philharmonie de paris 0718

Jean-Marc Luisada émouvant à Gaveau

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Salle Gaveau. 14-XII-2017. Joseph Haydn (1732-1809) : Sonate partita en sol majeur Hob XVI:6 ; Variations en fa mineur Hob XVII:6. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate en la majeur n° 28 op. 101. Frédéric Chopin (1810-1849) : Fantaisie op. 49 ; Barcarolle op. 60 ; Polonaise-fantaisie op. 61. Jean-Marc Luisada, piano.

jean-marc_luisada_pin_2016Absent depuis dix ans de la scène parisienne, est enfin de retour pour un concert à Gaveau. Avec un programme subtil et varié, le pianiste enchante son auditoire par un jeu toujours aussi émouvant et lumineux.

Un public nombreux se presse pour écouter dans cette belle salle à l’acoustique favorable au piano. Le récital débute avec deux œuvres de : une Sonate partita en la majeur et des Variations en fa mineur. La douce tonalité de la majeur éclaire ce début de concert. D’emblée, on retrouve le jeu si subtil du pianiste, où chaque doigt dispose du poids exact et le dépose sur la touche afin d’exprimer un discours en son cœur le plus profond. Le chant ne cherche aucun effet ni épanchement, seulement l’expression du texte par un toucher sensible et velouté. Avec cette approche, on se remémore quelques artistes du passé, et le souvenir d’une Wanda Landowska par exemple. L’impression culmine avec les variations en fa mineur, entre baroque et moderne. Pour ceux qui connaissent Jean-Marc Luisada, on était habitué à un pianiste très en mouvement devant son clavier, exprimant de manière très explicite les affects dictés par le discours musical. Aujourd’hui, le musicien a assagi ses inflexions, afin d’offrir une posture plus calme vis-à-vis de la partition. Mais que l’on ne s’y méprenne pas, l’énergie interne, génératrice de sa personnalité même, reste intacte, de même que sa capacité à traduire une émotion toujours majeure. Avec Beethoven, cette perception du son au travers de ce toucher si particulier se renouvelle. Une belle virtuosité sous-jacente est toujours là, pour servir la pensée de l’auteur, démonstratif et novateur dans la vingt-huitième Sonate.

Après l’entracte, nous retrouvons Jean-Marc Luisada comme en son jardin, au service de qu’il porte en son cœur depuis le tout début de sa carrière. On se souvient de son prix au Concours Chopin de Varsovie en 1985. Il propose judicieusement trois œuvres qui se succèdent et se complètent harmonieusement, avec au centre la Barcarolle, sans doute la plus connue de l’ensemble. On écoute là un Chopin sobre, classique, reposant une nouvelle fois sur l’équilibre d’un toucher très personnel, où chaque touche du clavier est abordée afin que chaque note soit portée et chantée pour satisfaire aux exigences d’une écriture idéalement pianistique. La Polonaise-fantaisie termine le récital par une flamboyance discrète et touchante.

Le public rappelle le maître à quatre reprises, pour une troisième partie de concert en quelque sorte, qui nous permet d’entendre en deuxième position un fulgurant et énigmatique Scherzo de Chopin, puis finalement La cathédrale engloutie de Claude Debussy. Jean-Marc Luisada, par ce récital, a su déployer son chant intérieur, jadis dionysiaque, aujourd’hui plus apollinien.

Crédit photographique : © Jen-Pin

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