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Déconcertante évolution esthétique d’Isabelle Faust dans Mendelssohn

À emporter, CD, Musique symphonique

Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Concerto n °2 pour violon et orchestre ; Ouverture « les Hébrides » ; Symphonie n°5 « Réformation ». Isabelle Faust, violon. Freiburger Barockorchester, direction : Pablo Heras-Casado. 1 CD Harmonia Mundi. Enregistrements réalisés à Barcelone du 19 au 22 mars 2017. Notice trilingue (français, allemand et anglais). Durée : 61’39.

 

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L’évolution d’ vers un style de jeu historiquement informé conduit la grande violoniste allemande à des choix esthétiques pour le moins surprenants et bien peu convaincants. Son concerto de Mendelssohn est une réelle déception, qui contraste avec la réussite de la symphonie figurant sur le même disque.

Voici un disque déconcertant. Nul plus que l’auteur de ces lignes n’admire , dont certains enregistrements antérieurs, notamment les sonates et partitas de Bach ou les concertos de Beethoven et Berg avec Claudio Abbado, figurent parmi les trésors de toute discothèque. Mais son évolution actuelle plonge les auditeurs dans la perplexité. Le texte de présentation de ce CD dérangeant explique que Ferdinand David, le créateur du concerto de Mendelssohn en 1846, jouait vraisemblablement sans vibrato mais en usant de nombreux portamentos : soit. Peut-être cette approche est-elle « historiquement informée », mais le résultat est en soi quasiment inaudible, surtout dans l’admirable andante, déformé au point d’en être méconnaissable. Moins atteints, les deux mouvements extérieurs manquent cependant de corps et de substance, tant le son de l’interprète paraît volontairement anémié.

Paradoxalement, le meilleur de ce disque, passé cette déception, réside bien dans la Symphonie « Réformation », cinq cents ans exactement après l’affichage des thèses de Luther sur la porte de l’église de Wittemberg. La lecture de avec son orchestre de Freibourg claque et sonne comme jamais ; les cuivres sont particulièrement mis en valeur dans cette conception brillante et vivante qui renouvelle notre perception du chef d’œuvre. Certes, on ne renoncera pas à chérir les références historiques laissées avec les grands orchestres traditionnels sous les baguettes inspirées de chefs comme Abbado, Karajan, Masur ou Sawallisch voire, plus près de l’esthétique actuelle, Gardiner. De même, l’Ouverture « Les Hébrides » bénéficie d’un climat envoûtant recréé dès les premières mesures, même si, là encore, le souvenir des visions romantiques de Furtwängler ne sera pas effacé par cette interprétation. Ce nouveau volume d’une intégrale symphonique en cours, on l’aura compris, vaut plus pour la symphonie que pour le concerto. Pour ce dernier, cette interprétation marginale ne peut prétendre rejoindre les références d’une esthétique classique. Heifetz, Menuhin, Oistrakh et autres Vengerov peuvent dormir tranquilles…

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  • draffin

    Certes, c’est déroutant un tel parti-pris esthétique. Mais vu le nombre d’enregistrements plus classiques dont on dispose pour ce concerto, c’est courageux de vouloir sortir franchement des sentiers battus. Et, au passage, ce que fait Heras-Casado à l’orchestre, sous la soliste, est aussi captivant : c’est acide, un peu sec, mais très coloré et vraiment bien conduit.
    Pour la symphonie suivante, vous citez des références qui n’apportent pas grand-chose ici : Heras-Casado doit être comparé avec ses contemporains dans le même répertoire : Gardiner (certes), avec Vienne puis avec Londres ; Chailly avec le Gewandhaus de Leipzig ; Nézet-Séguin avec l’OCE, Manacorda avec Potsdam. Ressortir les Sawallisch et consort à craque nouvelle parution de Mendelssohn ou Schumann, ça ne permet pas de se rendre compte de la richesse de l’actualité discographique ! D’autant plus qu’elle est très riche pour ces symphonies et elle prouve qu’on a encore bien de choses à raconter dans ce répertoire !

  • Hulot Jean-Claude

    En ce qui concerne la symphonie, je ne partage pas votre opinion. il n’est pas pertinent de ne comparer Heras-Cassado qu’à ses contemporains; s’agissant d’un CD, la comparaison avec les références antérieures garde son sens. Oui, Sawallisch et Masur demeurent des versions de référence pour beaucoup de mélomanes, et je partage ce sentiment.

    • draffin

      Ah mais moi aussi je les ai fait beaucoup tourner ces versions (plutôt Sawallisch que Masur d’ailleurs mais c’est une autre histoire). Simplement, là, on parle d’Heras-Casado et d’un orchestre avec des cordes en boyau qui joue sans vibrato.

      Depuis l’arrivée du numérique, l’accès en streaming du répertoire a changé la donne pour les critiques musicaux. Je vous renvoie à la tribune du 1er janvier de M. Le Toquin (sur votre site, hein !). Je cite : «Lorsque les disques étaient rares, on pouvait s’enfermer dans la
      conviction qu’il puisse exister une version de référence, une interprétation insurpassable (…) Ces vains podiums ont fait beaucoup de tort aux musiciens et aux compositeurs depuis un
      siècle, (…) exposant les interprètes à être éternellement comparés aux disques les plus connus.» Si je lis bien votre confrère, en gros, vous avez mis le pied dedans et j’espère que ça vous portera chance 😉

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