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La Princesse légère de Violeta Cruz donnée à Lille en création mondiale

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Lille. Opéra. 16-XII-2017. Violeta Cruz (née en 1986) : La princesse légère, opéra en douze scènes d’après le conte de fées de George MacDonald ; livret de Gilles Rico ; mise en scène Jos Houben et Emily Wilson ; Décors et costumes Oria Puppo ; lumières Nicolas Simonin ; Jeanne Crousaud, la Princesse, Nourrice 1 ; Majdouline Zerari, La Reine ; Nicolas Merryweather, Le Roi ; Jean-Jacques L’Anthoën, Le Prince ; Kate Colebrook, comédienne, Docteur Déjanthé, Nourrice 2 ; Guy-Loup Boisneau, comédien, La Sorcière, Docteur Malofoi, Page. Réalisation en informatique musicale Ircam, Augustin Muller ; Ensemble Court-Circuit ; direction Jean Deroyer.

princesse légère lille2La création de La Princesse légère de la compositrice colombienne était attendue en mars dernier pour la réouverture de l’Opéra Comique qui en est le commanditaire. Le retard des travaux a repoussé en mars 2018 sa programmation. C’est donc l’Opéra de Lille, coproducteur, qui en assure la première mondiale. La dernière représentation, ce samedi à 18 heures, accueille le public « en famille », avec une introduction à l’œuvre et au livret destinée tout particulièrement au jeune public.

La Princesse légère est un conte initiatique de l’écrivain britannique George MacDonald. Son histoire commence comme celle de La Belle au bois dormant, avec la malédiction d’une mauvaise fée, la sœur du Roi, que l’on a oublié d’inviter à la cérémonie du baptême. La sorcière se venge en jetant un mauvais sort à sa nièce qu’elle prive de sa gravité. L’enfant échappe aux mains de ses parents, s’envole par la fenêtre ouverte et rit en toutes circonstances, du bonheur comme des malheurs d’autrui. Il n’y a qu’en nageant dans l’eau qui la porte qu’elle retrouve un peu de gravité. C’est au lac précisément qu’elle rencontre le Prince qui acceptera de donner sa vie pour sauver celle qu’il aime.

Le spectacle est le fruit d’une collaboration à quatre têtes, voire plus, dans l’esprit de « l’écriture de plateau » où s’élaborent à mesure le texte, les gestes, la musique et le jeu des personnages. L’entreprise est hardie, qui ne va pas sans risque. Plutôt que d’imposer une direction d’acteurs, les deux metteurs en scène et – c’est leur premier opéra – ont préféré élaborer leur travail à partir des propositions des différents protagonistes, comédiens, chanteurs et instrumentistes. Pour exemple, ce prologue muet très drôle, où le mime invite le public « à bien se tenir » durant le spectacle.

Quatre chanteurs et deux comédiens, dont un récitant, tous amplifiés, se partagent la scène où vont se relayer les voix parlées et chantées. L’ sous la direction de est dans la fosse mais certains instrumentistes viennent sur le plateau rejoindre les personnages et jouer avec eux : la violoniste avec sa jupe de scène aux couleurs de la Princesse, toute d’orange vêtue ; la clarinette basse de Michel Raison ou encore l’accordéoniste Jean-Étienne Sotty qui joue en équilibre instable sur une pente de bois pour accompagner une berceuse. En bref, un joyeux foisonnement qui n’évite pas une certaine dispersion.

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Mobiles eux-aussi, les éléments du décor, parfois de simples panneaux, modèlent au fil des douze scènes un espace volontairement ouvert sur les coulisses. Le Roi et La Reine aux costumes et coiffes suggestives – vaillants Madjouline Zerari et Nicholas Merryweather – ont souvent à charge de faire tourner les estrades de bois avec leur bâton. Le mouvement d’une porte qui s’ouvre et se referme sert le sketch des deux docteurs, Déjanthé (Kate Colebrook) et Malofoi (), cherchant la formule pour guérir la Princesse. On joue beaucoup avec les mots, leur sonorité et leur prolifération dans le livret de Gilles Rico, dans un flux un rien bavard qui parfois freine le rythme du récit.
Pas de trapéziste dans cette « dramaturgie verticale » prévient mais autant de suggestions d’apesanteur et de flottement bienvenues pour alléger le corps de la jeune fille. Ainsi le jeu des tiges avec des chaussures dessus créant un trompe l’œil avec les jambes de l’héroïne.

Dans le rôle titre, , qui nous avait enchanté dans Le Petit Prince de Michaël Levinas, domine son monde, habile comédienne, sémillante et aérienne comme l’est aussi sa voix, légère à souhait. Jean-Jacques L’Anthoën en Prince polyglotte ne démérite pas, joli baryton Martin à la diction très claire qui donne également de la voix parlée. Le Roi et la Reine sont plus en retrait, participant davantage aux ensembles vocaux. A plusieurs reprises en effet, chanteurs et instrumentistes conjuguent leur énergie dans des chansons rustiques – « C’est la jolie fille du bois » – qui relancent efficacement le rythme du plateau.

Inventive et fort bien dosée, la musique de infiltre la dramaturgie comme autant de pixels de couleurs, de rythmes et de textures accompagnant le récit, soutenant les chanteurs ou scandant la voix parlée. Exemplaire, l’ en assure tout à la fois l’équilibre et la réactivité sous la direction galvanisante de . La technique est présente également, avec ses systèmes sophistiqués de capteurs engendrant quelques belles surprises pour nous introduire dans l’antre de la sorcière superbement campée par le comédien Guy-Loup Boisneau. Économe malgré tout, l’électronique s’immisce davantage dans la réalisation des ambiances aquatiques, lorsque la princesse nage tranquillement sous les étoiles, ou met à l’œuvre la spatialisation pour suggérer la pluie ou les pleurs.

On est à la fois séduit par autant de bonnes idées assurant la fluidité du spectacle et agacé par un flot de paroles étirant parfois inutilement la longueur des scènes. Un travail plus directif aurait certainement resserré le tout. Mais Jos Houben et en ont décidé autrement, qui ont essayé d’introduire dans leur spectacle « cette envie de chercher, de rechercher ensemble ».

Crédit photographique : © Pascal Bonnière

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