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Les Ballets Russes, une révolution artistique

Affiche-VillemotVenue de Russie, une nouvelle génération de danseurs, chorégraphes, peintres et musiciens prend d’assaut Paris sous la houlette de . Ces grands noms marqueront leur siècle en réveillant un monde de la danse assoupi, à l’aube de la Première Guerre mondiale.

Née de la volonté de de présenter à Paris l’art chorégraphique de son pays, la troupe des Ballets Russes est d’abord constituée de quelques-uns des meilleurs danseurs du Théâtre Mariinsky à Saint-Petersbourg. La première de la saison des Ballets Russes a lieu dans un Théâtre du Châtelet entièrement rénové, le 18 mai 1909, et avec un programme de ballets essentiellement réglé par . Anna Pavlova éblouit dans Cléopâtre, où Nijinsky danse l’esclave, et Tamara Karsavina crée le rôle principal des Sylphides. Le choc esthétique passé, le Tout Paris est charmé ! Impresario et organisateur hors pair, Serge de Diaghilev gagne son pari et renouvelle l’expérience en mai et juin 1910, avec d’autres chorégraphies de Fokine, comme Carnaval ou Shéhérazade, dont les décors sont signés Léon Bakst. L’Oiseau de feu, sur une flamboyante musique de Stravinski, et Les Orientales, complètent la programmation. Au cours de ces premières années, l’inspiration folklorique issue des coutumes, des légendes et des contes russes, constitue l’essentiel des sujets de ballets comme les Danses Polovtsiennes du Prince Igor, L’Oiseau de feu, Le Sacre du printemps ou Petrouchka. Peu après, l’antiquité inspirera les créations de Narcisse, de L’Après-midi d’un faune ou de Daphnis et Chloé.

Après deux années de « Saison Russe », les Ballets Russes prennent une tournure plus professionnelle. Diaghilev profite du renvoi de du Mariinski en raison du costume moulant, jugé indécent, qu’il porte dans Giselle, pour couper les liens avec le Ballet Impérial en 1911, et créer une compagnie permanente à laquelle il associe son nom.
Pour la troupe privée, les tournées s’enchaînent, de Monte-Carlo à Paris, de Rome à Londres. A partir de 1913, les Ballets Russes s’embarquent sans leur fondateur pour une tournée en Amérique du Sud, puis acceptent de sillonner les États-Unis en 1916. Après une période d’activité ralentie durant la Pemière Guerre mondiale, la troupe continue de se produire avec succès jusqu’au 4 août 1929 à Vichy. Malgré les tentatives de et Boris Kochno, elle ne survit pas à la mort de son fondateur et animateur.

Une pépinière de talents prêts à éclore

est concurrencé dès 1912 par d’autres chorégraphes, comme Vaslav Nijinski, qui crée L’Après-midi d’un faune, premier de ses quatre ballets dont le plus célèbre et le plus scandaleux sera Le Sacre du printemps, sur une partition de Stravinski. Après le départ de Michel Fokine, puis le mariage de Nijinski, Serge de Diaghilev doit trouver d’autres chorégraphes. Le jeune fait ses premières armes à la fin de la Première Guerre mondiale avec La Boutique fantasque, Le Tricorne ou Parade, tandis que Georges Balanchine marquera la fin des années 20 avec la création d’Apollon Musagète et du Fils Prodigue. À l’origine, les danseurs sont russes et principalement formés à l’école de Saint-Pétersbourg. La guerre et la révolution bolchévique obligent Diaghilev à recruter plus largement. De nombreux solistes feront carrière plus ou moins longuement au sein de la troupe, comme Tamara Karsavina, , Anna Pavlova, Olga Spessivtseva ou Ninette de Valois.

Dans cette quête d’unité entre toutes les composantes du spectacle, Diaghilev engage de nombreux artistes qui offrent un écrin éclatant à la danse. Il sollicite pour la musique des compositeurs déjà reconnus en France, comme Debussy, Ravel, Prokofiev, mais aussi des débutants, comme Georges Auric, Manuel de Falla, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Henri Sauguet ou Igor Stravinski qui composent à sa demande plusieurs de leurs œuvres majeures.

En matière de scénographie, Diaghilev privilégie dans un premier temps les Russes Léon Bakst et Alexandre Benois, puis passe commande de décors, costumes et rideaux de scène à de nombreux artistes européens : Georges Braque, Giorgio De Chirico, André Derain, Marx Ernst, Juan Gris, Marie Laurencin, Henri Matisse, Juan Miró, Pablo Picasso, Georges Rouault, Maurice Utrillo. Il met aussi à contribution ses amis Coco Chanel et Jean Cocteau pour les costumes, les affiches ou les programmes.

Ballets Russes_CocteauUn héritage encore vivace aujourd’hui

En l’espace de vingt années qui marqueront le siècle, la compagnie des Ballets Russes crée une soixantaine d’œuvres où la tradition côtoie les plus audacieuses innovations. Elle réintroduit Giselle en Europe Occidentale, présente pour la première fois hors de Russie des chorégraphies de comme Le Lac des cygnes ou La Belle au bois dormant, tandis que les premiers ballets de Fokine témoignent d’un héritage classique vivifié. Les chatoiements de l’Orient et de l’Extrême Orient inspirent Shéhérazade, Le Dieu Bleu, alors que le goût de Diaghilev pour l’Espagne, où il s’est rendu en vacances, transparaît dans Le Tricorne et Cuadro Flamenco. De même, un voyage en Italie et la découverte de la commedia dell’arte nourrit Carnaval et Pulcinella. Sans oublier les sujets puisés dans la Bible comme La Légende de Joseph ou Le Fils prodigue, avec les inoubliables décors de Georges Rouault, et dans la culture antique.

La troupe de Diaghilev suscite un engouement nouveau pour le spectacle chorégraphique. Seulement concurrencée de 1920 à 1925 par les de Rolf de Maré, les Ballets Russes lèguent un héritage considérable pour le ballet classique que l’essaimage à travers le monde de ses danseurs a contribué à faire fructifier. Nombre de ses ballets figurent toujours au répertoire de nombreuses compagnies à travers le monde.

Après leur disparition en 1929, les Ballets Russes de Diaghilev laissent derrière eux des artistes de talent, un répertoire et une certaine conception du spectacle chorégraphique. Les anciens de la compagnie ouvrent des écoles, créent des troupes ou prennent la direction de grandes institutions nationales. L’appellation même de Ballets Russes fait recette et nombreux sont ceux à se la disputer ainsi qu’à embaucher les chorégraphes et danseurs qui ont fait leur gloire. Jusqu’aux années 1950, où le Grand ballet du Marquis de Cuevas atteint son apogée, il reste le modèle de toute grande compagnie itinérante à vocation internationale.

Ces compagnies jouent un rôle essentiel dans la transmission du répertoire créé sous l’autorité de Diaghilev, tout en permettant aux chorégraphes de poursuivre leur carrière. Elles sont aussi l’un des tremplins de la première génération d’interprètes et de chorégraphes, notamment Américains, formés par les professeurs russes en exil et les danseurs de Diaghilev. La Seconde Guerre mondiale, qui les oblige à se produire hors d’Europe, conduit à propager auprès de publics variés le ballet classique, des Amériques jusqu’en Australie.

Sources : Dictionnaire de la danse, sous la direction de Philippe Le Moal, Larousse ; La Danse, des Ballets russes à l’avant-garde, de Jean-Pierre Pastori, Découvertes Gallimard, 2003 ; Programmes de l’Opéra national de Paris.

Images libres de droit : Illustration de Léon Baskt, créateur des décors et costumes pour les Ballets Russes entre 1909 et 1921 ; Affiche pour les Ballets Russes de Diaghilev par Bernard Villemot, 1980 ; Affiche des Ballets Russes par Cocteau, 1911.

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