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Simon Rattle, toujours aussi inconstant à la tête du LSO

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie 1 – Grande salle. 18-XII-2017. Richard Strauss (1864-1949) : Les Métamorphoses, étude pour 23 cordes solistes op. 142 ; Richard Wagner (1813-1883) : Prélude et Mort d’Isolde, version instrumentale ; Leonard Bernstein (1918-1990) : Symphonie n° 2 pour piano et orchestre « The Age of Anxiety ». Kirill Gerstein, piano ; London Symphony Orchestra, direction : Sir Simon Rattle.

Simon RattleMalgré une phalange londonienne d’exception, et un programme alléchant, convoquant Strauss, Wagner et Bernstein, Sir peine à convaincre totalement. Comme lors de son précédent concert à Paris consacré à la trilogie de ballets de Stravinsky, le chef britannique fait alterner le meilleur et le moins bon, en diluant le discours dans la recherche un peu vaine du beau son et des effets inutiles, au risque de perdre de vue la ligne directrice et le sens du propos.

Les Métamorphoses de ouvrent ce concert. On est saisi d’emblée par la beauté, l’ampleur et la profondeur des somptueuses cordes du LSO ; elles développent dès les premières mesures une ambiance pesante et dramatique qui va, malheureusement, rapidement se fondre dans une théâtralité confinant au contresens. Trop lyrique, trop extravertie, trop maniérée, cette lecture se situe alors bien loin de l’immense tragédie ressentie par le compositeur à la fin de la guerre devant les ruines de l’opéra de Munich, bien loin du constat inéluctable de la fin d’un monde, bien loin de l’abattement et de la honte, bien loin de la grande déploration souhaitée par en 1945.

Point de réserves, en revanche, concernant le Prélude et la Mort d’Isolde de , qui séduit totalement par sa dynamique haletante et les sentiments d’attente et d’urgence entretenus de bout en bout par le chef britannique. Une direction souple et tendue, une maîtrise absolue du tempo, une conduite irréprochable du crescendo menant au climax avant l’apaisement final, qui participent de la magie et de l’envoûtement sonore de Tristan, ici parfaitement rendu.

Après la pause, la seconde partie de concert est totalement consacrée à la Symphonie n° 2 pour piano et orchestre « The Age of Anxiety » de . Exceptionnellement donnée en concert, composée en 1949, elle est inspirée du poème éponyme de W. H. Auden. Très inhabituelle par son polymorphisme, à la fois symphonie, concerto, symphonie de chambre, elle se nourrit d’influences post-romantiques, de la seconde école de Vienne, des musiques modernes américaines, du jazz, du blues et de Broadway, et laisse une large place aux variations rythmique abruptes, aux appariements audacieux de timbres et aux performances solistiques. , remplaçant au pied levé Krystian Zimerman, initialement prévu, livre de cette œuvre rare et très attendue une interprétation remarquable, en parfaite symbiose avec l’orchestre où la clarté de la mise en place orchestrale le dispute à la dynamique pianistique, ici, virtuose et jazzy, ou là, capable de suspendre le temps dans une évanescente poésie.

Un concert finalement de belle tenue par la seule présence du LSO, mais une évolution assez préoccupante pour l’avenir du chef britannique. À suivre…

Crédit photographique : Sir © Monika Rittershaus

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