités vocales et se fond avec charisme dans ce registre en apparence plus léger. L’orchestration de reprend les instruments caractéristiques de l’orchestre de Berg pour les solos, et présente des connivences notamment avec son finale. Entre musique de cabaret et music-hall, les parties « jazzy » nous délectent de ce swing propre à cette musique de l’entre-deux-guerres. Les musiciens donnent également de la voix dans un titre irrésistible plein de charme mais aussi d’humour. Le public adore et le montre. Standing ovation de plusieurs minutes à l’issue d’un concert décalé, loin des sentiers battus.

Crédit photographique : © Musacchio Ianniello

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